Excellente maison d’éditions, on ne compte plus les sorties de qualité chez Camion Blanc (et chez Camion Noir sa variante "maléfique"). Sans doute le groupe le plus commenté de l’histoire de par son incomparable parcours, Metallica est forcément l’objet de nombre de parutions. (Je n’omets bien sûr pas Black Sabbath et le regretté Ozzyautres bons clients de cette maison d’éditions très recommandable). Il y a eu que Que Justice Soit Faite, instructive et réussie biographie du groupe mais le livre évoqué ici est une réflexion basée sous l’angle Philosophie des paroles du groupe. Le lecteur attentif l’aura compris, c’est donc de James Hetfield que nous allons parler ici et ce de manière exclusive. Ce dernier étant le parolier du groupe refusant ainsi de laisser de la place sur ce qu’il considère comme son domaine réservé, cela fait sens.
Notons d’entrée que ce livre a été écrit sous la direction de William Irwin et qu’il est l’œuvre d’auteurs américains, ce qui se ressent très vite dans les thématiques abordées ou le style retenu (très universitaire US). Aussi, le livre est paru chez Camion Blanc en 2011 mais semble avoir été écrit bien en amont car les analyses s’arrêtent post St Anger. L’angle retenu est original. Pour bien préciser d’où je parle, je ne vais pas faire le pseudo expert en philosophie (ce que je ne suis pas) mais ce livre confirme que les paroles d’Hetfield présentent une vraie valeur et que son talent de parolier, bien que reconnu, est peut-être même sous-estimé. Il y a du fond chez le frontman dont le parcours personnel reste difficile. Elevé par des parents adeptes d’un groupe religieux chrétien rejetant toute aide médicale, cela a (du moins dans son inconscient) probablement eu un impact sur le décès de sa mère occasionnant chez le jeune James une rancœur réelle (et légitime) sur le sujet. Des chansons comme The God That Failed ou The Unforgiven confirment ce point et le ressentiment de James sur ce tragique sujet. Tous ces drames de l’adolescent n’ont cessé de nourrir une œuvre rédemptrice. Et déjà cette première interrogation : faut-il avoir subi un traumatisme majeur pour devenir un artiste capable de proposer du fond ? (où on pense à Dostoïevski). Eternel sujet chez les Intellectuels mais il convient de constater que pour le grand malheur (car c’en est un), ce sont ces gens marqués qui ont "des choses à dire" et parviennent ainsi à toucher à l’Universel.
Ce destin terrible n’est bien sûr pas anodin dans sa fuite dans l’alcoolisme, autre thème récurrent d’un James victime de cette addiction lui permettant d’absorber une telle Pression en plus d’un psychisme tourmenté. Il faudra un jour se rendre compte de ce que ce gars a encaissé psychologiquement, portant le groupe sur ses épaules quasiment seul. Désolé pour les autres, mais il suffit de les avoir vus en live.
Néanmoins, les auteurs se sont plus intéressés à la dimension philosophique et c’est plutôt l’aspect existentialiste qui est ici pas mal évoqué. Kierkegaard, un autre danois, est ainsi régulièrement mentionné de même que notre Descartes national (et son fameux Je Pense donc Je Suis). Le rapport au corps fait l’objet de nombres d’analyses que ce soit sur le titre One (où le soldat perd littéralement la maîtrise de son corps), Ride The Lightning avec les derniers mots et ressentis d’un condamné à mort sur la chaise electrique ou de manière plus légère mais non moins intéressante le récit de l’expérience live principale thématique du disque Kill’em All avec un Metallica encore bien jeune / immature mais dont on pouvait déjà pressentir la qualité d’écriture et surtout la capacité à trouver de la punch line aisée à reprendre pour son auditoire.
Les quelques convictions bien ancrées dans leur époque telles que la crainte nucléaire (l’accident de Tchernobyl ayant eu lieu en 1986), les réflexions sur la peine de mort sont aussi pertinentes (où James heurte un peu la bonne conscience progressiste) mais on retiendra ce dernier chapitre avec une réflexion sur l’évolution d’un groupe où le cataclysme Load est évoqué (disque que j’adore personnellement mais méchamment contesté en son temps). Belle réflexion sur le droit d’un groupe à évoluer, son rapport aux fans, la pertinence d’un Groupe à conserver son patronyme alors que la musique proposée a tant évolué ("est-ce le même groupe qui a sorti Kill’em All et Load ?" belle variante du "On ne se baigne jamais deux fois dans le même fleuve). L’amitié virile aussi au cœur du sujet du documentaire Some Kind Of Monster où sincérité et décence s’opposent brutalement. Bref un livre passionnant, instructif qui en plus de nous en apprendre sur les textes d’Hetfield donne une furieuse envie de se refaire toute la discographie du groupe en plus de l’appréhender sous un angle différent. Cela permet aussi de prendre un peu de hauteur sur l’impact majeur d’un groupe sujet à toutes les polémiques mais dont l’apport reste démentiel. Aussi, cela ramène à l’essence même du groupe, les morceaux proposés, les textes, bref l’essence profonde du groupe. Bref un très bon livre par des fans et pour des fans.