Ce matin, mon copain Ced et moi, on avait décidé d’écouter le nouvel album de Patriarkh, qui est, paraît-il, un groupe polonais drôlement sérieux avec des grandes barbes et des capes noires. Ced m’a dit que c’était du "Metal orthodoxe", alors moi j’ai imaginé des prêtres qui font des bêtises à la guitare entre deux bénédictions. Ça m’a donné envie de rigoler, mais Ced m’a regardé tout sérieux en disant que "non, c’était super profond et spirituel". Alors je me suis tenu à carreau. Quand on a lancé l’album, ça commençait avec un truc bizarre, un peu comme si on entrait dans une vieille église en bois, avec des cloches qui sonnent et une voix grave qui parle en polonais (ou peut-être en elfique, je suis pas sûr). Ced, il a fermé les yeux et il a dit que ça s’appelait Wierszalin I. Moi, je trouvais que ça ressemblait un peu à quand papa fait des travaux dans le garage et qu’il chante en bricolant. Mais je n’ai rien dit, parce que Ced était déjà en train de hocher la tête en rythme. Après, il y a eu Wierszalin II, et là, boum, les guitares sont arrivées. Moi, j’adore quand ça fait du bruit, surtout quand maman n’est pas là pour dire qu’on va réveiller la voisine. Ced a dit que c’était "un mélange de Black Metal et de folklore". Moi, je me suis dit qu’un mélange comme ça, ça pourrait être bizarre, un peu comme si on mettait du ketchup sur une crêpe. Mais en fait, c’était drôlement chouette, avec des chœurs qui donnaient l’impression d’être à un enterrement, mais un enterrement où tout le monde aurait des tatouages et des tenues de curé. Le morceau d’après, WierszalinIII, était encore plus impressionnant. Il y avait une vielle à roue qui faisait un bruit sinistre, un peu comme quand le vent souffle fort dans la cheminée et qu’on croit qu’il y a un fantôme tout blanc coincé dans la suie toute noire. Ced a dit que ça racontait l’histoire d’un type qui se prenait pour un prophète et qui avait fondé une secte dans un village. Moi, j’ai trouvé ça rigolo, parce que ça m’a rappelé quand on joue à être des pirates dans le jardin, sauf que là, c’était un peu plus sérieux.
Voici mon préféré, Wierszalin IV, la dame a la voix belle de ma maman quand je suis tout malade, et le monsieur celle de mon papa, quand j’ai touché les outils du garage...
Vers WierszalinV, il y avait des cloches et une voix grave qui récitait un texte religieux. Moi, ça m’a donné envie de manger des hosties, mais Ced m’a dit qu’il fallait écouter attentivement parce que "c’était comme une messe, mais en plus sombre". Je ne suis pas sûr d’avoir tout compris, mais ça m’a fait penser à quand on est allés à la cathédrale de Chartres avec l’école, sauf qu’ici c’était plus rigolo. Il y avait des cloches, des chants religieux, et un type qui récitait un texte comme s’il était dans une cathédrale. Moi, j’ai commencé à chantonner Frère Jacques en version Black Metal pour rigoler, mais Ced m’a regardé comme si j’avais insulté son grand-père. Alors, je me suis arrêté, mais dans ma tête, je me suis promis de composer Frère Jacques version Metal un jour, juste pour embêter Ced.
La fin de l’album était vraiment géniale, avec WierszalinVIII. Il y avait des instruments folkloriques et des gros chœurs qui donnaient envie de lever les bras au ciel. Moi, du coup, j’ai failli crier "Amen !" mais Ced m’a dit que ce n’était pas une blague, que c’était de l’art. Alors je me suis retenu. Il y avait des instruments bizarres, je vous dis, du genre qu’on n’entend jamais, comme une mandoline et une vielle à roue, et des voix qui montaient tellement haut qu’on aurait dit qu’elles allaient toucher le plafond. Moi, je trouvais ça beau, mais Ced a dit que c’était "une apothéose sonore". Je ne sais pas ce que "apothéose" veut dire, mais ça doit être un mot compliqué pour dire que c’était chouette.
Après qu’on a fini d’écouter, Ced a dit que cet album, c’était "une œuvre majeure qui transcende les frontières du Black Metal". Moi, j’ai dit que c’était chouette, mais que ça manquait peut-être d’une chanson rigolote, comme Frère Jacques version Black Metal. Ced a encore levé les yeux au ciel, son truc préféré, et m’a traité de "sacrilège ambulant". Puis j’ai répondu que ça m’avait donné faim et que j’allais transcender un sandwich au jambon. En plus grâce à tout ça, j’ai révisé mes chiffres en latin, je suis nul en latin.
Bref, si vous préférez les trucs sérieux à un récit débile, et surtout les guitares qui font beaucoup de bruit, allez écouter Patriarkh. Et si vous n’aimez pas, eh bien, écoutez quand même, parce que ça impressionnera vos copains et surtout vos copines.
Amies lectrices, et amis lecteurs, veuillez m’excuser d’avoir écorné le Petit Nicolas, ce souvenir d’enfance si ravissant. Veuillez également me pardonner d’avoir traité ce sujet sous le prisme de l’humour espiègle, car ce "nouveau groupe" polonais bâti tout récemment sur les cendres de Batushka méritera toute votre attention, car il véhicule maintenant une plus grande richesse de compositions, un travail plus recherché sur les voix ... Vous comprendrez aisément mes travers, car Fan de Black Metal, sans doute sommes-nous pour toujours restés des enfants. Ils ont raison certains grands, l’enfance représente ce qu’il y a de plus précieux, on l’oublie trop souvent.