LUFEH "Overwhelmed",
AKIAVEL "ScelestVs",
DEVIN TOWNSEND "The Moth",
CONVERGE "Hum Of Heart",
ARCHSPIRE "Too Fast To Die",
LEVELS "This Will Make You Feel Again",
UADA "Interwoven"
Amies lectrices, amis lecteurs, êtes-vous prêts à reprendre du service autonome à grande vitesse (le SAGV), l’équivalent du TGV de la chronique au profit de nos chères GMA (Grosses Musiques Assourdissantes) ?
Alors, le voilà, ce SAGV lancé sur les rails, pantographe levé, prêt à avaler des kilomètres de décibels et de mauvaise foi chroniqueuse. Et tu sais quoi ? Le carburant est là. Il a fermenté tout seul dans le tiroir à double fond. Il sent déjà un peu le soufre et le cuir usé. Mince… pour cette fois, et seulement cette fois, je me dois de vous tutoyer.
Parce que “l’endogame culturel”, ce n’est pas juste une formule qui claque comme une porte de cave. C’est une petite bête duveteuse, bien nourrie, qui vit au chaud dans nos habitudes. Elle ronronne entre deux écoutes de disques que l’on connaît déjà, entre deux certitudes bien pliées. Et elle adore ça. Nous aussi, soyons honnêtes : c’est si rassurant, les repères stables. Tu en conviendras certainement.
Prenons une table ronde imaginaire. Il y a le chroniqueur zélé, nostalgique des temps précieux, qui pédale en cadence sur ses classiques. Le chroniqueur passionné, qui polit ses diatribes comme des pierres incendiaires. Le chroniqueur calibré, respectueux des procédures et des règles en vigueur, qui navigue dans ses eaux connues avec un process bien huilé. Et moi. Et toi. Et tous les autres. Une belle confrérie d’explorateurs… qui tournent en rond autour du même feu.
On s’échange des recommandations, bien sûr. On hoche la tête. On dit : “ah oui, ça a l’air intéressant, tu me l’as bien vendu, je m’y mets demain”. Et puis… rien, ou si peu de retours, alors qu’on aurait aimé sonder les fonds d’oreille de chacun. L’œuvre finit dans une pile invisible, cette fosse commune des intentions culturelles. L’endogame culturel, lui, applaudit en silence. Standing ovation.
Et puis parfois, on s’acharne à rêver, tout haut, avec insistance. Histoire que le rêve s’éveille et prenne vie dans ce monde réel. Il faut sortir les formules chocs, incantatoires, chamaniques… défricher le champ des possibles, mettre le paquet, bon sang ! Pour en garder l’essentiel, la formule forcément magique.
Le nom surgit. Melechesh.
Pas exactement le genre de groupe qui viendra s’installer dans ton salon avec des chaussons. Non. Melechesh, c’est une porte gravée en cunéiforme, coincée dans un désert nocturne, avec du vent qui charrie des siècles, des cendres, des choses anciennes. Tu hésites. Tu sais que ça va bousculer l’agencement intérieur.
Ainsi débarque Sentinels of Shamash, sans prévenir. Trois titres. Vingt-et-une minutes. Une poignée de sable brûlant jetée au visage.
Et là, miracle rare dans la petite écologie fermée de nos habitudes : l’endogame culturel recule d’un pas. Peut-être parce que ce que propose Melechesh, ce n’est pas juste un retour. C’est un rappel à l’ordre. Une secousse sismique dans nos playlists bien rangées.
The Seventh Verdict ouvre la marche comme un rituel ancien. Le riff te prend par la nuque, t’oblige à ne rien faire d’autre que de suivre sa direction. Pas celle qui te mène vers ton confort habituel, non. Vers quelque chose de plus rugueux, de plus ancien. Ashmedi éructe comme un prêtre en transe, et tout s’emboîte avec rugosité et justesse. Ce n’est pas un morceau. C’est une incantation qui refuse de te rendre à tes habitudes.
Puis In Shadows, In Light vient t’achever avec une élégance presque insolente. Ce groove… cette manière de faire danser le chaos… On dirait que le groupe convoque ses propres fantômes, mais qu’il les fait évoluer dans un décor neuf. C’est familier et étranger à la fois. Une faille temporelle dans laquelle on plonge avec un sourire un peu idiot.
Raptors of Anzu, lui, joue le rôle du dernier messager. Peut-être moins immédiat, mais avec cette fin… cette montée… comme si le morceau refusait de mourir, préférant se dissoudre lentement dans quelque chose de plus vaste.
Et au moment où tu te dis : “tiens, je pourrais y retourner”… c’est fini. Et oui, rappelle-toi : c’est un EP, forcément court par essence. Rideau. Frustration. Dépendance, ou pas.
Et c’est précisément là que la chronique dépasse le simple plaisir auditif. Parce que Melechesh, ce n’est pas qu’un groupe qui revient après onze ans de silence. C’est une trajectoire cabossée, un déracinement, une lutte pour continuer à créer malgré tout. Derrière les riffs puissants, il y a des vies déplacées, des racines arrachées, des identités qu’on refuse de diluer.
Alors oui, il faut les écouter. Mais pas comme on coche une case. Il faut les accueillir comme une brèche dans nos certitudes (n’est-elle pas canon cette formule toute faite ?!). Et surtout… il faut agir. File voir ce qu’ils font. Va comprendre d’où ils viennent. Et si tu peux tendre la main, fais-le.
Parce que soutenir ce genre de groupe, ce n’est pas juste consommer du Metal exotique pour pimenter une discothèque fatiguée. C’est refuser, à ton échelle, cette paresse confortable qu’on appelle l’endogame culturel (troisième fois, et si tu n’as pas encore la définition, file voir ton ami le Chatbidule, Gpt ou autre, ça pullule de bons conseils ...). C’est aussi accepter de se perdre un peu pour mieux écouter, deuxième formule "blabla", tu en conviendras aussi.. C’est aussi accepter de se perdre un peu pour mieux écouter (pas mal encore cette formule toute faite, non ?!)
Et quelque part, entre deux riffs mésopotamiens et une prise de conscience un peu tardive… on ne manque pas de bonnes recommandations. On manque juste de courage pour les suivre. Et puis c’est promis, la prochaine fois, on rangera ce tutoiement envahissant comme une caresse… et peut-être ressenti comme une légère indélicatesse.
Chronique 2 — Version “propre et homologuée”
Les métalleux mésopotamiens de Melechesh ont su préserver une admiration inaltérable au fil de leurs 33 ans d’histoire. Mélange explosif de black et de thrash, tissé d’une thématique envoûtante puisée dans les mythologies sumérienne et mésopotamienne, le groupe a sculpté une place unique dans le paysage Metal. Leurs albums studio, Emissaries (2006) et The Epigenesis (2010), restent des joyaux intemporels. Onze ans — une éternité — se sont écoulés depuis Enki (2015), et leur silence semblait presque mythique. Mais les voilà de retour avec Sentinels of Shamash, un réveil après un long sommeil onirique.
Avec trois titres totalisant à peine 21 minutes, Sentinels of Shamash est davantage un grognement menaçant qu’un rugissement déchaîné. Mais ne vous y trompez pas : loin d’être décevant, cet EP offre une expérience enivrante, riche en sommets. The Seventh Verdict, morceau d’ouverture, s’embrase d’un riff sumérien aussi vicieux qu’hypnotique—preuve que les onze années d’absence n’ont en rien émoussé leur tranchant. Sur près de six minutes et demie, le titre serpente dans un chaos de riffs diaboliques et de rythmiques implacables, tandis qu’Ashmedi, leader charismatique, y déploie ses vociférations avec une aisance déconcertante, servie par une production irréprochable. La conclusion, en particulier, est un chef-d’œuvre de tension : un beat déferlant, des riffs vertigineux qui s’envolent avant de s’éteindre en douceur… à vous dresser les poils.
Les deux autres morceaux méritent presque autant. In Shadows, In Light—peut-être le plus abouti—renvoie directement à Emissaries, avec un riff d’introduction qui rebondit, groovy et accrocheur à souhait, avec un écho moderne du plus bel effet. Melechesh y déploie ensuite tout son art : une avalanche de riffs blackened-thrash, portée par une percussion déchaînée, avant de s’ouvrir sur une séquence où le groupe embrasse pleinement son mysticisme oriental. Leur héritage et leurs influences s’y entrelacent avec une intelligence rare, forgeant une signature sonore uniquement Melechesh—et quand ils passent à la vitesse supérieure, c’est tout simplement sensationnel.
Raptors of Anzu, dernier titre de l’EP, semble peiner un peu à rivaliser avec ses prédécesseurs, cette impression s’estompe vite. Un roulement de tonnerre de riffs et de blastbeats y porte la voix sermonnaire d’Ashmedi, avec une efficacité implacable. Si les riffs y sont déjà redoutables, c’est dans sa conclusion que le morceau explose et s’illumine : des mélodies envoûtantes s’y mêlent à des percussions orientales, vous donnant envie de recommencer l’écoute sans attendre. Une fin en apothéose pour cet EP.
Le seul vrai regret avec Sentinels of Shamash ? Sa brièveté. Ces trois titres déchirent tout sur leur passage, mais laissent un goût d’inachevé, une faim tenace. On peut espérer que ce retour annonce un album complet—en attendant, savourez cet apéritif envoûtant, une gourmandise de Metal mésopotamien qui ne fait qu’attiser l’impatience pour la suite. Quand elle arrivera.
Track list de Sentinels of Shamash :
01. The Seventh Verdict 02. In Shadows, In Light 03. Raptors of Anzu