Parler de The Overview, le dernier album de Steven Wilson, n’est pas évident. Sans être déçu par son contenu, je dois toutefois admettre que j’attendais plus du côté rock / metal progressif dont la forme, deux titres d’une vingtaine de minutes chacun, m’avait laissé croire à un possible effet « whaouuu ». C’était certainement un peu naïf de ma part. Car si l’homme est en constante évolution musicale, je savais à quel point l’approche électronique avait pris une place progressivement plus prépondérante dans sa musique depuis The Raven. Mais bon, on est ainsi fait que l’on espère toujours revoir ce que l’on a aimé ou ressenti positivement.
Toutefois, sans être totalement enthousiasmé par The Overview, l’album stimule la fascination que j’ai pour Steven Wilson et sa capacité de créer, d’innover et de faire progresser son audience à force d’interrogation et de de remise en question. Je n’étais pas de ceux qui s’étaient plaint du dernier The Harmony Codex. Je pense même qu’à force d’écoute, je me suis mis à franchement aimer ce disque, si ce n’est dans sa totalité, tout au moins dans son ensemble et dans ses titres les plus travaillés ; preuve s’il en est que l’auteur a réussi à me faire suivre son chemin créatif. Le pas nécessaire à l’adoption de son évolution nommée The Overview n’en a été certainement que plus facile. Car pour moi on parle bien entre Harmonyand Overview d’une évolution dans le monde de la musique progressive. Et je ne dis justement pas dans le rock ou le metal progressif ; non dans la musique progressive dans ce qu’elle permet d’accéder à différents univers peu enclins à se rencontrer. D’ailleurs, le terme univers doit dans le cas présent certainement être le plus juste pour définir ce The Overview, tant sa première face nous fait monter dans un lanceur spatial et que sa seconde nous fait explorer l’espace et voir le monde d’en-haut.
J’espère pouvoir vous donner plus en détail mes impressions spatiales après le concert du 28 mai à Lyon où l’œuvre sera jouée en entier et accompagnée, je crois, de son pendant vidéo. Pour ce qui est de l’album en lui-même, il se résume à deux faces de 23 et 18 minutes. C’est tellement anachronique que Steven Wilson a (dû ?) couper celles-ci en 10 tranches de 6 à 2 minutes dans sa version électronique, peut-être afin de répondre aux besoins actuels du marché. Reste que moi, je suis maintenant scotché à l’approche deux faces, les 23 minutes de Objects Outlive Us et les 18 minutes de The Overview. Un format qui permet, pour la face A, de raconter des histoires humaines, comme souvent avec Steven Wilson, un peu banales et toujours tristes et de faire une exploration spatiale qui replace cet humain si supérieur et si petit à la fois dans son contexte à trois dimensions. Musicalement, Objects Outlive Us est plus rock, avec quelques (légères) incartades un peu plus metal progressif, notamment les tranches Meanwhile et l’excellente partie Cosmic Sons of Toil. La partie The Overview est, elle, plus pop et électro, presque jazzy parfois, à l’image de ce qu’a fait l’auteur compositeur depuis l’amorce du virage initié il y a déjà 10 ans avec l’album Hand Cannot Erase. L’énumération à rebours de la tranche Perspective et sa doublure, Infinity Measured in Moments, musicalement réjouissante et métaphoriquement déprimante, soulignent, s’il est nécessaire, l’aspect progressif de l’œuvre.
Au final, celle-ci, dans son tout, est remarquable de cohésion et de fluidité. C’est musical, parfaitement produit avec un volume sonore qui vous englobe. Steven Wilson ne demande qu’à prendre votre main pour vous emmener dans sa fusée, et participer à son voyage. Venez, n’ayez pas peur, et profitez de la vue.