Joyau venu tout droit des Iles Féroé, Eivør ne cesse de m’émerveiller depuis que je l’ai découverte grâce au festival Echos & Merveilles, excellent Fest qui accumule les line-up de qualité. De manière très classique, j’ai ensuite remonté sa discographie et en fus émerveillé. Surnommée parfois la Björk des Iles Féroé Eivør Pálsdóttir connaît une carrière remarquable et ce depuis sa prime jeunesse. Clairement elle était faite pour devenir artiste. Propulsée à la télévision publique féroïenne, partie achever sa formation en terre islandaise, Eivør incarne un certain art nordique, lieu où la musique est si importante, preuve en est l’incroyable production musicale débarquant de Scandinavie. Eivør a été formatée pour devenir vocaliste, mène une vie d’artiste (saine) entre tournées et retour dans ses fjords dont on ressent la profonde influence dans sa musique. Notre viking incarne sa Culture, c’est un plaisir et forcément porteur d’un exotisme pour nous autres venant du « Continent ». Définitivement passionnante et envoutante cette Culture du grand Nord.
En dépit d’une musique qui n’est clairement pas dans l’univers Metal, Eivør a débarqué dans notre univers profitant de la vague néo-folk générée par le succès d’un Wardruna. Une musique certes plutôt « pop » mais aux thématiques chères à la culture viking, plutôt sombre et vocalement inouïe. Le grand public aime à qualifier les metalleux de « bourrin » mais le succès réel de cette scène dans nos univers, leur présence massive dans le cadre des grands Fest, confirme la légitimité à parler de ces artistes dans nos pages.
Depuis le tournant du millénaire, notre viking accumule les sorties et si c’est avec Enn (2024) produit via Season Of Mist, les connaisseurs de néo-folk connaissaient déjà ce talent pur, cette voix dinguement belle. Oscillant avec une dimension folk assez typique du grand Nord (qu’on peut retrouver sur un disque récent de Myrkur, Folkesange en l’occurrence), Eivør affinant sa musique a ensuite tendu vers plus universel tout en conservant des éléments propres à son univers. Le disque Slør est sans doute aucun LE disque à recommander de cette période avec une électro pop nordique remarquable. Des refrains sublimes, des mélodies qui vous envoûtent, Eivør y est à son Zénith artistique avec des compos exceptionnelles (Mjørkaflókar / Brotin / Verð mín).
Hyper expérimentée sur scène depuis sa prime jeunesse, Eivør est hyper à l’aise dans l’exercice. Et c’est un show enregistré à domicile à Tórshavn, capitale des Iles Féroé. Véritable best-of déguisé, merveille de récapitulatif de sa carrière en 2017. Slør y est forcément mis en lumière comme il se doit avec en ouverture ce triptyque mentionné. C’est beau comme ce n’est pas permis, c’est pur, la voix d’Eivør embrase tout. La suite n’est pas en reste. La partie folk y est bien représentée (Bridges / The Swing), la dimension plus planante dark aussi (Rain si représentative de ce qu’on visualise comme une morne journée de pluie dans les fjords, une lumière blafarde, une lente morosité mais que c’est beau !). Une reprise de Leonard Cohen est proposée avec Famoous Blue Raincoat, Eivør fera mieux en allant chez Pink Floyd en 2025 (sortant ainsi de son folk initial). Là encore, les capacités vocales de la chanteuse font merveille. Sur Trøllabundin nous avons droit à cette fameuse voix de gorge toujours aussi impressionnante (que les fans de la série The Last Kingdom connaissent par cœur). Le final est impeccable, Boxes où Eivør semble raconter son déménagement des Iles Féroé à la « grande » Islande (à son échelle) et le final ABSOLU avec ce Falling Free démentiellement beau. Chef-d’œuvre vocal, feu d’artifice final, ce titre très pop est un bijou et achève un Live inouï qu’on recommandera aux fans de néo-folk et aux amoureux de belles voix tout simplement. Certainement pas metal, mais infiniment beau. En cette fin d’année plus calme en sorties, j’en profite donc pour parler encore et encore d’Eivør, cette artiste de grand talent dont je ne suis pas certain de bien comprendre l’arrivée dans notre sphère metal. Pas si bourrin et fermé le metalleux. C’est vraiment l’honneur de nos scènes d’avoir ouvert ces portes. On n’est pas obligés d’aimer mais c’est juste chouette que ça existe et nous soit proposé.