Nous sommes en 1993 et Scorpions sort d’un album monstrueux, Crazy World, qui a vu sa renommée grandir encore plus, asseoir sa popularité et agrandir sa fan base. Et pourtant en ce début des nineties, l’évolution des gouts musicaux va très très vite, le grunge fait des ravages avec Nirvana en tête de gondole, le hard rock est porté surtout par les Guns N’ Roses et Metallica, et renvoie les formations de hard mélodique et hard FM au rang des ringards, dont Scorpions est malheureusement en tête de liste, à tort bien évidemment. Pour ce douzième album de l’insecte à la queue vénéneuse, c’est un gros changement qui s’opère puisque le bassiste en poste depuis 1973, Francis Buchholz quitte le navire, lui qui donnait une teinte très particulière au son Scorpions. C’est Ralph Rieckermann qui le remplace (et sera en poste une petite dizaine d’années au sein du combo). Comme expliqué plus haut, la sortie de cet album est boudée par la jeunesse en mal de metal, les plus aguerris, le regardant en coin de l’œil également. D’autant plus que Scorpions est depuis un moment considéré comme un « groupe de ballade », Face The Heat est marqué par le single Under The Same Sun une….ballade. D’ailleurs, c’est le hit de cet album, et même de l’année 1993. Encore une ballade qui, il faut reconnaitre, coche toutes les cases de cette spécialité scorpionesque. Le morceau est bien ficelé, mélodique et va connaitre une belle grimpette dans les hits parades de la période. Le problème c’est que cet album sera montré comme celui d’Under The Same Sun, de LA ballade de Scorpions et les critiques vont tirer à boulets rouges sur le groupe à cause de ce titre, comme quoi "Scorpions s’enferme dans les ballades mièvres, ne propose rien d’autres"…Alors que c’est complètement faux. Dommage que ce titre aura fait beaucoup d’ombre au reste de l’album. Et puis, entre nous, qu’est-ce qu’elle est bien chiadée cette ballade, non ? Une fois ce titre passé en revue et expédié, il ne faut pas passer à côté du reste. Et oui car Face The Heat renferme bien des pépites, heavy metal par moment, la patte de Bruce Fairbairn n’y étant pas pour que d’chi.
On peut retenir le titre d’ouverture Alien Nation au super riff d’intro qui montre le venin dans la queue de l’arachnide. Le son est très heavy et lourd typique de la période. Pour un titre d’entame d’album, Scorpions frappe un grand coup ici.
L’enchainement avec No Pain, No Gain, encore un titre heavy est superbement bien foutu. Ca envoie du gros son avec un son de guitare énorme, un refrain hyper efficace. Etonnant d’ailleurs que ce titre soit passé aux oubliettes de leur setlist car il aurait toute sa place. Scorpions propose un album plus musclé, plus abouti également, avec une mention spéciale pour Woman, très planant et qui monte progressivement en puissance. A coup sur un titre à connaitre du groupe tant il est excellent.
Bien que le combo ait proposé un album très heavy, truffé de très bons titres, il reste marqué par sa période qui ne lui était pas trop favorable, et cette ballade, certes sublime, mais qui jouera dans l’échec commercial de cet album. Echec relatif vu qu’il atteint la 4e place des charts en France et la 24e aux USA (beaucoup signeraient pour un tel score), mais pour Scorpions, cette suite de Crazy World en est un. Face The Heat reste comme le départ d’une certaine traversée du désert du groupe allemand puisqu’il lui faudra un certain temps avant de retrouver le cœur du public, les productions suivantes étant aussi discutables.
Tracklist de Face The Heat : 01. Alien Nation 02. No Pain No Gain 03. Someone To Touch 04. Under The Same Sun 05. Unholy Alliance 06. Woman 07. Hate To Be Nice 08. Taxman Woman 09. Ship Of Fools 10. Nightmare Avenue 11. Lonely Nights