21 heures, Bruguières retrouve un peu de calme après cinq journées foisonnantes. Trente minutes plus tôt, Eivør vient de conclure un concert exceptionnel sur la scène Open Air du Echos & Merveilles. Show démentiellement beau entre envolées vocales inouïes, mélodies magnifiques (ce piano sur le thème de The Last Kingdom) ponctué du démentiel final Falling Free, morceau définitif entre douceur du début tout en fragilité, pont génial avec une guitare incisive, batterie déchainée et final épique où la féroïenne hurle divinement bien. Une montée en puissance folle, impeccablement maîtrisée, un crescendo incroyable. Du très grand art.
Chance incroyable, je rencontre la native des Iles Féroé une grosse demi-heure après son show, un moment à part, où on peut voir les artistes sortis de scène, redevenant "des gens normaux". Ce fut d'ailleurs ma première question de savoir comment elle se sentait après être descendue des planches et avoir fait une sacrée performance sur scène. La réponse ne nécessitait pas forcément de mots tant ça se voyait sur elle. Encore sur son petit nuage, elle confiait qu'il lui fallait un peu de temps, "atterrir". Je pus même deviner que l'impact psychologique était encore physique. Le ton de sa voix, le calme de sa diction renvoient instantanément à cette plénitude post performance. Une vision fascinante et intéressante. Loin de la montée en puissance en amont des shows en excitation, envie de bien faire et bon stress, Eivør se montre détendue, irradiante de sérénité.
En plus, c'était le premier concert depuis un mois et les prochains ne semblent prévus que pour cet été avec la saison des festivals qui va vite arriver. Une vraie période plus calme, on la sent sereine. L'atmosphère plus posée qui règne sur Echos & Merveilles doit lui être plus agréable ainsi qu'une météo printanière qui doit lui changer de ses îles. Ici, on est loin du tumulte des gros festivals, ces derniers étant souvent dans une agitation permanente avec des artistes et des managements probablement plus nerveux, certaines prestations pouvant impacter des carrières.
Son passage au Hellfest 2024 tiens. Un super souvenir. Jouer "après" Metallica a dû lui paraître gentiment improbable elle qui évolue dans un univers dark pop avec des éléments metallisés mais tout de même loin de l'univers des Mets. Les grands Fest la font désormais jouer, elle n'en comprend pas forcément la raison vu sa musique mais elle est heureuse de venir, au sein d'une communauté dont l'ambiance, l'ouverture d'esprit lui plaisent. Ses goûts musicaux la ramènent toujours à ses premiers amours : Massive Attack, Radiohead des groupes qui ont marqué la fin des 90's. Pink Floyd aussi dont elle a repris Us & Them sur sa dernière tournée, groupe qu'elle adore. (Au passage, Eivør qui reprend du Pink Floyd, c'était proche du divin, vraiment).
Devenue une habituée de notre pays, elle est contente de jouer ailleurs qu'à Paris (qu'elle adore), d'élargir ses horizons. Ces dernières tournées l'ont amené un peu partout. A cet Echos & Merveilles où elle était déjà venue en 2024 mais dans la salle du Bascala et tard. En Open Air, ça change tout, quel bonheur pour tous !! Pressé par le temps (et le besoin naturel de la vocaliste de partir se restaurer), je n'ai pu développer la thématique de la liberté, qui revient souvent dans ses chansons. Elle aime à se dire qu'elle veut aider avec sa musique à ce que chacun se sente soi-même, "libre" à l'intérieur. J'entends mais elle est restée pudique sur sa personne et son rapport au sujet. Ça se respecte.
Dans cette conversation incroyable, Eivør a dégagé une simplicité, une douceur, une sérénité radieuse. Pour moi l'occasion de rencontrer une artiste dans un moment clé, post show, un instant plus fragile, plus sincère aussi. Son nom est revenu sur le Fest car sa musique plaît, sa voix impressionne, son univers envoûte. Une personnalité étonnante avec parfois cette "candeur" lorsqu'acclamée, elle se fend d'un grand sourire sincère. Profondément artiste dans l'âme Eivør. Le prochain album est prévu d'ici la fin de l'année. Hâte d'entendre ça. Et de la revoir en concert. Foncez écouter Eivør, c'est juste magique.