Artiste/Groupe:

The Enders

CD:

Shelter

Date de sortie:

Mars 2024

Label:

Indépendant

Style:

Hard Rock

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

17/20

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Six ans après un premier album de hard rock très bien fichu, The Enders, groupe totalement indépendant et français qui avait déjà attiré mon attention avec son I (prononcé "one") si bien nommé, effectue son retour avec Shelter, un disque qui montre une évolution notable. Déjà, le quintet s’est transformé en quatuor. La section rythmique est toujours tenue par Antoine Moutet (basse) et Laurent Ambard (batterie), Olivier Viac est toujours à la guitare, tout comme Grégory Giraudo mais ce dernier a également pris le poste de chanteur (autrefois tenu par Pierre Brindjonc). Il y a donc un renouveau d’un point de vue vocal... mais il se perçoit aussi dans la musique proposée par le groupe. Car si Shelter nous offre encore du hard rock, il accentue tout de même la facette plus sensible, intimiste (déjà audible par moment sur le disque précédent) voire progressive de ses créateurs.

Giraudo (que l’on connait aussi chez Parallel Minds) est donc plus présent. Il a composé une grande partie de la musique présentée ici, a écrit les textes, mixé et masterisé Shelter... Et, comme on vient de le voir, voilà qu’il s’est mis au chant ! Cela faisait des années que l’on profitait de ses talents de guitariste (déjà remarqués avec son premier groupe Coexistence) et l’on peut maintenant constater qu’il est aussi un très bon vocaliste. Même si la performance de l’ancien chanteur était tout à fait honorable, je préfère la voix (au registre plus étendu) et la prestation (conjuguant habilement puissance et sensibilité) de Grégory qui rendent, à mon sens, la proposition globale encore plus intéressante et persuasive. Dès la première chanson, S.T.A.Y., on sent que la musique de The Enders dégage quelque chose de profond et touchant. L’ambiance sidérale est posée dès les premières secondes grâce à des claviers et effets sonores (compte à rebours, fusée qui décolle...) qui nous invitent au voyage. Au passage, on notera que Giraudo a dû être "traumatisé" par le film Interstellar (il y avait déjà un morceau qui y faisait référence et s’intitulait lui aussi Stay sur l’album Echoes From Afar de Parallel Minds). Cette compo mid-tempo propose une rythmique assez tranchante sur le couplet, distille des passages plus planants (avec de beaux chœurs) ainsi que deux solos de guitare remarquables et se développe sur presque sept minutes pour s’achever de façon mélancolique et émouvante avec un dernier "please daddy stay" livré sur des notes résonnant dans le cosmos... Très beau début. Si ce démarrage vous fait hésiter - car vous étiez à la recherche d’un hard rock plus percutant et enlevé - n’ayez crainte, le groupe n’a pas totalement tourné le dos à ce style. Et True Spirit placé en deuxième position, qui ressemble bien plus à certains titres de l’album précédent, va s’empresser de vous rassurer avec un esprit bien plus rock, juvénile et entraînant (les paroles explorent d’ailleurs la thématique du groupe de rock, ses rêves, ses difficultés). 

Des titres hard qui font taper du pied, lever le poing ou secouer votre tignasse, il y en a d’autres. The End Of Innocence ou surtout Unfading Children et Worth To Be Told, bien qu’ils contiennent des détours intéressants et travaillés, arborent tout de même un style globalement plus direct et taillé pour le live. Les riffs sont immédiats et possèdent des influences s’étirant des 70s aux 90s. Les mélodies sont chiadées, tout comme le son du groupe, tout bonnement impeccable (belle production !). Mais ce qui rend la partition plus captivante tient au fait que le groupe n’hésite pas à explorer d’autres pistes. Oui, certains riffs invoquent l’esprit de générations passées (je détecte une petite touche Queen/Extreme à quelques endroits, par exemple) mais à cette base rock’n’roll The Enders ajoute des éléments variés, enrichissant son propos d’influences appartenant au XXIe siècle. Ainsi, l’on voit une certaine forme de hard rock traditionnel se mélanger régulièrement avec d’autres touches évoquant parfois des groupes comme Muse (le clavier qui s’invite sur la rupture - assez surprenante d’ailleurs - de A Reason To Believe qui passe de ballade à la guitare sèche à morceau rock épique plus enlevé avec des chœurs originaux qu’on n’avait pas vu venir) ou Pain Of Salvation (Shelter). Quel que soit le style abordé, le groupe fait mouche grâce à une belle écriture et une interprétation aussi impeccable qu’habitée (avec plein de superbes solos de guitare à se mettre sous la dent). Si trois ou quatre titres assez remuants rappellent le premier effort, ce qui me marque davantage dans ce Shelter ce sont les morceaux plus développés avec une charge émotionnelle forte. Il y a quelque chose d’assez adulte/mature qui se dégage de ce cru 2024. Cela vient peut-être aussi des thèmes abordés dans les textes de Giraudo qui, comme la pochette et le premier morceau S.T.A.Y. pouvaient le laisser penser, sont souvent liés à l’enfance, les relations filiales ou à une certaine spiritualité, la vie après la mort, le contact avec l’au-delà, comme sur le dernier morceau Dusk To Dawn, un titre rythmé plus teinté prog metal et tout aussi réussi que tout ce qui a précédé.

Petite information : ceux qui préféreront la version physique à l’album numérique auront un titre en plus qui n’est autre qu’une version réenregistrée de When You’re Gone, l’un des morceaux les plus remarquables de du premier album et qui se rapproche, de par son thème et son orientation musicale du Dusk To Dawn cité ci-dessus. Bref, Shelter, c’est du hard rock classe, varié, prenant... avec cette petite touche d’émotion et de profondeur qui ne rend l’ensemble que plus marquant. Vous doutez ? Allez donc jeter une oreille sur le bandcamp du groupe, vous ne perdrez pas votre temps !


Tracklist de Shelter 

01. S.T.A.Y.
02. True Spirit
03. The End Of Innocence
04. A Reason To Believe
05. Shelter
06. Unfading Children
07. Worth To Be Told
08. Homecoming
09. Dusk To Dawn
10. When You’re Gone 2024 (bonus track CD)

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