The Reticent est de retour en cette fin 2025 avec un nouvel opus à thème. Please, car c’est de lui dont je parle, se focalise encore sur un aspect de la santé mentale. Pour être plus précis, un truc qui nous guette plus ou moins tous ; la dépression et ses conséquences. L’ex projet solo de Chris Hathcock continue à (me) parler de sujets que l’on aime pourtant taire. Lui pas, lui il donne un coup de pied dans la fourmilière, et nous force à se poser des questions, à voir la réalité (presque en face). Accompagné de James Nelson à la guitare et Paul McBride à la basse (lui s’occupant du reste), il nous offre un manifeste brillant (comme toujours), qui, je trouve, est cette fois complémenté par un brulot plus politique tant la mathématisation de la situation aux Etats-Unis semble souligner le constat d’impuissance exprimé par The Reticent.
Musicalement, please est un peu déstabilisant, car les six plages thématiques se situent dans des univers très différents. Entrecoupés d’incrustations parlées, bassement statistiques (In take) ou médicalement factuelles (diagnosis 1 et 2 ), ils abordent des aspects du réel des patients. Le déni est d’abord exprimé de façon assez musicale et mélodique dans The Concealment. Puis vient la lutte interne, celle qui vous pousse à rester au lit, vient assombrir le tableau et augmenter le stress. Sous ses abords calmes, The Night River nous fait rapidement ressentir le stress de ceux qui ne peuvent plus trouver un sommeil réparateur. Rythmique rapide arrivant par vague. Par certains aspect mélodiques, The Night River me fait penser au travail de Steven Wilson. Les constants rappels rythmiques nous font simplement répéter les paroles de base du refrain (never sleep again), même quand celles-ci sont absentes.
Puis vient la partie plus extrême. The Bed of Wasps est violent. Death progressif, le titre exprime le stress auquel doivent faire face les malades. Le tictac du métronome, les bruits d’abeilles, vagues d’anxiété et peur panique ; tout y passe et est exprimé dans la musique et les paroles (please, stop !). Effrayant. Presque autant que le message méprisant de l’ouverture de The Scorn. Musicalement, le titre est moins extrême que son prédécesseur. L’œil extérieur est ici représenté par des lignes vocales tantôt moqueuses, tantôt sévères. Le titre est résolument progressif, jouissif et inclassable.
La dernière partie sera plus calme. The Riptide, bercé par le bruit des vagues me rappelle la fin des albums The Oubliette et In the Eve of a Goodbye. La nostalgie exprimée ne semble pas avoir de limite, ou alors juste celle représentée par l’immersion dans des eaux calmes. The Chance est musicalement à mille lieues de The Bed of Wasps. Le titre est calme, très mélodique et porté par des guitares sèches et une batterie en mode jazz. La voix de Chris apporte l’émotion (ce type est brillant) et quelques ruptures tranchantes rappellent le côté critique de la situation. Ça se termine mal, comme souvent. Pas de réponse au « help me please » lancé. The Chance est un testament. On est à la place de « ceux qui », avec leurs mots et leurs espoirs de libération. Une dernière montée d’adrénaline puis plus rien. Juste le message terrible de ceux qui restent (Discharge).
Encore un grand album de The Reticent. Et si on ne s’en rend pas compte immédiatement, on va finir par être touché dans sa vie par les sujets abordés. Moi je suis récemment retombé dans The Oubliette. Mes larmes ont coulé car les textes m’ont parlé, encore plus que lors de ma chronique. Car depuis, la vie est passée par là.
Tracklist de please:
01. Intake
02. The Concealment (Those Who Don’t Want To Wake)