Artiste/Groupe:

Ethereal Darkness

CD:

Echoes

Date de sortie:

Mars 2026

Label:

Indépendant

Style:

Death Black Melo, Metal Atmospheric, Doom Melancho

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

19.5/20

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Passionnées et passionnés des terres métalliques, j’ai une question simple, presque innocente… êtes-vous joueur ?

Non ? Restez.
Oui ? Mauvaise idée… mais restez quand même.

Je vous propose un jeu sans enjeu, sans gain, sans gloire. Une loterie où même le perdant ne perd rien, et où le gagnant… n’existe pas vraiment. Un concept parfaitement calibré pour notre époque.

Le principe est limpide : deviner le pays d’origine du groupe dont il sera question ici.
Vous avez le droit de scruter la pochette, de maltraiter le nom du groupe à la loupe, d’effleurer du regard le label. Mais au-delà… c’est la sanction. Et croyez-moi, Le Ced rôde, le fouet huilé, prêt à corriger toute dérive méthodologique.

Quant aux tricheurs qui lorgneraient du côté d’un quelconque oracle numérique… disons simplement que je vous vois. Toujours.

Pour les autres, les non-joueurs, filez d’ici, et rejoignez la chronique d’Exodus. Parce que dans celle-ci, il ne saurait être question de jeu ou d’amusement, ce groupe bien trop sérieux à l’unisson de ses nombreux fans, trouverait cela vulgaire de plaisanter avec leur propre entité légendaire ... j’en pleure à m’en sécher la rate !!!

Allez… assez tergiversé.

Il y a bien longtemps, avant la soi-disant Grande Peste, j’avais pris le risque d’apprécier un album auto-produit et passé presque inaperçu, l’œuvre d’un one-man band répondant au nom d’Ethereal Darkness. J’avais découvert cette œuvre annoncée sans tambour ni trompette, mais ce que j’avais entendu sur Smoke and Shadows m’avait profondément impressionné. Le cerveau du projet, Lars, y avait sculpté un monument de doom mélancolique et mélodique, dans la veine d’Insomnium et de Before the Dawn, avec une profondeur, une puissance et une gravité remarquables que l’on pourrait retrouver dans les fantastiques Doom Vs. Malgré quelques aspérités, cela sonnait comme le travail d’un groupe de musiciens aguerris et rodés, dotés d’une technique dingue. Depuis les années ont alimenté les ruisseaux en eaux chargées, et j’avais presque fini par considérer Ethereal Darkness comme un projet asséché, donc mort et enterré.

Les temps étirant ce silence. Devenu long, épais. Presque définitif.
Jusqu’à ce que le Ced — inévitablement toujours sur le pont, tel un héraut moderne sous CAC 40 et aidé de son outil de modélisation financière — surgisse pour m’annoncer le retour du projet. Nouveau disque. Premiers échos dithyrambiques. Au nom faisant reflets multiples : Echoes.

Six ans plus tard, Ethereal Darkness n’est plus une solitude. Le projet s’est incarné, densifié, humanisé. Un groupe est né. Et il ne vient pas les mains vides.

Soixante minutes, Echoes reprend le style du premier opus et le pousse bien plus loin, avec des compositions beaucoup plus longues, une richesse mélodique rarissime, une ambition décuplée dans l’écriture, une pochette signée Adam Burke, une production confiée à Dan Swanö — autrement dit, on ne joue plus dans la même cour. On a changé de hauteur. Reste à savoir si l’altitude ne donne pas le vertige.

Ouvrir avec un morceau de onze minutes, c’est une déclaration d’ambition. Gone With the Tide ou la fresque monumentale de Death Melo teinté de doom, ce titre déploie des paysages vastes, glacés, cinématographiques. On pense à Be’lakor, à Black Sun Aeon, mais surtout, on sent une identité qui s’affirme. Le travail à la guitare est phénoménal, rempli de trilles mélancoliques et d’une lourdeur doom à toute épreuve. Les growls de Lars sont très efficaces, les parties chantées claires de Brecht (le guitariste acoustique) tombent à point nommé, et les incartades en blastbeat noir ajoutent des pics d’adrénaline parfaitement dosés. C’est un morceau stupéfiant, l’un des plus marquants de l’année jusqu’ici.

