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Interview Kolasmos + Kairos + Scelus + Injuria + Deratus
Racontez‑moi qui vous êtes et comment est née l’idée de votre groupe : Decima.Kairos : Decima est un groupe formé en 2018 autour de Lyon. Parmi les membres fondateurs, il reste aujourd’hui Scelus et moi. À l’origine, on jouait du metalcore entre potes : guitare et chant pour Scelus, basse pour moi. Puis on a eu envie de passer à quelque chose de plus black, avec une identité visuelle forte. Le nom vient des Parques de la mythologie grecque : Décima, celle qui déroule le fil de la vie. On voulait une métaphore large pour aborder plein de thèmes. On a sorti un premier EP en 2019, inspiré des plaies d’Égypte. Et il y a un an, on a sorti Pauvres Créatures, un album sur la relation entre le créateur et ses créations — avec un parallèle évident avec l’IA : Peut‑on tout créer ? Doit‑on tout créer ? Et que se passe‑t‑il quand ça nous échappe ? Le dernier morceau, La Destruction, parle justement de ce moment où le créateur détruit ce qu’il a engendré. Kolasmos : C’est très inspiré de Prométhée, de Frankenstein… Tout ce qui touche au mythe de la création. Le line‑up actuel existe depuis un an et demi, deux ans. Je suis arrivé au chant en 2022‑2023, et on a écrit Pauvres Créatures ensemble. Deratus est arrivé un peu plus tard, il y a environ un an. Individuellement, quel groupe vous a donné envie de faire du Metal ?Kolasmos : Quand on a créé Dékima, on était en pleine évolution musicale. Nos compos devenaient plus sérieuses, plus abouties. Et il y avait cette vague de black français comme Regarde les Hommes Tomber, Cénotaphe, Crépuscule du Bois, qui ont vraiment influencé la scène. Si je dois citer un groupe fondateur : Regarde les Hommes Tomber, surtout l’album Exile. Kairos : Ce qui est drôle, c’est qu’on vient tous de styles très différents. Moi, je viens du rock et du punk. Ce qui m’a fait aimer le black, ce sont des groupes modernes comme Der Weg Einer Freiheit. Le black old school, je n’aime pas ça. Mais cette nouvelle vague m’a montré qu’on pouvait tout faire : tant que l’univers tient, ça fonctionne. Scelus : Moi, c’est Ozzy Osbourne et Zakk Wylde qui m’ont donné envie de prendre une guitare. Et je n’ai jamais arrêté. Injuria : Pour moi, c’est Maiden. Les trois guitares, les harmonies, le live Rock in Rio…C’est ça qui m’a donné envie de jouer. Deratus : Je viens d’une famille de musiciens, donc j’ai toujours baigné dans plein de styles. Mais le premier choc Metal extrême, c’est Bloodbath : The Fathomless Mastery. J’ai entendu ça au collège, et je me suis dit : je veux une double pédale, je veux faire ça. Et avant ça, ma grande sœur m’avait déjà mis Sepultura dans les oreilles quand j’avais 7 ans. J’ai kiffé Roots, et c’était parti. Comment vous composez ? Vous partez d’un riff, d’un concept, d’une jam ?Scelus : Pour Pauvres Créatures, je suis arrivé alors que l’album était presque fini. J’ai fait des arrangements. Pour le prochain album, je pars souvent d’une couleur, d’un mode, d’une harmonie. Je crée un riff, j’harmonise, je développe. Ensuite, j’enregistre une batterie provisoire, puis je m’amuse avec la basse et la rythmique. Selon les accords, la même mélodie peut prendre une couleur totalement différente. Kairos : On essaie toujours de donner une direction conceptuelle. Le prochain album a déjà un thème clair. Ensuite, chacun propose. Kolasmos : Une fois que les morceaux sont là, on les joue ensemble, on réadapte. On définit un ordre précis, parce que nos albums racontent une histoire du début à la fin. En concert, on joue dans le même ordre que sur l’album. J’écris mes paroles en dernier, en fonction de cette progression narrative. C’est un vrai concept‑album à chaque fois. Scelus : Et je laisse chacun interpréter son instrument. Je peux composer une batterie, mais je préfère que ce soit un batteur qui mette ce qu’il faut. Je propose, mais je suis ouvert. Et honnêtement, 60 à 90% de ce que je compose reste tel quel. C’est quoi la prochaine étape ? Album, tournée, clips ?Kolasmos : On prépare deux singles. On enregistre la batterie le 30 mai, puis les cordes et la voix. Un clip sortira avec l’un des deux titres. Kairos : Tout est en autoproduction : enregistrement, mixage, mastering. Ensuite, on va démarcher des labels pour essayer de monter d’un cran. Pour l’instant, toutes nos dates, on les trouve nous‑mêmes. On aimerait tourner avec un groupe plus gros, toucher plus de public. Kolasmos : On écrit aussi un album complet. Il sera plus prog, plus aventureux, moins “blackened” classique. Il y aura une vraie rupture avec ce qu’on a déjà sorti, comme entre notre premier EP et Pauvres Créatures. Vous cherchez à créer une expérience scénique. Vous avez des anecdotes ?Kolasmos : Au Transbordeur à Lyon, on joue un passage très calme, très solennel…Et là, un mec hurle : “À poil !” Silence total. Je me suis demandé comment réagir. Il l’a refait. C’était absurde, mais drôle. Scelus : Et la phrase complète, c’était “À poil le batteur !” C’était un pote d’Injuria, fan de goregrind, qui voyait un concert de black pour la première fois. Il n’avait pas les codes. Injuria : Et jouer masqué, c’est un handicap : tu vois rien. Mais ça fait partie du jeu. Kairos : Ce qui est marrant aussi lorsque l'on est masqué, c’est qu’après le concert, on passe incognito. Les gens ne savent pas que c’est nous. On entend les vrais retours, pas les politesses. Et au merch, ils nous disent : “Tu pourras dire au groupe que c’était cool ?” Ça me fait toujours rire. Et la prononciation, c’est “Decima” ou “Dekima” ?Kolasmos : C’est le débat éternel. Mais c’est bien Decima. Un mot pour conclure ?Kairos : Merci à vous d’exister et de faire vivre la petite scène. Scelus : Soutenez les groupes locaux : allez aux concerts, achetez du merch, faites vivre la scène. Kairos : Et merci au Vind'Hell Fest pour la confiance. Même en tremplin, l’accueil est incroyable. Kolasmos : Oui, vraiment. Super accueil, super orga. Ça mérite d’être mis en avant.
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