Artiste/Groupe:

Bruce Dickinson

CD:

The Mandrake Project

Date de sortie:

Mars 2024

Label:

BMG

Style:

Heavy Metal

Chroniqueur:

Bane

Note:

16.5/20

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Le retour de Bruce Dickinson en solo, c’est quelque chose que j’attends depuis tellement d’années, vous ne vous rendez pas compte. Et pour cause, amis lecteurs : j’adore ce type. En plus du chanteur dont je n’ai pas besoin de faire l’éloge depuis le temps, je suis très admiratif du personnage aux multiples casquettes (pilote, escrimeur, auteur...) et j’ai une affection toute particulière pour lui, toujours sympathique, humble et drôle. D’ailleurs, je ne saurais trop recommander son autobiographie à ceux qui ne l’ont pas lue. Bref, j’adore ce gars et je suis tout content de le voir revenir sans Iron Maiden et, donc, sans faire un album qui dure quatre heures avec une prod pourrie et des titres dix fois trop longs.

D’autant plus qu’en solo, Brousse a su nous régaler. Petit récap ? Allez, faisons ça. Pour ceux qui connaissent déjà bien sa discographie, veuillez avancer au paragraphe suivant. Donc, après un premier album pas naze mais pas franchement exceptionnel nommé Tattooed Millionaire (qui avait quand même son lot de morceaux très hard US pas vilains) et après avoir quitté Maiden, le Dickinson des 90’s veut changer un peu de crèmerie. Sa première tentative, Balls To Picasso, ira lorgner du côté du metal "moderne" de l’époque et sera un échec artistique total, à l’exception de la fabuleuse Tears Of The Dragon, l’un des meilleurs morceaux qu’il a chanté dans sa longue carrière. Sa deuxième, Skunkworks, sera un échec commercial mais l’album, plus rock alternatif, est une petite pépite à redécouvrir. Mais soyons sérieux, la réussite, ce sera sa trilogie avec son nouveau copain Roy Z : Accident Of Birth, The Chemical Wedding et Tyranny Of Souls, trois superbes albums de heavy inspiré, pas Maidenesques du tout. Je recommande très très chaudement. On est donc sur quatre albums réussis sur six, un ratio tout à fait honorable que Rob Halford n’a pas (sans déconner, Rob, les albums de Noël ???).

Ça fait des années qu’on nous parle d’un nouvel album. Déjà à l’époque de The Book Of Souls, Dickinson nous expliquait qu’If Eternity Should Fail (un des meilleurs titres de l’album, pour ne pas dire le meilleur) venait de son prochain album et avait été piqué par Steve Harris. Mais les années ont passé et les évènements avec : cancer de Bruce, tournées interminables, covid, tournées, blabla. Mais ça y est : The Mandrake Project est enfin là, 19 ans après Tyranny Of Souls, on a failli attendre. Je vous laisserai cela dit le soin de découvrir toute l’histoire qui sert de fil rouge à cet album, histoire pour laquelle notre ami pilote a quand même scénarisé une série de 12 comic-books qu’il me tarde de lire. Et c’est derrière une pochette sobre mais réussie (ce qui n’est clairement pas une habitude pour Bruce) que se cachent nos dix morceaux pour presque une heure pile de musique. Eh, Steve Harris, tu veux pas prendre exemple ? Y’a pas un seul morceau qui dépasse les dix minutes, prends des notes !

Ils sont chiadés, les clips, hein ? On sent que le projet lui tenait à cœur. Et, franchement, l’album l’est tout autant. De toute façon, vous aurez déjà vu la note : j’ai adoré ce disque, qui ne fait pas honte au taf de Bruce et de Roy Z, loin de là. Tiens, allez, je le dis : ET PAN, MAIDEN, REGARDEZ UN PEU COMME C’EST MIEUX QUE TOUT CE QUE VOUS AVEZ PONDU DEPUIS BRAVE NEW WORLD ! Aaaah, ça fait du bien ! Parce que franchement, j’ai beau chercher, y’a rien à jeter, sur ce disque. Allez, peut-être que Mistress of Mercy est un poil en-deça du reste et peut-être qu’enchaîner trois morceaux "lents" pour la fin n’était pas des plus judicieux. M’enfin, Mistress s’écoute sans déplaisir et les trois titres sus-cités ont tous leur petite particularité, mention spéciale pour le passage quasi-hardcore de Shadow Of The Gods, que je n’avais pas vu venir.

