Artiste/Groupe:

Fear Factory

CD:

Agression Continuum

Date de sortie:

Juin 2021

Label:

Nuclear Blast

Style:

Metal Industriel

Chroniqueur:

ced12

Note:

16/20

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Il est un étonnant contraste chez Fear Factory entre une formule musicale qui n’a pas évolué depuis plus de deux décennies et une instabilité de l’effectif au sein de la formation. Je ne vais pas vous reprendre tout l’historique, déjà par peur d’avoir manqué plusieurs épisodes et donc d’être imprécis, mais dans les grandes lignes, après un démarrage dantesque dans les années 90, les années 2000 furent un joyeux boxon (départ puis retour de Dino Cazares, bassiste devenant guitariste, changement de batteur, poste clé chez FF) avec un Burton C. Bell, signature vocale de la formation, aux commandes. Le retour de Dino et la stabilisation du groupe fit du bien avec un retour artistique remarqué quoique sans grande surprise. Dans une telle agitation permanente, pas étonnant de jouer la sécurité artistique et Dino Cazares l’a encore confirmé récemment, il déroule ici une formule qu’il a lui-même mis au point dès le début : cette fameuse combinaison entre guitares syncopées et cette batterie archi précise presque traitée en mode machine, le tout avec des vocaux alternant chant hurlé et clair. Formule musicale inspirée du fameux passage final de One de vous savez qui (pas les vocaux bien sûr) ce qui permet de rappeler l’impact démentiel de Metallica sur toute la scène Metal, même si on rappellera malicieusement que ce fameux passage semble lui-même très inspiré du Darkness Descends de Dark Angel mais c’est là toute la dynamique de l’industrie du disque et ce n’est pas nouveau. Fear Factory en développant et approfondissant un style basé sur cette approche avait fait sensation d’entrée et a ensuite inspiré ouvertement toute la scène metalcore, le chant notamment. Le souci est que FF a clairement déroulé sa formule sans forcément évoluer ou proposer autre chose et en ce sens, le groupe a clairement perdu de son aura. Il faut se rappeler que Fear Factory avec Demanufacture et Obsolete étaient alors un Grand de la scène. Les problèmes de personnel évoqués plus haut ont certainement plombé leur carrière.

On pensait cependant le groupe revenu à des horizons mieux maîtrisés (à l’instar d‘un Sepultura par exemple) mais bim, procès des deux anciens de l’exceptionnelle section rythmique des années 90, album « suspendu » bien qu’enregistré, règlements judiciaires, financement participatif (pour un album déjà enregistré ??!!) et … départ surprise de Burton C. Bell en mode règlement de comptes avec Dino. Sincèrement, on pourrait croire que les meilleurs scénaristes de soap-opéra sont derrière tout ça tant il y a de retournements en tous genres. A ce jour, Dino Cazarès est donc seul aux commandes accompagné d’une belle brochette rythmique avec Tony Campos à la basse (ex-Static-X, autre pointure 90’s du metal industriel) et Mike Heller, batteur doué s’il en est. Il restera à annoncer un (ou une) nouveau chanteur et partir en tournée pour relancer l’implacable machine même si pour tout dire, le départ de Burton C. Bell, personnage hautement charismatique et voix marquée du combo, risque de peser lourd je le crains, même si on le voyait bien, le garçon peinait en live. Laissons-leur tout de même leur chance, la situation semblant devenue claire sur le plan juridique.

Il reste un nouvel album à aborder et je suis embêté d’avoir tant digressé sur la situation du groupe mais à ma décharge, il y a à dire. Sur ce disque, c’est moins le cas, où j’en reviens à la continuité artistique chez FF. Ce disque c’est tout ce qu’on attend d’un bon disque de Fear Factory. Un son d’enfer, avec un passage complémentaire en production grâce au financement participatif, et on sait que c’est important avec FF tant la puissance musicale est une donnée clé chez eux. Vocalement, c’est du connu, du classique, de l’efficace. Rythmiquement, c’est en place, chirurgical. Pour les thématiques, on est toujours dans l’ambiance Terminator où on voit que FF est resté coincé dans les années 90 sur certains aspects. Pas sûr qu’un jeune public s’y retrouve totalement même si la franchise Terminator se porte plutôt pas mal.

Ce nouveau Fear Factory attendu depuis quatre ans est là, le disque ne surprendra pas les fans mais sa très bonne qualité générale convaincra sans problème ces derniers. Dino Cazares est désormais le seul maître à bord de la formation, il a réglé tous les problèmes juridiques et a priori, on ne devrait plus revoir de mélodrames en tous genres sauf à ce que Dino se rate sur le recrutement de son chanteur auquel cas il ne pourrait s’en prendre qu’à lui-même ne manquant pas de temps pour bien faire son choix. Le guitariste a aussi annoncé qu’un réenregistrement des parties de batterie de The Industrialist (initialement géré via les machines) était attendu et il aura ainsi fermé quelques pages de son histoire et pourra se tourner vers un avenir qu’on lui souhaite réussi. On suivra cela même si je me répète, une voix manquera à l’appel, et remplacer un tel chanteur (en dépit des réserves justifiées émises sur ses performances depuis une bonne décennie) ne sera pas chose aisée. Il reste tout de même un goût amer sur ce groupe qui avait de sacrés atouts dans sa besace. C’est ainsi.

Tracklist de Aggression Continuum :

01. Recode
02. Disruptor
03. Aggression Continuum
04. Purity
05. Fuel Injected Suicide Machine
06. Collapse
07. Manufactured Hope
08. Cognitive Dissonance
09. Monolith
10. End Of Line

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