Megadeth. Pouaaaah, sacré dossier ! Bien plus qu’un groupe, on parle là d’une légende du genre, qui a sorti ce qui est pour beaucoup le meilleur album de metal du monde, à savoir Risk ! Nan, je déconne, bien entendu : je parle de Rust in Peace, album référentiel, une tornade de riffs et de soli qui défoncent, un disque qui plaçait MegaDave sur le toit du monde pendant... même pas un an, puisque le Black Album de vous-savez-qui est sorti juste après, détrônant le pauvre Dave qui avait pourtant enfin réussi à les doubler.
Oui mais voilà : après plus de quarante ans de bons et loyaux services, Dave et sa mascotte Vic décident de plier boutique. Après plusieurs albums référentiels, d’autres vraiment bons et quelques catastrophes absolues (arrêtez de taper sur Super Collider, il est bien moins infect que The World Need A Hero), ce nouvel album sera le dernier. Stupeur, tristesse, deuil. Eh oui, Mustaine n’est plus tout jeune et de sérieux problèmes à la main l’empêchent de plus en plus de jouer sans avoir vachement mal. Il a donc préféré programmer la fin du groupe plutôt que de passer pour un gland (même si passer pour un gland, il sait faire).
Alors quoi, on fait un bilan ? Non, pas besoin, on connait tous la carrière du groupe. On va plutôt se pencher sur cet ultime album, que Dave avait commencé comme une suite aux excellents Dystopia et The Sick, The Dying and the Dead, avant de se rendre compte en cours d’enregistrement que ce serait son baroud d’honneur. Baroud qu’il va mener tambour battant avec le retour de James LoMenzo à la basse et deux gaillards dont je n’écrirai le nom de famille qu’une seule fois ici, pour vous indiquer qui ils sont, et que j’appellerai ensuite uniquement par leurs prénoms pour des raisons tout à fait évidentes. Derrière les futs, on retrouve donc Dirk Verbeuren, déjà en poste sur l’album précédent. Et à la guitare, c’est m’sieur Teemu Mäntysaari qui remplace Kiko Loureiro. Bien entouré, le Dave !
Un mot sur la pochette : vous n’allez peut être pas être d’accord avec moi mais je vous le dis sans détour : c’est, à mon sens, la plus chouette de toute la discographie de Megadeth. Je suis un fier thrasheux, je suis donc évidemment sensible aux artworks du sieur Repka mais franchement, soyons honnêtes, ce chouette dessin d’un Vic en train de brûler sur fond blanc rend extrêmement bien. J’aime particulièrement le rendu "crayonné" de la pochette. C’est sobre, c’est élégant, c’est classe. J’aime !
Si vous vous attendiez à un gros disque de thrash bien velu et bien véloce, vous risquez d’être un peu déçu. En effet, comme depuis pas mal de temps, Megadeth va moins vite que par le passé. Mais ne vous inquiétez pas, on a quand même quelques titres bien speed, faut pas déconner ! Tiens, rien que parmi les singles, y’a deux petites speederies bien senties. Tipping Point, qui ouvre les hostilités, se fait très classique mais assez efficace dans le genre. Ca ne révolutionne absolument rien mais est-ce là ce qu’on lui demande ? Et que dire que Let There Be Shred, brûlot speed, un peu à la Whiplash (que Dave a sûrement composé, mais Metallica lui a volé, on le sait bien), avec... eh ben... du shred en abondance ! On se croirait presque revenus dans les années 80, avec des grattes qui dégueulent de partout. Jouissif ? Oui, voilà. Dans le même genre, Made to Kill fait du bien par où elle passe, surtout après l’un peu ronflante Another Bad Day - qui est sans doute la moins bonne compo de l’album.
Pour le reste, on se situe plutôt du côté du Megadeth des années 90, entre Countdownet Cryptic, ce qui n’a rien de bien dérangeant. Tiens, prenez Hey God?!, par exemple : elle n’aurait pas fait tache dans une setlist de l’époque, entre Symphony of Destruction et Killing Road. Même traitement pour l’excellente Puppet Parade ou la fort chouette Obey The Call. Sur ces titres, Dave chante plus qu’il n’éructe, il fait même des jolies harmonies sur les refrains et l’album finit par être vraiment accrocheur par moments. On se surprend même à retenir et fredonner les morceaux assez rapidement.
