Maudits sort son troisième album, In Situ. Il fait suite à Précipice sorti en 2024 et Maudits sorti en 2020 (pour être complet il y a aussi eu l’EP Angle Mortsorti en 2021 et un split avec le groupe SaaR sorti en 2022). On y retrouve le son post-metal superbement produit qui les a déjà rendu incontournables dans le style. Le line-up évolue un poil puisque, comme je l’avais pressenti dans l’interview de l’année dernière, le violoncelliste Raphaël Verguin sort de l’ombre et rejoint officiellement ses acolytes Olivier Dubuc (guitare), Erwan Lombard (basse) et Christophe Hiegel (batterie). L’album contient 7 titres (pas de titre caché cette fois) pour 45mn de kif dont trois morceaux à plus de 8mn.
L’énorme son de Maudits est encore mixé et masterisé par Frédéric Gervais après des sessions d’enregistrements au Studio Henosis (Frédéric Gervais), au studio des Petites Vignes (Emmanuel Rousseau), à la Cartonnerie de Reims (Thomas Dupuis) et au Studio Pam Audio (Paul Minetto). Merci et bravo à eux !
Encore du rock instrumental ? Vous allez me dire. Oui mais pas que. Car la surprise dans cet album c’est qu’on y trouve deux morceaux chantés par des invités. Le premier est une reprise somptueuse du titre Roads de Portishead (une des influences assumées du groupe) chantée par Mayline Gautié. Elle est chanteuse (et violoniste) leader du projet neofolk Lůn. L’autre c’est Carré d’as chanté par Olivier Lacroix, par ailleurs chanteur au sein du groupe Erlen Meyer et du duo Novembre. C’est une compo originale dont les paroles sont aussi d’Olivier.
Avant ces reprises, l’album attaque avec Leftovers un morceau puissant, dans lequel le violoncelle vient distiller une mélodie avant d’être bousculé par des riffs ravageurs. La ligne de basse est puissante, les rimshots rappellent un peu du Klone. Même combat pour Fall Over, alternant douceur d’une mélodie susurrée par le violoncelle et la brutalité du trio guitare/basse/batterie délivrant un véritable mur de son. Heureusement que In Situ, l’intermède qui suit vient un peu calmer les choses. Cette petite douceur sous la forme d’un duo guitare/violoncelle a été enregistrée en extérieur et on peut d’ailleurs entendre des oiseaux qui chantent en fond sonore (et même des voitures qui passent en dressant l’oreille). Deux minutes de douceur !
Après la superbe reprise de Roads de Portishead, le groupe nous propose une troisième partie de Précipice, dont les parties I et II se trouvent sur l’album du même nom. C’est toujours aussi beau, planant et revitalisant, c’est bien car c’est une pièce de presque dix minutes (la plus longue de l’album). Le morceau Carré d’as suit, il est donc chanté (rappé plutôt) par Olivier Lacroix. L’ambiance est pesante, voire glaçante, quelques petits sons électro s’ajoutent au mix. Sur le final, le chant vire au hurlement avant de laisser la place à un beau passage de guitare planant sur une ligne de basse subtile. Quelle maitrise des contrastes !
L’album se termine par une superbe pièce de plus de huit minutes, Lev-Ken, qui est le fruit d’une nouvelle collaboration entre Maudits et leurs potes de SaaR. C’est parti d’une jam session entre les guitaristes Olivier (Maudits) et Yann Desti (SaaR), à laquelle se sont greffés Boris Patchinsky (bassiste de SaaR) et Christophe (batteur de Maudits). Le résultat est excellent, tout comme l’était le split proposé par les deux groupes. Le clip vaut aussi le détour :
Un dernier petit mot pour parler de l’artwork, toujours aussi beau et sombre mais plus de l’artiste Dehn Sora, comme précédemment, mais de l’artiste Guillaume Ringaud. C’est sombre, même post-apocalyptique mais on retrouve le célèbre trèfle à 4 feuilles, plein centre. Il est devenu emblème du groupe, il est visible sur tous les albums et permet de garder un brin d’espoir dans ce monde de brutes.
Le bel ouvrage qualifie ce troisième album de Maudits. C’est sombre mais beau, c’est puissant mais planant, ça s’écoute encore et encore sans lassitude, que demander de mieux ? L’écouter ? Ben tiens :