Artiste/Groupe:

Boisson Divine

CD:

Eretatge

Date de sortie:

Avril 2026

Label:

Verycords

Style:

Folk Metal Gascon

Chroniqueur:

ced12

Note:

19/20

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Incarnant le Sud-Ouest avec une authenticité simplement géniale, Boisson Divine est mon groupe coup de cœur de ces dernières années. Un folk Metal gascon très fun, des instruments traditionnels bien utilisés, le groupe de Riscle (sud-ouest du Gers) a tout pour régaler. C’est que nos gersois cultivent une authenticité simplement géniale où un vrai fond Culturel fonctionne de pair avec une légèreté bienveillante. Cet ancrage culturel m’est bien sûr très cher mais il pourra plaire par son côté très marqué. Très abouti, il peut plaire hors de nos frontières (celles du Sud-Ouest) et ce n’est pas l’excellent Florentc qui me contredira depuis sa belle Côte d’Azur (cet autre Sud). Oui, depuis l’annonce de ce nouvel album, nous avons échangé quasi immédiatement sur cette sortie preuve de notre passion pour ce groupe. C’est que la Halha, dont le seul défaut est d’être sortie en 2020, nous a profondément plu. Preuve en est, il tourne encore dans ma voiture (oui j’ai encore un lecteur CD dans ma voiture, les jeunes collègues se moquent n’empêche c’est mon kiff !).

Pour mieux appréhender l’univers du groupe, je ne peux que recommander la récente (et excellente) interview donnée par Baptiste, maître créateur de Boisson Divine, et publiée en ces pages. J’espérais tant offrir à un lecteur un peu de Sud-Ouest (campagne) et Baptiste a magnifiquement joué le jeu. Tout y est : le fond passionnant présentant les thématiques du groupe avec encore et toujours cette Gascogne tant aimée et incarnée par les musiciens. Sur ce disque, on vous parle d’un compagnon d’armes de Jeanne d’Arc (comme sur le précédent disque sur Xivalièr De Sentralha), du Prince Noir qui a tant martyrisé la France pendant la Guerre de Cent ans (ce qui renvoie le Gers à son Histoire complexe de cette période alors coupée en deux entre les deux belligérants) le tout avec une vraie dimension poétique. Et il y a aussi cet aspect plus léger, plus gouailleur avec ces chambrages propres aux amoureux de l’Ovalie, ces éternelles querelles amicales entre Aquitaine et Occitanie (encore ce vieux reste de la période historique citée plus haut), plus bas du front admettons-le comme s’il fallait parfois revenir au plancher des vaches pour mieux s’y ressourcer, revenir aux fondamentaux, en revenir aux bases et se rappeler qui on est et de surtout ne pas se prendre pour ce qu’on n’est pas. 

Boisson Divine c’est aussi une approche artisanale. Baptiste est vigneron, il y a une méthode, un savoir-faire. Tout est fait depuis chez lui, les productions de nouvelle musique suivent leur cours en fonction des aléas de la Vie et des occupations des uns et des autres. Tout est fait maison et le talent du Baptiste reste épatant. Il nous avait déjà régalés avec Moisson Livide, improbable projet black metal gascon (en vrai c’est plutôt du power metal « sombre »). Revoilà un nouvel album de Boisson Divine. Toujours ce style inimitable, ce heavy truffé de chouettes mélodies folk. Il y a toujours ce savoir-faire. Invariablement, cela sonne Sud-ouest, c’est plus fort que lui (ou c’est tant ancré en lui que mécaniquement ça revient comme une seconde nature).  

Lo Palestrion présenté en amont de la sortie nous a rappelé la capacité du groupe à envoyer un folk metal efficace et permet un démarrage assez classique. Ensuite, c’est parti pour un beau voyage avec de vraies audaces. Baptiste ne tombe pas dans la facilité et la formule fan-service. Avec ses sept minutes, Ira Dei Cadit offre un beau voyage avec notamment un joli final tout en douceur folk. Très ambitieux également sont les titres La Hialaira et Princi Negue. Dans le premier, et pour notre plus grand bonheur, le chant polyphonique est encore bien là. Chœurs à l’unisson, accélération avec chant presque blackisant (où on se rappelle au bon souvenir de Moisson Livide), passages shreds, solis superbes, Boisson Divine ose et ça le fait incroyablement bien. Pour Princi Negue, encore une belle cavalcade narrant l’histoire de ce chevalier anglais qui fit tant de dégâts lors de la Guerre de 100 Ans. C’était avant le sauvetage de la Patrie par la Pucelle et permet de se rappeler ce pan d’Histoire de France passionnant et ainsi de mieux comprendre certains régionalismes propres au grand Sud-Ouest. Et aussi le plaisir ressenti lors de ces fameux France- Angleterre en rugby avec cette saine adversité entre vieux adversaires (ah cette récente pénalité décisive de Ramos !). Baptiste n’en finit plus de raconter sa Gascogne, son Histoire, c’est passionnant et en plus de se régaler musicalement, on révise, on apprend plein de choses. 

Musicalement, les mélodies folk déferlent, c’est un bonheur, bien soutenu par ces guitares très heavy qui ne rendent l’aspect folk que plus puissant. Sublime équilibre ! Je ne peux omettre de citer Lo Xivau de Hèr, piste démentielle. La dynamique est folle, le refrain absolument GENIAL. L’intervention d’Agathe est excellente (elle est à saluer pour son intégration dans le collectif), le passage instrumental folk avec (encore) un très bon solo régale. Ce titre est une pépite. Le final Lo Pont Deu Diable est encore très audacieux, le titre s’étale sur 12 minutes et offre entre autres un break piano - violon très à propos et inattendu. Encore une belle réussite et la confirmation éclatante que nous tenons là un excellent disque de Boisson Divine, un de plus. Intéressant de bout en bout. Trop peu visible en live (par la force des choses nos gersois ayant tous des jobs à côté), Boisson Divine n’en finit plus de raconter sa Gascogne, son Histoire, ses personnages historiques, son ambiguïté (oui la Gascogne n’a pas toujours été fidèle à la Couronne de France), son folklore. C’est l’âme d’un « pays » qui résonne ici et c’est absolument génial. Dans une approche artisanale, Baptiste tisse une discographie magnifique et le rendu est d’une qualité impressionnante (production, interprétation). Boisson Divine où le folk metal à son meilleur. Quel album ! Quel groupe !!

PS Au moment d’écrire ces lignes, il semblerait que la sépulture de D’artagnan aurait été retrouvé du côté de Maastricht. Une future thématique de chanson pour nos Boisson Divine ?
 
Tracklist de Eretatge : 
01. Lo Palestrion
02. Ira Dei Cadit
03. Vailets
04. Lo xivau de hèr
05. La hialaira
06. Princi Negue
07. Maria
08. Lo pont deu Diable

 

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