Artiste/Groupe:

Esckaton

CD:

When Ashes Become Light

Date de sortie:

Janvier 2026

Label:

Kedoo Ltd

Style:

Death Melo

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

19/20

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Il y a des périodes où l’on écoute beaucoup et où l’on ressent peu.
Des heures de Metal défilent, impeccablement produits, proprement exécutés, mais étrangement interchangeables. On tourne en rond. On cherche l’étincelle. On espère la secousse. Rien ne vient.

Et puis, parfois, l’apocalypse débarque.
Répondant au méchant nom d’Esckaton.
Nom emprunté à l’eschaton, ce point final théologique où tout bascule, où les certitudes se fissurent. Fondé en 2025 en Russie, d’abord sous l’ombre d’un projet nommé Exhumation, le groupe a mué, changé de peau, adopté une nouvelle identité et publié Devil’s Bride, comme on claque une carte sur la table pour remporter la partie.

Ce qui aurait pu n’être qu’une formation de plus dans le grand théâtre du melodic death Metal classique devient, à l’écoute, une tout autre histoire. Et rejoint la grande comédie du Metal avec son premier album, When Ashes Become Light.

Le tigre, c’est le chant, mais ce sont les riffs aussi, et puis surtout la section rythmique qui martèle le fer et l’acier.
Massifs, affûtés, sûrs d’eux. Kep cisèle des lignes de guitare qui mordent sans bavure. La section rythmique, menée par Inc et Nick, ne se contente pas d’accompagner, elle propulse. Ça avance, ça frappe, ça respire la confiance. Les muscles tous dehors.

Le papillon, ce sont les mélodies.
Ces lignes qui se posent sur la brutalité avec une grâce presque insolente. Mike, guitare et chant, alterne rugosité et clarté avec une maîtrise étonnante pour un groupe aussi récent. Il y a du relief, de la nuance, du contraste. La virtuosité virevoltante.

On nous avait appris que le papillon ne pouvait s’accoupler avec le tigre. Que la délicatesse et la férocité ne parlaient pas la même langue, d’ailleurs on ne cesse de vous le répéter ici. Pourtant Esckaton prouve le contraire. Les refrains s’élèvent sans affadir l’impact. Les passages plus aériens ne diluent jamais la tension.

Certes, le groupe déploie un melodic death Metal “classique”. Pas de révolution conceptuelle, pas d’expérimentation prétentieuse. Sauf que derrière ce presque classicisme, est développé un niveau surprenant. La production est nette, équilibrée, jamais clinique. Les guitares tranchent, la batterie cogne avec précision, la basse soutient avec intelligence. Et surtout, il y a cette énergie. Cette sensation que quelque chose est en train de naître, pas de se répéter.

Voici un panel élargi des titres qui m’ont dégoupillé :
On trouve le tonitruant Gears Of Time, bien remuant sur une rythmique dingo, la voix au diapason, qui fustige l’auditeur. Tonitruant je vous dis, ça va vite, très vite, sans s’emmêler dans une surenchère malvenue, et sous les riffs d’une chouette mélodie.

Puis le sublime Fallout, pouvant faire étendard du Death Melo moderne, la voix est plus présente, massive, invasive. La section rythmique y développe toute son énergie. C’est rien de le dire. Chapeau bas au batteur, il ma rappelle le génial Janne Parviainen des Ensiferum. Chapeau bas au guitariste, félin, dont les envolées plairaient à Mister Andy Gillion, maître Ex Death Melo. Il apporte une touche de sensibilité supplémentaire à ce que l’on pourrait entendre depuis quelques années. Un sacré papillon virevoltant, cette guitare.

Filons découvrir, Devil’s Bride, pièce maitresse de l’album. Une pépite, mais pas en chocolat, construite sur du riff hargneux, méchant, survitaminée par une ligne vocale folle. Un titre wouah, qui devrait chasser la poussière de vos oreilles !

Amies lectrices, amis lecteurs, je vous laisse découvrir le reste des pépites, comme When Ashes Become Light. Alors plongez dans cet album, tête la première, rendez vous coupables de sacrilèges et noble honte à vous.

Quelques passages frôlent à de rares moments l’emphase, quelques accélérations démonstratives rappellent que la virtuosité aime parfois montrer les muscles du tigre. Mais n’est-ce pas là le privilège des albums maîtres ? Tester la limite. Pousser le curseur. S’approcher du bord, peut être par amour du vertige ou seulement pour jouer.

On écoute une fois.
Et vite. On y revient, plein de fois.
On découvre un détail rythmique, une harmonie secondaire, un pont plus subtil qu’il n’y paraissait.

Esckaton hurle la fin du monde à s’en déchirer la mâchoire. Mais il pourrait bien annoncer la fin de l’indifférence, sa sortie du pot commun dans lequel de nombreux groupes y végètent. Dans un paysage saturé de formations, voilà un groupe qui déclame une identité naissante, du genre ultra solide et qui lui est propre. Ce n’est pas simplement efficace. C’est engageant.

Le tigre ne dévorera pas le papillon.
Il le laissera se poser sur son épaule.
Et dans cette alliance improbable, quelque chose prendra vie.

Si d’autres sorties, déjà en cours sur l’exercice 2026, tiennent les promesses esquissées ici, la fin des temps pourrait bien ressembler à un commencement...

Tracklist de When Ashes Become Light :
01. A Rebirth Through the End of All Things
02. Devil’s Bride
03. Echoes of the End
04. Fallout
05. Gears Of Time (Through the Vortex of Time)
06. Ghostly Guardian
07. Through the Dying Flame
08. When Ashes Become Light
09. Devil’s Bride (bonus track v.2025)

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