Trois années après un Fréquence Violence de très bonne facture et après un nombre innombrable (sic) de concerts tous plus furieux les uns que les autres, revoilà les franciliens de Pogo Car Crash Control, P3C pour les intimes (et les feignasses du clavier). Toujours le même quatuor infernal, les frangins Louis (batterie) et Simon (guitare), la fougueuse bassiste Lola et le chanteur / guitariste Olivier. L’effectif n’a pas changé, les coupes de cheveux elles si mais c’est hors sujet ici (tout de même mention spéciale à Olivier qui nous a ressorti la coupe mulet Chris Waddle).
On les avait un peu perdus de vue depuis 2024 même si trois concerts en ouverture de Jack White les ont rappelés à notre bon souvenir et on en comprend mieux la raison. Ça bossait dur outre-Atlantique qui plus est où le groupe a posté du contenu depuis ses réseaux sociaux alors en studio avec Jon Markson producteur et ingénieur du son de cette nouvelle galette. On se donne les moyens chez P3C, c’est très bien, la démarche est à saluer. Evidemment, concernant les Pogo, le terrain de jeu favori des franciliens, là où ils excellent, c’est le live. Et c’est bien sûr là qu’on les attendra. Mais en studio, le groupe a fait un (très) bon disque mais l’essai doit être transformé et le groupe doit / a les moyens d’avoir sur son CV un grand disque studio. Le fait que le groupe ait pris son temps, soit sorti de ses habitudes est en ce sens intéressant. Ainsi présenté, il vaut quoi ce Negative Skills ? (Commençons par le premier single ci-dessous histoire de plonger dans le vif du sujet).
Ca vous a plu ? Moi oui beaucoup. Penchons-nous plus longuement sur ce Negative Skills. Et restons sur ce Don’t Get Sore qui présentait déjà quelques nouveautés. Déjà Lola qui est présente vocalement, sauf erreur, c’est nouveau. Déjà que Simon est plus qu’au soutien d’Olivier sur les vocaux, voilà une nouvelle corde à l’arc de P3C. Bonne initiative d’autant qu’on reconnait le genre d’accroche vocale chère au combo. C’est donc surprenant sans pourtant être déstabilisant et ça fonctionne très bien. Aussi, le groupe alterne français et anglais ce qui se retrouve dans la tracklist avec un quasi 50-50 dans les titres de chanson (sans compter les alternances au sein d’un même titre). Toujours ce côté gentiment foutraque chez les franciliens. Nouveauté en tout cas pour le groupe que l’usage de la langue de Shakespeare ça le fait bien mais ça reste une évolution marquante à l’échelle du groupe. De fait, la dimension « chanson française » qu’on retrouvait un peu via les paroles est mécaniquement moins présente. J’insiste un peu sur cette thématique, les paroles ça part un peu dans tous les sens avec un sens toujours aiguisé du refrain. La prod impressionne, ça sonne bien costaud, très dense (et clair), le cap est bien franchi en terme de mise en son. Du bon job. Naviguant toujours entre metal alternatif et réminiscence grunge, la musique des Pogo garde ce cachet qui n’appartient qu’à eux. Les Pogo c’est pour moi ce qui se fait de mieux (et de plus attachant) en rock / metal français et réussit à intégrer les aspects plaisants de la scène française : des paroles malines, accrocheuses, un brin poétique (urbaine) et un certain sens du fait-maison qui a son charme (un peu à l’instar du cinéma français qui sait raconter des histoires sympas). Parmi les réussites de ce disque, elles sont nombreuses, naviguant dans des eaux différentes. La dominante de fond semble plus axée grunge (Hatewatch) mais on trouve aussi des moments mélancoliques aussi (la très douce / amère Comme Toi) avec toujours ces textes poétique dark. Il y a toujours cette capacité d’accrocher avec un sens aiguisé du riff qui va bien, une petite mélodie de guitare qui vous capte. La section rythmique est encore au diapason avec Lola toujours en forme (mais qu’on aimerait entendre un peu plus mais avec ces deux guitares la tâche est rude) et un Louis toujours aussi solide. Lola qui intervient sur les vocaux, c’est plutôt sympa. Une ligne de plus sur son CV (déjà impeccable) elle qui a œuvré courant 2024 pour Hoshi l’accompagnant en tournée courant 2024 et qui à l’instar d’un groupe n’en finit plus de nous étonner avec cette approche mixant une certaine d’artisanat et de professionnalisme.
Bénéficiant d’une dynamique incroyable depuis une petite décennie, les Pogo confirment leur potentiel et la tournée annoncée devrait être un carton tant le public sait ce qui l’attend : un déferlement d’énergie, une tornade live avec ce qui se fait tout simplement de mieux actuellement dans notre belle contrée. On validera aussi la démarche d’avoir pris le format studio au sérieux là où il aurait peut-être été plus facile de simplement capitaliser sur le succès « live ». Idem avec l’évolution musicale même si on a longtemps pressenti chez les Pogo que c’était dans leur ADN. Excellente approche récompensée ici avec un disque réussie confirmant tout le bien qu’on pense de ce groupe singulier dont on cessera de dire tout le bien que l’on en pense. L’album de la maturité ? Forcément l’approche punk prisée par le groupe à ses débuts se retire en douceur. Les Pogo s’assagissent (un peu) tout en conservant leur âme. Le professionnalisme et les années sont passés par là. Qu’ils ne le regrettent pas (ce qui serait contradictoire pour des punks), ça leur va bien et ce n’est ni plus ni moins que l’ordre normal des choses.