Le voici, le voilà... mon premier coup de cœur 2026 (enfin !)
: le quatrième album de Parallel Minds, groupe français dont nous suivons les
aventures avec intérêt depuis son tout premier méfait, Headlong Disaster, paru en 2015. Que de chemin parcouru
depuis ! Ceux qui ont suivi les aventures de cette formation ont certainement remarqué que chaque
nouvel album proposait quelque chose qui le différenciait du précédent. C’est
encore le cas aujourd’hui avec Cairn qui débarque avec un concept original et
ambitieux. Le cairn est un amas de pierres laissé pour marquer un lieu donné. C’est
la trace d’un voyage, d’un passage, de la mémoire... et Parallel
Minds a choisi ce symbole pour cet opus qui aborde (je les cite) des "histoires de peuples et
de cultures à travers les âges, témoignant de la souffrance, de la lutte et de la
renaissance humaine". Rien que ça. Et pour ce faire, il a contacté des musiciens de
différents groupes et pays (dont certains que vous connaissez peut-être déjà
comme Johann Cadot d’Asylum Pyre ou Devf de Stone
Horns) afin que chacun puisse apporter une contribution à un morceau donné.
L’idée est que chaque piste vous emmène ailleurs. Vous allez voyager sans bouger de
chez vous ! Merci qui pour les économies ?
Est-il besoin de le préciser pour faire taire les craintes de
quelques peureux ? Parallel Minds ne s’est pas mis à la world music, le
propos reste metal et on l’on retrouve ce mélange de heavy, thrash et prog que le groupe
affectionne depuis ses débuts. La formule a juste été enrichie.
Cairn compte de nombreux points forts. La liste est
longue... les premiers qui viennent à l’esprit sont sans doute sa richesse et sa
diversité (induites par le concept). De Sufero qui envoie le powerprog
speedé à la Symphony X (avec un refrain qui rappelle les envolées
épiques que les Américains affectionnaient particulièrement fin 90, début
2000) en passant par les magnifiques chœurs togolais sur Orishas, les touches orientales
avec de la cithare sur Bhopal, le chant indien sur Trail Of Tears (énorme
coup de cœur pour moi, quel refrain... quelle classe, c’est beau comme du Savatage des 90s), sans oublier un détour par la
ballade celtique Troubles (qui ne pourra pas s’empêcher de devenir bien heavy
au bout d’un moment), une halte en Amérique du Sud avec la belle accalmie nommée
Colonias (qui mélange anglais et espagnol avec une chanteuse colombienne... et la
participation d’un enfant en fin de morceau)... Ne croyez pas que ça s’arrête
là, Fear Is The Pandemic est une conclusion furieuse qui nous rappelle que ces
messieurs de Parallel Minds aiment aussi le bon gros thrash qui déboite
(l’atmosphère reste épique mais bien plus menaçante, on reconnaît la
touche mélodique du groupe et un goût pour les arrangements chiadés... mais quand
arrive le refrain, on est sur quelque chose qui se rapproche plus d’un Testament bien velu et qui ne fait donc aucun quartier).
Mais bien sûr, tout cela, bien qu’appétissant sur le
papier, ne serait rien sans de réelles qualités d’écriture et
d’interprétation. On peut compter sur le guitariste Grégory Giraudo
pour nous servir des riffs et solos à la fois puissants, techniques et mémorables. Aussi
performant quand il s’agit de livrer une rythmique fracassante avec des relents Gojiresques que quand il faut tricoter avec agilité. Je
pourrais citer beaucoup de performances, je me contenterai d’évoquer les solos magnifiques
d’Orishas et Trail Of Tears qui me filent des frissons. Allez vérifier
par vous-mêmes, c’est la classe ! Stéphane Fradet, au chant, ne se
ménage pas non plus, il est plus versatile que jamais et donne tout, qu’il hurle, chante de
façon plus mélodique, avec emphase ou retenue. Ses lignes accrochent l’oreille, il y
a de la mélodie forte à foison. La section rythmique tenue par Eric
Manella (batterie) et Fabien Peugeot (basse) est implacable. Ca groove et
claque avec force et précision. Tout le monde fait un boulot remarquable. Détail qui
n’en est pas un : la prod est sacrément costaude aussi.
Ce n’est pas la première fois que Parallel
Minds nous fait "voir du pays". Des exemples ? Babylone et Grèce antique sur le
premier album, Syrie et Russie sur le deuxième, le cosmos dans le troisième... et cette
fois-ci, un tour du monde ambitieux qui nous en met plein les oreilles. Et le pire, c’est que
ça reste cohérent. L’identité du groupe demeure quel que soit le chemin
emprunté. Ce n’est pas le moindre des accomplissements de ce groupe qui a mis les
bouchées doubles pour concrétiser sa vision. Les invités apportent une touche
d’authenticité bienvenue, leurs interventions sont musicalement justifiées et
s’intègrent parfaitement à la partition metal du quartet en l’enrichissant de
belle façon. Certes, le tout est dense... la proposition n’est pas frugale. Il faudra
plusieurs écoutes pour l’apprivoiser et en saisir tous les détails. Quelques
auditeurs auront besoin de prendre une pause, souffler un peu (les petites natures !)... Mais la
récompense au bout du chemin en vaut largement la chandelle car on ne ressort pas indemne des
soixante minutes de Cairn. L’auditeur sait immédiatement qu’il s’est
passé quelque chose et qu’il n’a pas entre les mains (ou les oreilles plutôt)
un album "classique" de plus comme il en entend régulièrement. Combien de groupes vont
réussir à proposer des morceaux aussi classieux et marquants que Bhopal,
Orishas, Trail Of Tears ou On Both Sides cette année ? J’attends
de voir... Mais à mon avis, ils vont se compter sur les doigts d’une main. Deux mains si,
avec un peu de chance, Savatage, Blind Guardian (auquel on pense également parfois ici,
notamment sur l’épique et foisonnant On Both Sides de neuf minutes sur lequel
Greg et Steph se partagent le chant) et Symphony X
finissent par se bouger un peu (et font preuve d’inspiration).
Verdict : un opus fantastique qui met la barre haut pour la suite.
Où s’arrêteront-ils ? A chaque nouveau pas, Parallel Minds
impressionne, développe son style, propose une musique qui lui ressemble sans jamais faire dans
le copier/coller. C’est fort, technique, massif mais il y a du cœur, des nuances et de la
subtilité dans la recette. Zéro compo médiocre à déplorer ici, de la
qualité de bout en bout. Et, vous l’aurez compris, chaque piste a une identité
propre et ne saurait être confondue avec sa voisine. On l’avait pressenti avec les
débuts, les espoirs avaient été confirmés avec Echoes From Afar en 2022, aujourd’hui, le doute
n’est plus permis : Parallel Minds est un grand groupe. Et il vient
d’accoucher d’un grand disque. Certains ne seront pas d’accord (on ne peut pas plaire
à tout le monde) mais ils auront tort, c’est tout. On en reparle à la fin de
l’année au moment du bilan.
Tracklist de Cairn :
01. Cairn 02. Sufero 03. Orishas 04.
Bhopal 05. Trail Of Tears 06. Sekigahara 07.
Troubles 08. Colonias 09. On Both Sides 10. Fear Is The
Pandemic