The Cycle enfonce le clou avec une aisance presque insolente. C’est riche, habité, hypnotique. Le genre de morceau où le temps se dissout doucement, sans prévenir. Il maintient le niveau stratosphérique : un mélange déjanté et improbable d’Eneferens et d’Amorphis période moderne. C’est le genre de morceau dans lequel on se perd, où l’on oublie le temps. Les guitares ciselées, les growls solides, les voix claires parfaitement intégrées… tout fonctionne. Même les incursions black viennent fouetter l’ensemble avec précision, apportant la puissance émotionnelle.

Ailleurs, Winter s’aventure sur des terres plus sombres, flirtant avec notre Saor bien aimé, tandis que On the Edge of the Cliff injecte une urgence plus brute, presque viking dans son énergie conquérante. Sublimement beau.

Tout n’est pas parfait, et tant mieux, c’est si rassurant au fond. IV s’étire un poil trop, comme un rêve que l’on refuse d’achever, histoire de ne pas se lever. Mais ce sont des fissures dans un monument. Le final de IV n’en demeure pas moins dingue, sublime, viscérale. IV devrait plaire aux plus extrêmes d’entre nous, car il est très très bon...

Le final démesuré, Realization, qui dépasse les treize minutes, regorge de moments sublimes, et surtout d’excellentes mélodies très variées. De plus, il est servi par sa propre ampleur. Dinguement sublime, ce titre propose quelque chose de jamais entendu.

Lars impressionne. Partout. Guitares, voix rauques, claviers, la basse, composition… il impose la vision d’un virtuose. Brecht apporte la respiration, la lumière fragile. des passages de guitare acoustique apaisants et des parties chantées claires chargées d’émotion. Peter, le marteleur, battant campagne, donne enfin à l’ensemble une colonne vertébrale organique.

Echoes est un album plus grand que Smoke and Shadows à tous points de vue, avec plusieurs titres dignes de figurer dans le palmarès des chansons de l’année. Echoes est un album plus grand et d’une qualité supérieure à ce que l’on a pu entendre ici ou là. C’est un festin somptueux pour les oreilles et l’esprit, et j’ai le pressentiment que je vais passer beaucoup de temps avec cet album dans les mois à venir. Ethereal Darkness est sur le point de recevoir beaucoup plus d’attention dans le metalverse, et c’est amplement mérité. Écoutez ce monstre colossal, et surtout partagez le.

Et une question demeure, suspendue, et qui agace un poil : comment ce groupe peut-il encore évoluer sans label ?

Alors ce quiz … et ce fameux pays ?
Vous aviez visualisé les fjords ? Les forêts nordiques ? Un renne en fond sonore ?

Alors Kabet, vous dites ? "Asgard, contrée du nord ou pays des Valkyries !" Et vous L-Red ? "Le pays du Père Noël !"
Raté.

Car oui il ne pouvait s’agir aussi simplement de cela. Ici aux APdM, on aime la difficulté, on bosse comme des damnés en évitant déontologiquement le moindre copec. Évidemment que la simplification lors d’un quiz ne pouvait être notre credo. Mains enfoncées dans le buzzer, le corps tendu comme un arc de triomphe, il fallait hurler "Belgique" ! Alors vous l’auriez gagné votre postérité dans ce quiz du Metal. Vous aviez été prévenus, c’était perdu d’avance, mais bon pas grave, vous êtes joueurs, et certainement bons joueurs, sinon vous ne seriez pas en train de lire ce dernier paragraphe. Pour gagner, il fallait oser. Il fallait sortir des sentiers balisés du Metal géographique. 
Oui, la Belgique. Terre de bière, de surréalisme… et parfois de fresques métalliques monumentales (Ancient Rites etc ...).
Un choix improbable, donc insupportablement logique.

Mais rassurez-vous, vous ne pouviez pas gagner. Le jeu était pipé dès le départ. Une mécanique huilée où les règles changent en cours de partie, où l’arbitre joue contre vous, et où le trophée… n’existe pas.

Bienvenue dans notre cirque. Comme dans tous les cirques où l’on joue.
Car finalement, qui gagne vraiment ?
Ceux qui créent les règles.
Ceux qui tiennent les ficelles.
Ou ceux qui acceptent de jouer en sachant pertinemment qu’ils vont perdre ?
Je nous laisse méditer.

En attendant, moi, j’endosse mon rôle et son costume.
Car, celui du bouffon me revenait de droit.
Celui qui agite des clochettes pendant que d’autres bâtissent des cathédrales sonores.
Et au fond… il fallait bien quelqu’un pour perdre à ce jeu.

Tracklist de Echoes :
01. Gone With The Tide
02. The Cycle
03. Winter
04. IV
05. On The Edge Of The Cliff
06. Realization

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