Aux Portes Du Metal

À venir

BEYOND THE STYX "Divid", THE DEAD DAISIES "Live Plus Five", ARCHSPIRE "Too Fast To Die", LEVELS "This Will Make You Feel Again", UADA "Interwoven"

Prochaine mise à jour:
le 4 mai 2026.

Nous soutenir

La compil de l'année

Les albums du moment

Tous les coups de cœur

Communautés

Artiste/Groupe:

Green Carnation

CD:

A Dark Poem, Part II: Sanguis

Date de sortie:

Avril 2026

Label:

Season Of Mist

Style:

Metal Prog pur jus

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

18/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Nous vivons une époque formidable. Vraiment !
Vous froncez l’œil au point qu’il s’obscurcit sous le sourcil… vous en doutez donc ?

Mais non, enfin… plus exactement, mais oui. Je pense comprendre l’ambiguïté.
Il ne s’agit pas de l’époque moderne où la géopolitique est redevenue dinguotte… dans celle-là, évidemment que c’est le gros merdier.

Mais non voyons, on parle de cette formidable époque musicale…
Allez, là, au tour des lèvres maintenant : elles dessinent des cornes de bouquetin vers le bas, signe d’un mécontentement marqué… parce que vous vous dites que le Metal a totalement disparu des médias… et même si seuls quelques dinosaures surnagent encore au-dessus du bouillon, il serait bon d’annoncer la fin d’une ère et l’extinction du règne du Metal.

Deuxième ambiguïté naissante, désolé… au risque de devenir indélicat, je précise : dans le monde du Metal, bien sûr. Il ne pourrait s’agir d’autre chose ici, haut dans nos chères Aux Portes du Metal… D’ailleurs, derrière ces portes en métal, jamais fermées, on ne parle que de ça. Le reste ne nous concerne pas. Nous l’abandonnons à la sphère des emmerdements, ou à sa jumelle disgracieuse, celle des mochetés — celles qui régissent une part considérable de nos vraies vies modernes.

Nous sommes raccords maintenant ? Reconnaissons que nous avons de quoi nous enthousiasmer, grâce à un accès illimité à un nombre incalculable d’artistes qui seraient restés au stade de jeunes pousses il y a seulement trente ans… ça, c’est merveilleux !

En voici un petit exemple, délicat.

Depuis le tournant du siècle, Green Carnation trace la voie d’un prog Metal à la fois classieux et atmosphérique, où chaque note semble travaillée en or sombre par la magie d’un temps suspendu. De l’odyssée conceptuelle Light of Day, Day of Darkness (2001) — un seul morceau, une odyssée sonore — à la résurrection post-hiatus de Leaves of Yesteryear (2020), le groupe cultive une élégance rare, mêlant l’esprit des progresseurs d’antan à la rugosité d’un Metal résolument contemporain. Pas de nostalgie kitsch ici, mais un travail fin et pur, où la mélancolie danse avec la grandeur, et où l’ombre épouse la lumière. Un peu à l’instar d’un Amorphis...

A Dark Poem, Part II: Sanguis, suite du premier volet (The Shores of Melancholia), plonge cette fois dans des abysses plus intimes, plus personnelles. Exit (ou presque) les blast beats et les orages sonores qui faisaient du précédent opus une tempête en pleine mer. Désormais, on navigue encore, mais en eaux sombres, au gré des vents mauvais. Précisément là où les souvenirs saignent et où les mots de Stein Roger Sordal (bassiste et parolier en chef) se font scalpel. Le groupe y recycle ses propres démons, et ceux de l’enfance, pour en faire une œuvre brutale, pétrie de douceur — un paradoxe que vous appréciez, n’est-ce pas ?

Sanguis, morceau d’ouverture, est une fresque prog d’une intensité rare, où l’orgue ondule comme une marée noire et où les mélodies, à la fois sucrées et venimeuses, portent des paroles qui frappent comme des éclats de verre : « Father was boiling / Mother was crying / The children left scared in their beds… ». Kjetil Nordhus, chanteur à la voix de velours déchiré, y incarne la douleur avec une passion folle. Derrière lui, le groupe déchaîne un feu contrôlé… et pourtant incontrôlable.

Puis vient Loneliness Untold, Loneliness Unfold, ballade tendre et tourmentée où une guitare acoustique, aux éclats fragiles comme un fil d’araignée, soutient les pulsations d’un chant tremblant. Le morceau se déploie comme un lent battement d’aile noire, menant à une envolée rock très prog. À elle seule, cette piste mérite le coup de cœur de la galette.

Laissons cela, à regret, et place à Sweet to the Point of Bitter, où les riffs métalliques et les rythmes chaotiques deviennent les armes d’une révolte désespérée : « One can suffer, one can flee / I will take the punches coming right at me… ». L’émotion essouffle — on en sort sonné, comme après un uppercut poétique.

L’album, ensuite, ose des éclats de lumière. I Am Time est une chanson magnifique, baignée de résignation et de regrets, traversée par l’espoir comme un rayon furtif. Les lignes de guitare sont époustouflantes, la rythmique ensorcelante. Et l’on pardonne aisément les quelques rares moments de justesse vacillante du sieur Nordhus : c’est de l’imparfait que naissent les beaux temps, le parfait, lui, tend vers la vantardise.

Fire in Ice, lui, médite sur la fermeture et la compassion, avec des crescendos métalliques qui soulèvent l’âme. La ligne vocale de Nordhus est d’une expressivité à couper le souffle. La section rythmique y déploie une belle énergie. Que c’est beau… comme du Arena. Les deux dernières minutes, à l’intensité croissante, sont tout simplement jouissives. L’atterrissage laisse tremblant.

Enfin, Lunar Tale clôt le tout en dépouillant le son jusqu’à l’os : piano funèbre, guitares acoustiques légères comme des pétales, et des paroles d’une honnêteté glaçante. On y entend battre le cœur même de ce projet — un cœur noir, lourd, majestueux.

A Dark Poem, Part II: Sanguis est un album difficile, non pas par sa musique (qui reste d’une élégance bien trop rare), mais par les thèmes qu’il charrie. Green Carnation y recycle la douleur en art et signe là un nouveau chef-d’œuvre dans une discographie déjà exemplaire, pourtant passablement passée inaperçue. Pur, sincère, profond, et sacrément bien foutu. Vivement la suite… ils auront sacrément bien fait évoluer leur musique en 36 années d’existence. Ah si, juste une supplique : pourriez-vous faire un plus long la prochaine fois ? Oui, nous sommes exigeants.

Alors, sommes-nous suffisamment raccords pour décréter à l’unisson que notre monde musical est merveilleux ?
Et tant pis pour les grinches, ce sera cœur, amplement mérité.

Tracklist de A Dark Poem, Part II: Sanguis :
01. Sanguis
02. Loneliness Untold, Loneliness Unfold
03. Sweet to the Point of Bitter
04. I Am Time
05. Fire in Ice
06. Lunar Tale

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !