LUFEH "Overwhelmed",
AKIAVEL "ScelestVs",
DEVIN TOWNSEND "The Moth",
CONVERGE "Hum Of Heart",
ARCHSPIRE "Too Fast To Die",
LEVELS "This Will Make You Feel Again",
UADA "Interwoven"
Amies lectrices, amis lecteurs, faisons écho à ça, nous vous avions quittés lors du commencement, aux instants où les cœurs palpitent le plus, où les espoirs sont immenses comme des montagnes, au moment où le temps n’a encore rien émoussé... suivez bien ce lien, lisez-le attentivement, on n’évoque pas les relations amoureuses, ce n’est pas nos jobs ici. (voici donc la version finale “on ferme la boutique, mais pas le gosier”)
Ça y est. Le grand cirque blanc plie ses gaules ou plus exactement les planches, les skis donc. La neige ? Disons qu’elle a pris des airs de soupe miso tiède oubliée dans le micro ondes. Les pistes ? Un champ de patates douteux entre boue, plaques de glace et regrets. Les dameuses ? Garées comme des anciens combattants qu’on n’a même plus le cœur à décorer. Et Monsieur le Maire ? Disparu juste après le dernier barbecue de fin de saison. Évaporé. Probablement en train de recycler ses Sorels “écoresponsables” en sandalettes de plage, dans un coin chaud de la Méditerranée, plus propice aux maillots de bain qu’aux grosses doudounes marseillaises de chez Jott. Et notre Marine, la petite nouvelle de l’Office du Sourisme, la seule à posséder un joli sourire... Marine a fui vers les Oceanes avec un bellâtre tout bronzé, le plus c.n de la station, mais le plus prompt à sortir des phrases toutes faites.
Bref, la station ferme. Rideau. Clap de fin. Générique sans musique. Tout se range, se nettoie, se solde… Le nouveau directeur de la station, le Grand Ordonnateur, compte les forfaits vendus, les avalanchers, les consommations d’énergie. Et les rendements s’envolent, les chiffres s’affolent, et ce depuis que "l’on" a annoncé la fin des sports d’hiver, attaqués sous tous les fronts par le réchauffement climatique. Ses fameux tableaux Excel explosent les compteurs, le gars jubile comme une vache retrouve ses prairies alpines après ce long hiver passé dans son étable, prisonnière de ses autres collègues bovines.
Pourtant, un bastion résiste encore à l’appel du printemps. Inévitablement à contre courant de tous les courants, notre Blaise. Toujours lui. Planté au comptoir du “Tout Schusss ou tout Dret ?” (tout vite ou tout droit ?", tel un menhir imbibé, moustache en jachère et regard chargé comme un ciel d’orage hors saison.
Mais aujourd’hui… pas de tirade contre les Ricains. Pas de prophétie météo à base de nuage à la Sapinette ou de brouillard au Génépi. Non, quelque chose dans son processus immuable de la râlerie permanente est grippé, ça cloche sévère.
Le Blaise écoute. Oui, vous avez bien lu. Il écoute sacrebleu. Devant lui, posé comme un objet anachronique sur sa table poisseuse, un casque audio flambant neuf (probablement abandonné sur le télésiège de Saint Antoine de Padoue, par un saisonnier distrait), et dans ses oreilles… un truc, intitulé un truc car inclassable pour ce pauvre diable.
Un truc pas simple, très loin d’être immédiat. Pas du genre à faire taper du pied entre deux verres de blanc limé. Non. Un labyrinthe. Car pendant que la station ferme ses portes, certains cherchent toujours la sortie. Et peut-être que Dimension Act avec son truc, Labyrinths of Life pourrait nous aider à y parvenir.
Quatorze ans de silence. Quatorze hivers sans bulletin complet, juste récemment entrecoupés de micro parutions bien fugaces. Et voilà que les Norvégiens reviennent comme une belle goutte froide venue du Nord, pas celle qui fait illusion sur BFM avec trois flocons en 8K, non…de celle qui est classe, envoutante et glaciale. Dangereuse dirait le Ced ... dangereuse dirait le Sage.
Au début, je ne vais pas vous mentir, j’ai fait comme tout le monde en fin de saison: j’ai survolé. Une écoute, deux écoutes… et puis cette sensation étrange, comme quand on regarde un bulletin avalanche niveau 4 en avril: “non… mais oui, j’y vais !” Et puis j’y suis revenu. Encore. Toujours un peu plus. Et piti à piti… les reliefs sont apparus à la faveur des répétitions.
Shrine of Deception… première envolée orgastique des oreilles. L’ambiance léchée est jetée. La voix de Sieur Tom-Vidar Salangli, particulièrement bien posée, possède une belle palette du registre Prog, avec une dominante très rock. Les claviers du Sieur Kristian Berg assez Old School dans l’ambiance générale s’en démarquent toutefois par des sonorités modernes et enlevées. Les guitares de Marius Nielsen balancent des riffs particulièrement tonitruants, moins les solos enivrants, pour autant pas totalement oubliés. Le ton général est donné, nous allons nous régaler.
Le monument central, cette fresque tentaculaire Burning The Lines Of Mortal Existence en huit parties, agit comme une remontée mécanique mentale: longue, glaciale, exigeante… mais une fois en haut, la vue justifie chaque peine.
Blurring the Lines of Mortal Existence II: Decipher the Past, superbe partie instrumentale technique et moderne. Une régalade, comme la première descente en poudreuse de la saison.
Blurring the Lines of Mortal Existence VII: Another Fight … sans doute le plus Dream Theaterde tous... le plus proche de l’univers Metal, une belle claque sur la fesse, qui met le rouge à celle-ci, une belle envolée musicale qui met le rouge aux joues. Plus rock assurément, moins jazzy aussi, mais tout aussi Prog, une pièce majeure de celle qui assume les fondations de la maison.
Nous voilà sur la dernière piste, qui tombe au meilleur des moments, puisque celle-ci reste ma pref de toutes. Très Prog, une amorce genre Metal Symphonique, avec plus de guitares et un effleurement de sensibilités annonçant l’adieu imminent.
A vous maintenant, amies lectrices et amis lecteurs, de partir à la découverte de cette GMA qui n’en est pas vraiment une... vous avez du job. Parce que cet album, amies lectrices et amis lecteurs, ne se laissera pas consommer comme un repas au fast-food. Il se méritera. Preuve, même la tracklist demande une attention particulière pour la rédiger, c’est peu dire. Avez-vous vu la longueur des titres ?...
En ce qui concerne les influences, on pense à Dream Theater, Evergrey, Ayreon… Mais ce serait comme dire qu’une fin de saison ressemble à un début: techniquement vrai, profondément faux. Ici, tout est peut-être plus fragile comme le démontrerait la fin d’un cycle. Comme cette station qui ferme, finalement. Alors oui j’aime bien moins les deux pistes faisant appel à la voix féminine, que je trouve un rien mièvre et c’est un euphémisme. Ce sont Blurring the Lines of Mortal Existence III: A Day Tomorrow et The Greater Good qui dénotent, même si celles-ci comportent quelques belles qualités intrinsèques.
On regarde dehors. La neige fond, y en aura-t-il la saison prochaine pour démarrer un nouveau cycle ? Les pylônes grincent doucement. Un dernier télésiège tourne à vide, pour personne.
Et voilà. La station ferme, oui. Tout naturellement, parce que les cycles de vie ont défini cette fin ainsi. Question de saison, de météo, de renouvellement, mais aussi de perte d’envie. Et peu de choses sur notre belle terre ne résistent aux préceptes de ces cycles, même pas l’amour. Seuls certains voyages ne dépendent ni de la météo, ni des saisons, ni même de notre capacité à comprendre immédiatement ce qu’on perçoit. Labyrinths of Life est de ceux-là.
Le Blaise, lui, a remis le casque. Et pour la première fois depuis 1992, lors des Jeux olympiques d’Albertville, il n’a rien à redire. C’est peut-être ça, la vraie fin de saison, quand on vient d’être comblé par dame providence.
Et pendant ce temps-là, au parking, les derniers Doris chargent leur coffre sous la pluie, le cœur gros de retrouver leurs certitudes grises : “On reviendra l’année prochaine” Le Blaise, sans enlever son casque, marmonne aussitôt dans sa moustache : “Ou pas” Et il riffougne (rire sans bruit en faisant bouger les épaules). Béatement.
Et surtout 1000 merciS, aux artistes de Dimension Act, qui rendent leur musique si belle à nos oreilles.
Tracklist de Labyrinths of Life (à parcourir comme la dernière descente de la saison… sans vouloir arriver en bas) :
01. Masquerade 02. Shrine of Deception 03. The Greater Good 04. Phantom Reality 05. Burning the Lines of Mortal Existence I: Scars to Mend 06. Burning the Lines of Mortal Existence II: Decipher the Past 07. Burning the Lines of Mortal Existence III: A Day Tomorrow 08. Burning the Lines of Mortal Existence IV: Ad Astra 09. Burning the Lines of Mortal Existence V: Bottom Deep 10. Burning the Lines of Mortal Existence VI: Another Course 11. Burning the Lines of Mortal Existence VII: Another Flight 12. Burning the Lines of Mortal Existence VIII: Gaze into Forever