La voix du Boss se porte à merveille. Si l’on pouvait s’inquiéter, à juste titre, des ravages du temps sur le bonhomme, il n’en est rien. Il module bien plus qu’avant, ne monte clairement pas aussi haut qu’à la grand époque mais il est impeccable tout du long, varie pas mal les registres et se permet même de nous en foutre pleins les yeux (Face In The Mirror, qui rappelle un peu la merveilleuse Tears of The Dragon, semble écrite pour ça). Son groupe n’a pas l’air inintéressant et Roy Z est au top, toujours bon même si jamais vraiment brillant. À noter que -vidéos making-of à l’appui- Dickinson a enregistré pas mal de guitares et même des bongos !

L’album est super varié. Si le premier titre est très heavy, dès Many Doors To Hell on passe sur un hard rock très typé 70’s, le genre de trucs que n’aurait pas renié Ghost. J’aime beaucoup le phrasé des couplets de Rain On The Graves, le passage oriental sur Fingers In The Wounds, l’interlude hardcore que j’ai déjà mentionné sur Shadow ou le long crescendo que constitue Sonata (jolie conclusion, d’ailleurs) : vous l’aurez compris, difficile de s’ennuyer, l’album regorge de surprises. On sent qu’ils se sont fait plaisir. Forcément, cela dit, l’on attendra avec impatience d’entendre Eternity Has Failed, qui n’est ni plus ni moins que la version originale de la chanson que Maiden a fini par jouer. Et, si j’aime beaucoup la version Book of Souls, j’avoue avoir une petite préférence pour celle-ci : amputée d’un couplet, d’un solo et de son interminable fin, le morceau dure une minute et demi de moins, ce qui lui rend service. Et cette instru, à grands renforts de flûtes et de claviers, lui va particulièrement bien.

Mais je ne saurais vous parler de ce disque sans mentionner mon titre préféré : Resurrection Men. Une intro et un début de morceau très western, cavalcades de cowboys, guitares du Far West et les fameux bongos, un super refrain, le panard. Quand soudain... gros break doom, riff heavy et paf, du Black Sabbath. Ça donne envie d’entendre Dickinson chanter du doom, c’est beau, ma tête se secoue, j’adore. Meilleur morceau de l’album selon Bibi.

Bref, trêve de blabla : il nous aura fallu attendre 19 berges pour enfin avoir un nouvel album de Bruce et, vu ce qu’il nous offre là, ça valait clairement le coup. The Mandrake Project met à l’amende tout ce qu’a sorti Maiden depuis Brave New World -étant plus varié et infiniment plus digeste que Senjutsu, que j’aime toujours bien, hein- et rejoint fièrement cette superbe quadrilogie du duo Bruce/Roy. Un excellent album de heavy metal qui fait plaisir à entendre, juste après un chouette Saxon et juste avant un Judas Priest qui s’annonce tout à fait jouissif. Quelle belle année pour nos vieux briscards !

Aparté : en plus du traditionnel CD en digipack (proposé à un tarif franchement honnête) et autres vinyles (notamment une édition bleue du plus bel effet), le label propose une édition CD deluxe franchement classe. Dans un book bien costaud en grand format, on a quelques pages des comics qui accompagnent l’album, un grand livret à la maquette vraiment classe et, évidemment, le disque. Dommage que le produit soit un poil coûteux, sinon c’est clairement l’édition que je recommanderais.

Tracklist de The Mandrake Project :

01. Afterglow Of Ragnarok
02. Many Doors To Hell
03. Rain On The Graves
04. Resurrection Men
05. Fingers In The Wounds
06. Eternity Has Failed
07. Mistress Of Mercy
08. Face In The Mirror
09. Shadow Of The Gods
10. Sonata (Immortal Beloved)

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