Après avoir chroniqué le dernier Primal Fear bien en retard, je récidive avec A New World Rising de Rage sorti fin septembre. Pour à peu près les mêmes raisons. Trop d’albums et de chroniques de ce groupe (rédigées par moi-même), un petit manque d’envie, une certaine lassitude, je dois le confesser. Mais là aussi, personne ne s’en est chargé et après écoute de la bête, je trouvais tout de même dommage de passer totalement sous silence l’arrivée de ce... vingt-septième (!!) opus signé Peavy & co. Alors, n’écoutant que mon courage et surmontant une motivation défaillante, je m’attelle à la tâche...
... et j’y prends finalement plus de plaisir que prévu. Parce qu’il faut bien le dire : Rage n’arrive pas à faire dans le mauvais ou ne serait-ce que le médiocre. Depuis bien longtemps. Et A New World Rising ne vient pas contredire ce constat. J’ai beau ne pas être dans une période "Ragesque", pas besoin de multiples écoutes pour me rendre compte que Wagner et ses sbires (toujours Vassilios "Lucky" Manatopoulos à la batterie depuis en 2015 et le plus récent Jean Bormann à la guitare, arrivé en 2021 sur Resurrection Day) ne manquent pas d’inspiration ni de fougue. Et alors que certains ne manqueront pas d’ironiser sur le fait que ce disque se nomme A New World Rising alors que Rage évolue dans un style metal germanique traditionnel immédiatement reconnaissable depuis sa création, on devra reconnaître des efforts pour actualiser le propos (notamment au niveau de certains riffs, arrangements ou de la production tout simplement... on voit bien que Rage, contrairement à certains groupes qui ont autant de bouteille que lui, ne se limite pas à la nostalgie ou au fan service).
Alors, pour autant, je ne suis pas fan de tout. Le son me semble un peu trop moderne/compressé avec un rendu "synthétique" qui me fatigue un peu sur le long terme. Mais le terme n’est pas si long que ça car A New World Rising a beau afficher treize compos, ces dernières sont concises et l’ensemble n’excède pas les quarante-sept minutes. Bon point. Après une brève intro, les riffs thrashy et la batterie énervée déboulent... la voix de Peavy ne s’est pas adoucie, le trio nous embarque dans une tempête musclée aux guitares incisives et à la batterie massive, tout cela servi par un son assez saturé. Ainsi Innovation et Against The Machine rassurent immédiatement quant à la vitalité de la formation... sans oublier les mélodies qui accrochent, surtout au moment des refrains (qui seront parfois encore plus fédérateurs, comme sur la piste suivante, Freedom, et ses "ho hohohohoooo" taillés pour le live). On note au passage que Bormann s’éclate bien à la guitare, que les breaks sont bien amenés (sympa, la petite touche orientale sur Against The Machine) et les solos volubiles. Les tempos sont souvent rapides et les riffs aussi tranchants que virtuoses (Mmm... cette intro de We’ll Find A Way). Les ingrédients heavy, thrash et power sont bien mélangés pour un plat qui tient au corps ! Et notre cher Peavy gueule (il y a même quelques courts passages avec des vocalises plus "extrêmes", sur Cross The Line ou Fear Out Of Time par exemple). Au bout de sept pistes officiant dans un registre assez similaire, le trio offre un peu plus de diversité, ce qui permet d’éviter la lassitude. Ainsi, Fire In Your Eyes sort des guitares au son clair et propose plus de légèreté et de mélodie. Les morceaux suivants ont des tempos plus mid (la conquérante Leave Behind dotée d’une mélodie celtique ou la menaçante Fear Out Of Time très pesante et sombre, une réussite soit dit en passant) avant de revenir à quelque chose de plus rapide et percutant avec Beyond The Shield Of Misery.
Pour conclure, Rage propose quelque chose qu’il a souvent fait ces dernières années : une nouvelle version d’un titre plus ancien. Depuis dix ans, le groupe a réenregistré Black In Mind, Sent By The Devil, Higher Than The Sky et The Price Of War... voici maintenant Straight To Hell cru 2025, assez fidèle à la version 2001. On notera juste que la prod a changé (le son est plus costaud aujourd’hui) et que des coupures ont été effectuées (la petite accélération thrashy en milieu de parcours n’est plus là par exemple) pour un morceau qui dure quasiment une minute de moins que l’original. Pas essentiel mais à prendre comme un bonus sympa et vu que la compo est bonne, l’écoute s’achève sur une impression positive.
Verdict : A New World Rising est la confirmation que Rage est toujours en forme et n’a pas perdu la main quand il s’agit de balancer une galette metal - à la fois fougueuse, énervée et mélodique, optimiste / entraînante et sombre... assez traditionnelle mais avec quelques petites touches plus actuelles - à ses auditeurs. Un effort pour proposer quelque chose d’assez varié a été fourni même si la facette symphonique parfois arborée par ces messieurs est totalement absente cette fois-ci. A soixante ans (avec une carrière qui a entamé sa cinquième décennie), Peavy Wagner a toujours la rage et semble vouloir affirmer que l’heure de la retraite n’est pas arrivée. La passion est encore là, le feu brûle toujours. Respect.
Tracklist de A New World Rising :
01. A New World Rising 02. Innovation 03. Against The Machine 04. Freedom 05. We’ll Find A Way 06. Cross The Line 07. Next Generation 08. Fire In Your Eyes 09. Leave Behind 10. Paradigm Change 11. Fear Out Of Time 12. Beyond The Shield Of Misery 13. Straight To Hell ’25