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Artiste/Groupe:

Northem Graves

CD:

Derelict Heart

Date de sortie:

Avril 2026

Label:

Meuse Music Records

Style:

Death Metal, Doom teinté de Prog

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

17.5/20

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Aux APdM (Aux Portes du Metal), on évoque parfois le Metal en termes géographiques. Pas encore en termes géopolitiques, heureusement… Amies lectrices et amis lecteurs, vous voilà rassurés. On parle de « black Metal scandinave », de « power Metal européen », mais le metal canadien, lui, échappe à ces formules toutes faites. Pourtant, ce pays immense et sauvage, avec ses recoins ruraux, semble abriter une scène où chaque découverte résonne profondément. Northern Graves, formé en 2023 par Damian Smith (Altars of Grief), en est la preuve avec Derelict Heart, un premier album de blackened doom inspiré par « l’immensité des plaines canadiennes et les innombrables villes fantômes qui constellent ce paysage ». Comment résister à une telle invitation ?

À l’origine projet solo de Smith, Northern Graves s’est depuis étoffé en une formation complète, désormais installée aux États-Unis, cet ogre qui dévore tout, y compris les talents canadiens. L’album porte indéniablement l’empreinte d’Altars of Grief, ici le qualificatif « blackened » n’est pas galvaudé. Derelict Heart pourrait être le fruit d’une alliance entre Arctos et Altars of Grief. On y retrouve la noirceur désolée et l’atmosphère pesante du doom de Smith, mais servie par une énergie farouche, presque fiévreuse. Branson Heinz (batterie) et Roman Chester (basse) y déploient une rythmicité tonitruante, tandis qu’Andrew Caruana, à la guitare, alterne entre agressivité et nuances tremblées. Leurs voix, âpres et déchirées, s’entrelacent en une étrange harmonie. Smith, lui, assure aussi les chants clairs et les claviers, ajoutant des dimensions nouvelles à un son déjà puissant.

Évitons le sempiternel piste par piste et plongeons dans le désordre, un désordre riche. Derelict Heart développe un Metal davantage teinté de black que de doom, et d’autant plus envoûtant pour les amateurs de musiques extrêmes. Endless (magnifiquement introduit par l’instrumental Keeper of the Plains) s’élance sur un riff enlevé, porté par des voix rauques et une introduction percutante. Les éléments doom persistent (guitare acoustique, solo mélancolique, atmosphère sombre), mais c’est bien l’évocation des plaines infinies du Saskatchewan natal, avec sa « noirceur clinquante », qui domine.

Derelict Heart, morceau-titre, en est l’apogée : une lente ascension, partie des profondeurs du doom pour aboutir à un climax black Metal enveloppant. Les voix de Smith et Caruana y sont monumentales, la batterie de Heinz frôle la frénésie, et les guitares, envoûtantes, semblent vous transporter vers ces villes fantômes. Dans les moments plus calmes, les chants lointains et les orchestrations discrètes distillent une « transpiration froide » — une beauté à couper le souffle, qui incarne à elle seule la fusion du black Metal, du doom et de cette inspiration unique.

Même Keeper of the Plains, morceau non-Metal, joue un rôle clé en renforçant l’atmosphère si particulière de l’album. Derelict Heart excelle dans l’art de créer une ambiance qui dépasse la simple somme de ses influences pour devenir une entité à part entière.

Côté production, l’album sonne avec une clarté et une énergie remarquables, malgré deux minimes réserves. D’abord, la batterie, bien que magistrale (Heinz insuffle une puissance indéniable), est parfois mixée trop en avant, comme dans Lanterns. Ce morceau sublime (subtilement introduit par A Story Told by the Wind ) alterne entre passages doom, mélodies orchestrales et duos vocaux clairs/saturés, mais les blast beats y semblent étrangement intrusifs.

Ensuite, la reprise de Hazard de Richard Marx, bien que réinterprétée avec une touche black Metal, détonne en tant que conclusion. Après l’apothéose du morceau-titre, ce choix surprend : moins doom, moins atmosphérique, et bien plus mélodique que le reste de l’album. L’exécution est impeccable, mais le ton décalé de ce heureux Hazard, pourrait aussi s’envisager comme une ouverture vers un prochain opus au style alléchant.

Nocturne, méritera sans doute de nombreuses écoutes, pour ma part, il est resté un rien trop compliqué pour mes oreilles trop fragiles. Je lui concède sa haute technicité des guitares et sa violence dans les voix, mais l’alternance avec des parties prog m’a perdu en route. Pour faire court, la piste sonne un peu brouillon, dommage car la fin au piano/cœurs éthérés demeure spatiale.

Il existe mille façons de noircir le doom Metal, et Northern Graves a trouvé sa recette dès sa première galette, une voie fascinante pour nous offrir ce somptueux Derelict Heart. L’album n’est ni désespéré ni particulièrement sombre ; il évoque simplement l’immensité d’une nature sauvage et désolée. Comme ces villes fantômes du Saskatchewan, Northern Graves recycle les codes du doom et du black Metal pour en faire quelque chose de neuf, comme une alchimie entre désolation et énergie brute. Une œuvre puissante, non dispersable, qui pourrait aisément vous toucher profondément.

Amies lectrices, amis lecteurs et moi-même, attendons la suite avec la patience d’un trappeur canadien.

Traclist de Derelict Heart :

01. A Story Told by the Wind
02. Lanterns
03. Keeper of the Plains
04. Endless
05. Nocturne
06. Derelict Heart
07. Hazard

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