Je m’étais dit qu’on ne m’y reprendrait plus.
Attention, j’ai beaucoup d’affection pour The Night Flight Orchestra, c’est une
évidence. Il suffit de regarder notre page consacrée au groupe : chroniques, interview,
live reports... cela fait huit ans que votre humble serviteur couvre régulièrement les
activités de ces joyeux lurons suédois. Mais bon, après avoir passé au
crible les quatre derniers albums, et vu que - pour être totalement honnête et transparent -
j’ai un peu moins aimé (mais aimé quand même !) les sorties les plus
récentes de cet équipage de nuit (Aeromantic et sa suite), je m’étais dit qu’il était
peut-être temps de passer le flambeau. Je sentais que, pour moi, bien que l’entreprise soit
toujours fun et l’expérience (très) agréable, le charme et la magie des
débuts s’étaient un peu estompés. Et avec ses premiers singles, Give Us
The Moon sentait encore l’album (évidemment) sympa mais qui n’allait pas
totalement m’enchanter. La peur de me répéter était réelle
également. Et pourtant, me revoilà une fois encore, indécrottable que je suis !
Décidément, je n’ai aucune volonté...
Cependant, et pour justifier ma chronique, je dois dire que
l’intermède (plus long que d’habitude, Aeromantic II étant sorti il y
a trois ans et demi) m’a fait du bien. Cette pause me permet de retrouver le groupe avec un peu
plus d’excitation. De plus, une question inédite se pose avant la découverte de ce
Give Us The Moon : comment le groupe s’en sort-il alors qu’il est pour la
première fois privé de son guitariste (et âme créatrice très
impliquée dans le projet depuis ses débuts) David Andersson,
malheureusement décédé en 2022 ? Si vous aviez des craintes, soyez rassurés,
tout va bien, The Night Flight Orchestra reprend les choses là où il les
avait laissées et affiche une belle forme. Oui, encore une fois. Et même si je vais
être tenté de râler un petit peu, je ne vais pas trop pouvoir le faire. Parce que
NFO possède toujours ce talent rare d’arriver à faire preuve de
fraîcheur alors même que sa musique est ouvertement rétro et nostalgique. Autre point
fort des Suédois, qu’on aime ou pas leur évolution depuis leurs début, leur
délire "classic rock meets ABBA", une chose me semble indiscutable : leur
compétence en matière d’écriture, cette aptitude à composer des tubes.
Le personnel aux commandes ne sait (quasiment) pas faire autre chose que de dérouler des tapis de
hits à chaque fois. Et cela se vérifie à nouveau en 2025 avec ce Give Us The
Moon.
Prêts pour une (petite) heure d’insouciance et de refrains
à chanter fort sous la douche (ou ailleurs, je ne vous impose rien) ? C’est parti !
Après trente secondes d’ambiance d’aéroport invitant l’équipage
à monter à bord, Stratus vous embarque avec facilité. Le tempo est
enlevé, le riff de guitare/clavier estampillé début des 80s met dans de bonnes
dispositions, le son est impeccable, Björn Strid est en voix (comme
d’habitude), les choristes Anna et Asa l’accompagnent sur
un refrain au poil... On est en terre connue, tout va bien. Comme remarqué sur les disques
précédents, les claviers sont très présents et le côté hard
rock que l’on retrouvait sur certaines pistes des débuts est mis en sourdine
(n’attendez pas de Midnight Flyer ou autre Sail On ici). Et les sonorités
des eighties sont prédominantes (même si l’on repère également une
inspiration 70s). Si Stratus démarre avec énergie et positivisme, c’est
plus vers la suite qu’il faudra se tourner pour une grosse dose de tubes plus pop. Le prochain
titre n’est d’ailleurs autre que Shooting Velvet, choisi comme single, ce qui
n’est pas un hasard. Rythmique chaloupée disco-rock sexy avec percussions à
l’appui, riff entêtant, c’est l’irrésistible et dansante Like The
Beating Of A Heart qui fait son entrée... On repasse en mode up-tempo avec
Melbourne, May I?, de l’AOR entraînant qui fait mouche et... je ne vais quand
même pas tout vous détailler, si ?!
Sachez juste que l’ensemble est énergique et efficace, avec
des trouvailles mélodiques réjouissantes sur chaque morceau. Le côté festif
laisse parfois place à quelque chose de plus mélancolique comme sur l’excellente
Paloma, l’un des titres les plus posés de l’opus (mais qui n’est tout
de même pas une ballade) et ça fait du bien. J’apprécie aussi la partie de
batterie remuante de Cosmic Tide - moins fun et pop que d’autres compos de ce cru 2025 -
qui flirte un peu avec la fibre rock progressif que le groupe avait mis de côté ces
derniers temps. Quoi d’autre ? Rah, ce couplet si séduisant sur la chanson titre, comment y
résister ? Et sinon, vous aimez le disco ? A Paris Point Of View pourrait vous
intéresser (encore un refrain qui tue... en plus, vous entendrez Björn
chanter "je t’aime", n’en jetez plus...), Runaways renoue avec le classic rock
mid-tempo à la Toto, la vitaminée Way To Spend The Night me fait
penser à du Blondie et la dernière piste avec son nom à
rallonge dure 7’47’’ (tiens, tiens, comme le Boeing ?) pour une conclusion mi-AOR
mi-rock prog épique.
La conclusion est simple et ne surprendra personne : NFO
ne sait pas sortir de mauvais album. Oui, je préfère les trois quatre premiers disques
parce que c’était un peu plus rock, la musique changeait d’album en album, le groupe
se cherchait... ça expérimentait (et me surprenait) davantage. Maintenant, la formule
s’est stabilisée mais cette recette fun jonglant entre AOR, classic rock, disco et pop est
toujours aussi agréable et efficace. Et vu l’époque pour le moins inquiétante
(euphémisme) que nous traversons, je ne me sens pas de repousser la légèreté
de ce Give Us The Moon. Un bel anti-dépresseur... sans effets secondaires à
déplorer. A la fin du mois, la tournée européenne du groupe démarre (ils
seront à Lyon le 31 janvier et la date parisienne du 2 février - que je ne manquerai pas -
affiche complet). D’autres (très) bons moments en perspective à ne pas louper.
Tracklist de Give Us The
Moon :
01. Final Call (intro) 02. Stratus 03. Shooting
Velvet 04. Like The Beating Of A Heart 05. Melbourne, May I
? 06. Miraculous 07. Paloma 08. Cosmic
Tide 09. Give Us The Moon 10. A Paris Point Of View 11.
Runaways 12. Way To Spend The Night 13. Stewardess, Empress, Hot Mess (And
The Captain Of Pain)