Mais finalement mon titre préféré est peut être le dernier, le bien nommé The Last Note. Dave nous émeut presque, en dressant le bilan de toute cette aventure, sur un heavy dont le refrain marche particulièrement bien. Je me serais bien passé de la coda un poil longue sur laquelle il marmonne "I came, I ruled, now I disappear" (quelle modestie, Dave, je te reconnais bien là), mais le morceau est tellement sympa que je lui pardonne.
Un truc particulièrement réussi à mon sens, en plus de tout le reste, c’est la prod. Doudieu, que j’aime ce son ! Les guitares sont agressives et tranchantes (pas autant que sur le dernierCoroner, mais quand même) et cette batterie, bon sang cette batterie ! Bien loin des batteries triggées super écrasantes qu’on bouffe trop souvent dans le milieu (Lars, c’est toi que je regarde), celle de Dirk sonne naturelle. Ca claque sec, ça respire, c’est somptueux, quel plaisir ! Le son se fait beaucoup plus clair que sur les dernières sorties du groupe et c’est vraiment un régal pour les oreilles. Quant à la voix du boss, elle est ce qu’elle est mais j’aime bien comment il la place depuis Dystopia.
Sauf sur la reprise, la fameuse. Aaah, elle aura fait couler de l’encre, celle-là ! En effet, quand la tracklist du disque est sortie, on a appris qu’il se clôturerait par une reprise de Ride The Lightning, énorme compo de Metallica en partie composé par Mustaine - et c’est vrai, il est crédité et tout. Si beaucoup ont bien rigolé en l’apprenant ("bahaha, Dave, sérieux, grandis un peu"), d’autres ont, comme moi, apprécié le côté "conclusion de l’histoire" de l’initiative. Que dire alors de cette fameuse reprise ? Niveau instrumental, c’est très bien. Niveau voix, c’est autre chose, Dave sort certaines des lignes vocales les plus drôles de sa carrière -qui en contient bon nombre - et on a presque l’impression d’entendre un machin fait par IA... La reprise est donc "OK/20". Cela dit, je n’aurais pour rien au monde voulu avoir mon édition physique de l’album amputée de cette curiosité ! (j’en profite pour recommander l’édition vinyle qui, malgré un prix ridiculement élevé dû au fait que ces crétins collent un album de 47 minutes sur DEUX disques, est fort jolie et dont le livret contient une magnifique illustration par morceau, c’est chouette).
Alors voilà, la dernière note a été jouée. Si Mustaine tient sa promesse, c’en est donc terminé de la carrière studio de Megadeth. L’on va maintenant peut être avoir droit à moult rééditions des anciens albums, si possible avec leur prod originelle, pitié ? Quoi qu’il en soit, Dave part la tête haute, avec un album franchement réussi. Je suis curieux de voir s’il va aussi bien vieillir que ses deux prédécesseurs mais pour l’instant, j’aurais tendance à dire que oui.
Comment finir autrement qu’en disant un énorme MERCI à Dave Mustaine. Merci pour tout. Merci pour les riffs, les soli, les tubes, les albums cultes. Mais merci aussi pour ce qui est moins glorieux : ta mauvaise humeur, ton caractère de cochon et de gros bébé capricieux, ta mauvaise foi à toute épreuve, ta rancœur éternelle, tes interviews à crever de rire, ton autobio qui donne envie de te gifler... T’es une sacrée tête de c*n, Dave, mais put*in qu’on t’aime ! Après tout, t’as quand même inventé tout le thrash puisque, d’après toi, tu as composé les deux premiers Metallica, tu as fait Megadeth et tu as soufflé à Slayer un paquet de riffs quand tu as joué chez eux pendant deux concerts ! Tu vas nous manquer, grand rouquin blanc !
Le Roy est mort, vive le Roy. Ou, comme dirait Dave lui-même dans Kill The King : "The king is dead, I’m the king, long live the king".
Addendum : l’album est assez court, puisqu’il fait une quarantaine de minutes si on retire la reprise de Ride the Lightning. Cependant, certaines éditions comprennent deux titres bonus (Bloodlust et Nobody’s Hero). Internet étant internet, les morceaux sont écoutables sur YouTube et ils sont vraiment sympas. C’eût été cool de les inclure pour tout le monde ! Peut être pour une éventuelle réédition ? (on a le droit de rêver)
Tracklist de Megadeth :
01. Tipping Point 02. I Don’t Care 03. Hey God?! 04. Let There Be Shred 05. Puppet Parade 06. Another Bad Day 07. Made To Kill 08. Obey The Call 09. I Am War 10. The Last Note 11. Ride The Lightning (reprise de Metallica)