Je le sais bien, car vous ne cessez de le rechercher. Vous aimez la douceur.
Pas les caresses distraites, pas les gestes mécaniques, non. Les vraies. Celles qui prennent leur temps. Celles qui effleurent d’abord, hésitent un instant, puis s’installent. De celles qui vous abandonnent des marques invisibles et profondes… et dont on se souvient longtemps.
Et non, inutile de me regarder avec ce sourire en coin. Ici, comme depuis toujours, on parle de musique. Et de rien d’autre. Chez nous, la seule charte en vigueur reste celle des GMA — Grosse Musique Assourdissante. Mais parfois, même au cœur du tumulte, il existe des disques qui vont vous envelopper, abandonnant les fouets du passé.
Alors abandonnez-vous sans résistance à ce nouvel opus de Bloody Valkyria. Après un Kingdom in Fire incandescent et un In Our Home, Across The Fog qui cognait fort, voici venu le temps d’un troisième mouvement plus inattendu. Moins démonstratif. Plus intime. Véritablement tactile.
Jere Kervinen, toujours seul maître à bord, troque ici les coups d’éclat contre une forme de sensualité musicale maîtrisée. Toujours aussi génial, enfermé dans son antre finlandaise, loin des regards, il ne cherche plus à impressionner. Il compose au secret, tout en suggestion. Pas de brutalité gratuite. Pas d’assaut frontal. Juste des nappes, des élans, des lignes qui s’approchent… et qui finissent par vous tenir. Et le résultat demeure saisissant.
Ce projet solo, toujours ancré dans un black mélodique, teinté de Death Mélo, aux racines profondes, se pare ici d’atours nouveaux. Le chant, toujours aussi habité, abandonne par moments sa rugosité pour devenir enveloppant, presque narratif. Les guitares, elles, ne lacèrent plus les fesses. Elles y dessinent des arabesques sonores. Les mélodies se déploient lentement, avec une patience presque troublante. On n’est plus dans l’impact, mais dans la montée. Une montée progressive, délicate, irrésistible.
Symphony of Silence ouvre le bal comme la promesse d’une nuit romantique. Une pièce magistrale, à la rythmique vivante, aux guitares voluptueuses, portée par des claviers aériens. Tout ici respire. Tout prépare. L’auditeur n’est pas brusqué, il est invité, puis rapidement capté.
Avec Always, Bloody Valkyria nous entraîne dans une valse sombre, élégante, presque hypnotique. Les corps tournent, les esprits s’égarent, et l’on se laisse porter jusqu’à cet essoufflement final, doux, presque nécessaire.
Puis vient When Everything Feels Like Nothing, étrange procession qui commence comme une errance avant de s’élever. Les guitares s’intensifient, la tension monte… et soudain, tout bascule. On se retrouve projeté sur des hauteurs inattendues, comme si la gravité elle-même avait cédé.
Longing surprend encore davantage. Mélodie féérique, construction presque classique, souffle cinématographique… le morceau semble suspendu hors du temps. Les claviers cristallins et la ligne émotionnelle qui le traverse en font une pièce singulière, précieuse.
Et puis il y a My Beloved North. Sans doute le cœur battant de l’album. Ici, la musique glisse sous la peau, remonte le long de l’échine, fait vibrer les sens sans jamais forcer. Riffs solides, piano éthéré, tension parfaitement contenue… tout concourt à créer une fresque à la fois puissante et délicate. Une étreinte musicale, ample et sincère.
Tout n’est pas parfait pour autant. Life’s Worth peine à provoquer la même émotion, restant un peu en retrait, plus conventionnel. Mais il fallait bien, peut-être, un point d’ancrage plus terre-à-terre dans cet ensemble particulièrement inspiré.
Au final, Bloody Valkyria signe ici une troisième œuvre foisonnante. Tout aussi spectaculaire, mais infiniment plus immersive. Moins frontale, mais profondément plus marquante.
Vous l’avez bien compris. Il n’y aura pas de fracas cette fois. Pas de choc. Juste une impression délicieusement troublante. Et lorsque tout s’arrêtera, il devrait vous en rester quelque chose. Comme une trace invisible, à l’instar de la fin d’un hiver que l’on n’a pas vu disparaître.
Amie lectrice, ami lecteur, Si tu aimes les musiques qui prennent leur temps… ce disque est pour toi. Si vous aimez vous perdre dans des atmosphères denses, sans jamais vous sentir agressés… ce disque est pour vous. Si nous acceptons de fermer les yeux et de simplement ressentir… alors oui, ce disque n’est vraiment que pour nous.
Pas une claque, cette fois, une caresse dont on se souviendra.
Tracklist de Requiem : Reveries of the Dying :
01. Symphony of Silence 02. Life’s Worth 03. Always 04. Mending Through Suffering 05. When Everything Feels Like Nothing 06. Longing 07. My Beloved North