J’avais commencé ma chronique de Punching The Sky en disant que quand on aimait Armored Saint, il ne fallait pas être pressé. Cet
album était leur huitième (en trente-huit ans de carrière) et arrivait cinq ans
après Win Hands Down. C’était en 2020 et nous
voilà en 2026 pour la suite des aventures du Saint. La productivité de la
formation américaine n’a donc pas spécialement connu d’essor. Mais je ne vais
pas râler, c’est ainsi avec ce groupe, on a eu le temps de s’y habituer. Le principal
est qu’il revienne nous donner de ses nouvelles... et se montre à la hauteur des attentes
placées en lui. A mon sens, les Américains avaient carrément réussi leur
coup avec Win Hands Down, très bon, et Punching The Sky, encore un poil
meilleur. Quid de ce nouveau cru au titre surprenant, Emotion Factory Reset ?
Point de suspense inutile, Armored Saint propose encore
un disque de qualité, comme s’il ne savait pas faire autrement. Le démarrage est
particulièrement dynamique avec un heavy percutant et rapide sous la forme de Close To The
Bone (le tempo mené par la batterie de Gonzo Sandoval rappelle bien celui
d’autres titres d’ouverture du groupe comme March Of The Saint ou Pay
Dirt). Ce morceau a un côté un peu vintage, il sonne comme du Saint
traditionnel, efficace et parfait pour démarrer ce nouveau chapitre en montrant une formation qui
n’a rien perdu de sa force de frappe. La bonne nouvelle (enfin, la confirmation de quelque chose
déjà observé auparavant) est que l’une des forces d’Armored
Saint est de toujours sonner comme lui-même mais sans jamais donner l’impression
de tourner en rond ou s’auto-plagier. Ainsi dès que vos oreilles se posent sur Emotion
Factory Reset, vous êtes heureux de reconnaître la patte du groupe (si vous
l’appréciez, bien entendu) sans avoir à vous dire "ah mais, je connais
déjà ce morceau...". Autre caractéristique, le quintette ne fait pas dans le "pur"
heavy metal. Il sonne parfois plus hard rock, plus bluesy ou groovy. Des influences musicales diverses
se font donc ressentir à l’écoute de ce nouvel opus... ce qui contribue
naturellement à sa richesse.
Comme dit plus haut, le démarrage de ce neuvième essai est
énergique et cela se confirme avec un Every Man - Any Man bien groovy. C’est plus
le bassiste Joey Vera, l’un des principaux compositeurs mais aussi coproducteur
(et ça change quelque chose, indubitablement, d’avoir un bassiste très
impliqué) qui porte le morceau ici. C’est moins intense et heavy que le premier titre mais
ça reste pêchu et entraînant avec des guitares au son plus clair, moins robuste. En
terme de chant, John Bush reste John Bush. On reconnaît sa
gouaille, sa voix chaude et éraillée, son style particulier... et on peut se
réjouir de constater qu’à soixante-deux ans, le monsieur en a encore
sacrément sous le pied. Les riffs se font plus épais et costauds sur Not On Your
Life ou la puissante Hit A Moonshot qui remet le heavy au centre du débat avec
panache ! Mais comme il ne souhaite pas nous endormir en nous confinant dans une zone de confort trop
prévisible, le groupe change son fusil d’épaule et nous offre une ambiance
très différente avec Buckeye, une compo lourde et bluesy, avec de la slide
dessus... et des chœurs pas forcément habituels sur le refrain. Puis, on repart sur une
proposition plus sautillante avec Compromise... Les titres se suivent et ne se ressemblent pas,
ils ont leur identité propre, c’est toujours appréciable (Throwing Caution To
The Wind sera enlevée, presque légère, alors qu’un épisode plus
pesant et sombre voire menaçant s’annonce avec Ladders And Slides et Bottom
Feeder... avant qu’Epilogue reparte sur un hard rythmé au riff typique et
accrocheur cher au genre). Autre bon point, la prod signée Joey Vera /
Jay Ruston est très agréable et met bien en valeur tous les intervenants.
Verdict : encore un chouette album de la part d’Armored
Saint... qui ne sait pas faire dans la médiocrité, c’est ainsi. Ces
musiciens aguerris maîtrisent leur propos, la paire de guitaristes Phil Sandoval
/ Jeff Duncan balance de très bons riffs et solos sans esbrouffe et change de
sonorité d’un titre à l’autre, la section rythmique est solide et l’on
peut toujours compter sur Vera pour apporter une dose de groove bienvenue à
l’édifice... et j’ai déjà dit que Bush était
impérial. Je le redis. Maintenant, bien que j’aurais adoré vous affirmer
qu’Emotion Factory Reset est aussi fort (voire meilleur) que son
prédécesseur, je ne puis aller aussi loin. Ce qui n’est pas grave. Ca ne veut pas
dire qu’il ne vaut pas la peine que l’on se penche dessus. Les qualités habituelles
sont là, le charme opère encore sur moi mais j’ai juste le sentiment que
l’impact laissé par les nouvelles chansons n’est pas tout à fait aussi fort
que la dernière fois. Il demande un peu de temps pour bien se familiariser avec ses nouvelles
pistes (surtout dans sa seconde moitié, pas toujours mémorable bien
qu’agréable). Là aussi, rien de grave... mais certains reprocheront peut-être
à Armored Saint de ne pas être suffisamment "spectaculaire" ou marquant
dès les premières écoutes (au moins, on n’est pas sur de la musique "fast
food"). Pour ma part, j’apprécie grandement sa sobriété (c’est
l’un des points forts du groupe) tout en reconnaissant qu’elle n’aide pas toujours ce
cru 2026 à être qualifié d’extraordinaire. Pas forcément une grosse
claque donc mais un disque maîtrisé d’une formation talentueuse et attachante.
Tracklist de Emotion Factory Reset :
01. Close To The Bone 02. Every Man - Any Man 03. Not On Your
Life 04. Hit A Moonshot 05. Buckeye 06.
Compromise 07. It’s A Buzzkill 08. Throwing Caution To The
Wind 09. Ladders And Slides 10. Bottom Feeder 11.
Epilogue