Tournée événementielle en ce printemps 2026 avec Machine Head qui revient à son format "An Evening With" et offre plusieurs dates à notre territoire. Pour cause de vacances dans le très attachant Benelux, j'ai manqué la date toulousaine à domicile mais me rattrape en montant à la capitale pour une date parisienne alléchante. Laissant derrière moi les exploits de Paul Seixas, me voici rejoignant mes amis pour ce qui commence à ressembler à une petite tradition. Nous avions fait les An Evening With au Trianon (2019), au Bataclan (2018), la co-tête d'affiche avec Amon Amarth au Zénith (2022), nous sommes des habitués. Ajoutons le show duHellfest 2024et celui duMotocultor 2025.
C'est que le personnage Robb Flynn étant ce qu'il est, clivant, Machine Head traçait sa route loin des médias (que le groupe tenait à l'écart), loin du "système" et forcément le sujet pouvait irriter (à raison). La présence en tête d'affiche du Hellfest me semble avoir remis le groupe sur les radars et aujourd'hui Machine Head bénéficie d'un statut de Monstre de la scène, un peu long à venir selon moi mais je n'y reviens pas, ça s'explique, Robb ne s'est pas donné les moyens de le devenir plus tôt. Les crises internes ont laissé des traces mais Machine Head semble tenir un bon format, Robb Flynn assume son côté autocrate et tout semble bien fonctionner.
En studio, soyons francs, et même si cela mérite quelques nuances, depuis Locust c'est compliqué. Le groupe a un peu toujours suivi les trends de ses époques successives (néo à la fin des 90’s, retour à un metalcore plus accrocheur depuis quelques années) mais à sa sauce et avec une patte, une signature. Le petit dernier Unatøned s'est fait détruire ce qui au passage étonne un peu car il passe bien et le pote, fan die-hard du groupe, l'apprécie beaucoup (bon il n'est probablement pas très objectif ;-)). Reste que pour ma part, je l'ai trouvé correct, loin des standards du groupe mais comme beaucoup de groupes issus du XXème siècle, le mode fan-service est désormais activé, il n'y a plus rien à attendre en studio de ces formations phares. Il nous reste les live et là, Machine Head n'a JAMAIS déçu.
Direction l'Olympia donc et c'est soir de gros show. Les rues autour sont envahies de t-shirts noirs, les lettres illuminent la devanture de l'Olympia, lieu toujours aussi classe dont on ne dira jamais assez de bien. Le merch est pris d'assaut et déjà le hall est bruyant de conversations avant la bataille. Croque-Madame avalé, bière à la main, nous voilà fin prêt pour trois heures de show (oui trois heures, ça reste dingue rien qu'à l'écrire).
La bande son envoie un petit Bohemian Rhapsody, le public donne déjà de la voix et c'est parti pour la bataille. Le binôme Imperium - Ten Ton Hammer écrase tout et il n'y a pas de round d'observation. Le son est franchement moyen d'où nous sommes (fond de fosse) mais c'est vite réglé et on retrouve le son surpuissant du groupe. La setlist, gros enjeu forcément, est très bien pensée. Alternant oldies et nouveaux titres, tout cela passe très bien (et incroyablement vite, j'y reviendrais). Pour les classiques, The Blood The Sweat The Tears cartonne, Old est toujours aussi démente. Et surtout le groupe va nous offrir un beau cadeau avec Clenching The Fists Of Dissent ouverture démente de The Blackening. Onze minutes de thrash moderne vraiment engagé, c'est l'orgie. Cet album reste une référence et on retrouve Aesthetics of Hate ("choisi" par le public mais quand le même choix revient à toutes les dates c'est une drôle de conception de la notion de libre arbitre). Enfin ce titre hommage à l'inoubliable Dimebag est immanquable il est vrai.
Le bassiste Jared reste une valeur sûre, derrière son kit, Matt Alston impressionne. Vraiment. Envoyer de tels titres à ce rythme, c'est épatant. A la guitare, bonne surprise avec la présence de Vogg Kiełtyka, guitariste de Decapitated toujours aussi impérial. Par sa présence, il me rappelle le Gary Holt de Slayer. Aussi discret et sobre que monstrueusement efficace. Toujours aussi bien entouré le Robb ce n'est pas nouveau mais ça se remarque. Enfin le show tourne autour de lui, il nous revient avec deux morceaux en acoustique dont un Darkness Within très apprécié et repris par le public alors que le morceau était fini. Beau succès et pause agréable avant la bataille finale. Certains ont d'ailleurs profité de cet interlude pour une petite pause technique. Je le sais car je l'ai fait. C’est que trois heures c'est long et la bière a tourné...
Locust passe bien même si j'ai ressenti que le concert peinait un peu à repartir sur 3-4 titres. Il a fallu le le triptyque infernal Bulldozer - From This Day et Davidian pour venir achever un public qui n'aura pas débranché entre circle-pit, wall of death. Il y régnait une énergie de dingue dans ce pit avec d'ailleurs des allers retours incessants (pas toujours très agréables au passage) d'un public plus que jamais vivant.
J'y reviens mais From This Day reste exceptionnellement catchy avec ce refrain XXL et ce groove énorme. Le groupe n'était paradoxalement pas dans sa meilleure phase, courant derrière le succès d'un Korn mais quel titre incroyable. Davidian on ne le présente plus, boucherie absolue, hymne parmi les hymnes, ce classique des 90's cartonne toujours autant. Bon la phrase culte reprise par le public résonne étrangement en 2026 dans le contexte de l’Amérique de Trump. Le drapeau américain sur la guitare n’est pas du meilleur goût mais c’est Robb. Je n'ai pas mentionné l'aspect visuel mais Machine Head utilise désormais pas mal d'écrans et le rendu est très réussi. Dans l'absolu, leur musique suffit mais le groupe est désormais aux standards des grands. Bon c'est plus cheap sur la pyro mais encore une fois, on ne vient pas pour ça avec eux. Le son est énorme, puissant et si typé du groupe. Pour qui adhère c’est juste incroyable.
Halo repris en chœur achève tout ce petit monde et nous amène aux presque 3h (allez 2h55 pour être puriste). La performance physique est démentielle et surtout, surtout, on n'a pas vu le temps passer. Quelle fluidité, quelle énergie, aucun temps mort, un show démentiel. Machine Head a encore tout défoncé et confirmé qu'il restait l'un des meilleurs groupes live toutes époques confondues. Robb Flynn est sincèrement moins agaçant dans sa comm (il parle moins et j’ai trouvé ça très efficace). Je regrette toujours le paradoxe du groupe projetant sur écran des affiches des dates des années 90 bénéficiant alors de créneaux prestigieux que le groupe n'offre pas aux jeunes formations actuelles ne rendant ainsi pas la pareille à un système dont il a bénéficié. Robb reste Robb et c’est le prix à payer des formats An Evening With. Personnage clivant nous l’avons, Robb reste brillant mais particulier et branché dans son ego-trip. Le fait est que le rendu est génial et les concerts déments. Petite pensée pour les alsaciens qui ont subi une annulation le lendemain soir.
La conclusion est toujours la même : Machine Head est un groupe de dingue et pour sur, on y reviendra.