Artiste/Groupe:

Parallel Minds

CD:

Cairn

Date de sortie:

Mars 2026

Label:

Indépendant

Style:

Heavy Power Thrash Progressif

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

18/20

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Le voici, le voilà... mon premier coup de cœur 2026 (enfin !) : le quatrième album de Parallel Minds, groupe français dont nous suivons les aventures avec intérêt depuis son tout premier méfait, Headlong Disaster, paru en 2015. Que de chemin parcouru depuis ! Ceux qui ont suivi les aventures de cette formation ont certainement remarqué que chaque nouvel album proposait quelque chose qui le différenciait du précédent. C’est encore le cas aujourd’hui avec Cairn qui débarque avec un concept original et ambitieux. Le cairn est un amas de pierres laissé pour marquer un lieu donné. C’est la trace d’un voyage, d’un passage, de la mémoire... et Parallel Minds a choisi ce symbole pour cet opus qui aborde (je les cite) des "histoires de peuples et de cultures à travers les âges, témoignant de la souffrance, de la lutte et de la renaissance humaine". Rien que ça. Et pour ce faire, il a contacté des musiciens de différents groupes et pays (dont certains que vous connaissez peut-être déjà comme Johann Cadot d’Asylum Pyre ou Devf de Stone Horns) afin que chacun puisse apporter une contribution à un morceau donné. L’idée est que chaque piste vous emmène ailleurs. Vous allez voyager sans bouger de chez vous ! Merci qui pour les économies ?

Est-il besoin de le préciser pour faire taire les craintes de quelques peureux ? Parallel Minds ne s’est pas mis à la world music, le propos reste metal et on l’on retrouve ce mélange de heavy, thrash et prog que le groupe affectionne depuis ses débuts. La formule a juste été enrichie. 

Cairn compte de nombreux points forts. La liste est longue... les premiers qui viennent à l’esprit sont sans doute sa richesse et sa diversité (induites par le concept). De Sufero qui envoie le powerprog speedé à la Symphony X (avec un refrain qui rappelle les envolées épiques que les Américains affectionnaient particulièrement fin 90, début 2000) en passant par les magnifiques chœurs togolais sur Orishas, les touches orientales avec de la cithare sur Bhopal, le chant indien sur Trail Of Tears (énorme coup de cœur pour moi, quel refrain... quelle classe, c’est beau comme du Savatage des 90s), sans oublier un détour par la ballade celtique Troubles (qui ne pourra pas s’empêcher de devenir bien heavy au bout d’un moment), une halte en Amérique du Sud avec la belle accalmie nommée Colonias (qui mélange anglais et espagnol avec une chanteuse colombienne... et la participation d’un enfant en fin de morceau)... Ne croyez pas que ça s’arrête là, Fear Is The Pandemic est une conclusion furieuse qui nous rappelle que ces messieurs de Parallel Minds aiment aussi le bon gros thrash qui déboite (l’atmosphère reste épique mais bien plus menaçante, on reconnaît la touche mélodique du groupe et un goût pour les arrangements chiadés... mais quand arrive le refrain, on est sur quelque chose qui se rapproche plus d’un Testament bien velu et qui ne fait donc aucun quartier). 

Mais bien sûr, tout cela, bien qu’appétissant sur le papier, ne serait rien sans de réelles qualités d’écriture et d’interprétation. On peut compter sur le guitariste Grégory Giraudo pour nous servir des riffs et solos à la fois puissants, techniques et mémorables. Aussi performant quand il s’agit de livrer une rythmique fracassante avec des relents Gojiresques que quand il faut tricoter avec agilité. Je pourrais citer beaucoup de performances, je me contenterai d’évoquer les solos magnifiques d’Orishas et Trail Of Tears qui me filent des frissons. Allez vérifier par vous-mêmes, c’est la classe ! Stéphane Fradet, au chant, ne se ménage pas non plus, il est plus versatile que jamais et donne tout, qu’il hurle, chante de façon plus mélodique, avec emphase ou retenue. Ses lignes accrochent l’oreille, il y a de la mélodie forte à foison. La section rythmique tenue par Eric Manella (batterie) et Fabien Peugeot (basse) est implacable. Ca groove et claque avec force et précision. Tout le monde fait un boulot remarquable. Détail qui n’en est pas un : la prod est sacrément costaude aussi.

Ce n’est pas la première fois que Parallel Minds nous fait "voir du pays". Des exemples ? Babylone et Grèce antique sur le premier album, Syrie et Russie sur le deuxième, le cosmos dans le troisième... et cette fois-ci, un tour du monde ambitieux qui nous en met plein les oreilles. Et le pire, c’est que ça reste cohérent. L’identité du groupe demeure quel que soit le chemin emprunté. Ce n’est pas le moindre des accomplissements de ce groupe qui a mis les bouchées doubles pour concrétiser sa vision. Les invités apportent une touche d’authenticité bienvenue, leurs interventions sont musicalement justifiées et s’intègrent parfaitement à la partition metal du quartet en l’enrichissant de belle façon. Certes, le tout est dense... la proposition n’est pas frugale. Il faudra plusieurs écoutes pour l’apprivoiser et en saisir tous les détails. Quelques auditeurs auront besoin de prendre une pause, souffler un peu (les petites natures !)... Mais la récompense au bout du chemin en vaut largement la chandelle car on ne ressort pas indemne des soixante minutes de Cairn. L’auditeur sait immédiatement qu’il s’est passé quelque chose et qu’il n’a pas entre les mains (ou les oreilles plutôt) un album "classique" de plus comme il en entend régulièrement. Combien de groupes vont réussir à proposer des morceaux aussi classieux et marquants que Bhopal, Orishas, Trail Of Tears ou On Both Sides cette année ? J’attends de voir... Mais à mon avis, ils vont se compter sur les doigts d’une main. Deux mains si, avec un peu de chance, Savatage, Blind Guardian (auquel on pense également parfois ici, notamment sur l’épique et foisonnant On Both Sides de neuf minutes sur lequel Greg et Steph se partagent le chant) et Symphony X finissent par se bouger un peu (et font preuve d’inspiration).

Verdict : un opus fantastique qui met la barre haut pour la suite. Où s’arrêteront-ils ? A chaque nouveau pas, Parallel Minds impressionne, développe son style, propose une musique qui lui ressemble sans jamais faire dans le copier/coller. C’est fort, technique, massif mais il y a du cœur, des nuances et de la subtilité dans la recette. Zéro compo médiocre à déplorer ici, de la qualité de bout en bout. Et, vous l’aurez compris, chaque piste a une identité propre et ne saurait être confondue avec sa voisine. On l’avait pressenti avec les débuts, les espoirs avaient été confirmés avec Echoes From Afar en 2022, aujourd’hui, le doute n’est plus permis : Parallel Minds est un grand groupe. Et il vient d’accoucher d’un grand disque. Certains ne seront pas d’accord (on ne peut pas plaire à tout le monde) mais ils auront tort, c’est tout. On en reparle à la fin de l’année au moment du bilan.


Tracklist de Cairn :

01. Cairn
02. Sufero
03. Orishas
04. Bhopal
05. Trail Of Tears
06. Sekigahara
07. Troubles
08. Colonias
09. On Both Sides
10. Fear Is The Pandemic

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