Phénomène de la pop-culture du XXIème siècle, Linkin Park connaît une trajectoire sincèrement surprenante pour qui les suit de loin. Fondé en 1996 en Californie par Mike Shinoda, Rob Bourdon et Brad Delson, trois vieux amis. Alors dans une quête de renouveau, ils décident de recruter de nouveaux membres, formant ainsi le groupe Xero. Cependant, cette aventure ne rencontre pas le succès escompté. C’est alors qu’ils font la rencontre de Chester Bennington, qui deviendra rapidement un pilier du groupe. Ce nouveau départ entraîne un changement de nom. Initialement, ils envisagent le nom Hybrid Theory (qui sera recyclé en nom d’album), avant de choisir une référence à Lincoln Park à Santa Monica. Ils optent d’abord pour Lincoln Park, mais finissent par adopter l’orthographe Linkin Park. Leur premier album, Hybrid Theory, sorti en 2000, est un véritable succès et est reconnu aux Grammy Awards, où il remporte le prix de la meilleure révélation de l’année et celui de la meilleure chanson hard rock pour le titre Crawling. Ce succès n’est que le début d’une carrière fulgurante avec des millions d’albums vendus, des participations prestigieuses à des blockbusters américains (Miami Vice), Linkin Park est devenu juste énorme.
Bien sûr chacun sait que le 20 juillet 2017, la tragédie a frappé le groupe avec un Chester Bennington mettant fin à ses jours. Ce drame qui a profondément marqué (à rapprocher de l’impact du même geste d’un Kurt Cobain en 1994) ne doit pas occulter que la carrière du groupe avait évolué vers un rock alternatif qui ne faisait pas l’unanimité. Le public, resté massif, continuait de suivre le groupe mais soyons honnêtes, ce sont les vieux titres que le public venait chercher. Ce Living Things sera d’ailleurs certifié disque d’or preuve de ce succès en dépit d’un disque qui n’a pas laissé grand souvenir. Linkin Park enchainait alors les disques avec la promesse de sortir un album tous les dix-huit mois mais le souffle n’y était plus. Pourtant, ce Living Things présente un subtil mélange entre les voix et les instrumentations, offrant une dynamique caractéristique des précédents projets du groupe. Il allie tendresse et intensité, des qualités propres à Chester. Le mélange électro-rock est ici bien intégré. Linkin Park parvient ainsi à introduire le rock et le rock alternatif d’une manière qui peut séduire même ceux qui ne sont pas de grands fans, tout en incorporant des éléments de rap qui attirent également les amateurs de ce genre. Le disque contient quelques hits, le stratosphérique refrain de Burn It Down mais d’autres pistes captent l’intérêt. Bon toujours ce chant rappé qui peut braquer mais il reste léger sur cette galette. On retrouve cette phénoménale accroche vocale propre à Chester et cette voix, juste démente, iconique et ici parfaitement utilisée.
On se souvient d’un groupe entre deux eaux, souhaitant assumer son évolution et délaissant de fait les super tubes des débuts, mais pour un résultat bancal avec en point d’orgue ce concert en tête d’affiche du Hellfest qui laissa perplexe une assistance réclamant les hymnes du groupe (et Dieu sait qu’il y en a). La suite, on la connaît, le recrutement d’Emily, le succès fulgurant rencontré par ce come-back, les stades complets, le Hellfest en tête d’affiche (avec un show en forme de rédemption), un parcours assumé dans sa globalité et notamment ces deux premiers disques références. Hyper respectueux de l’héritage Chester, le groupe a choisi de ne plus interpréter le titre One More Light, trop lourd émotionnellement. Recentré autour d’un Mike Shinoda remobilisé et d’une Emily impeccable sur le poste, Linkin Park a repris son incroyable place au firmament de la scène rock / metal. Reste ces disques entre 2010 – 2017, décriés et limite un peu reniés des fans mais qui présentent un Linkin Park un peu différent, éloigné de l’usine à tubes des débuts. Un LP sympathique, sans doute un peu perdu cherchant le bon équilibre mais avec un savoir-faire certain. Et l’éternelle voix de Chester Bennington, martyr adulé de la scène rock à la voix tellement émotionnelle.
Quelque peu désappointé par la chronique ci-dessus, le Diable Bleu a souhaité proposer un droit de réponse. Vous le trouverez ci-dessous (dans son style inimitable)
Chronique judiciaire rock’n’roll intégrale Prologue – Une atmosphère électrique
Salle 666 du Tribunal Suprême du Rock, bâtisse gothique posée entre un magasin Gibert et un vieux cinéma de quartier. Sur les murs : des vinyles de Slayerencadrés et des guitares sacrées. La salle est comble, surchauffée. La séance est publique, elle se compose : d’1/3 métalleux en perfecto et cornes levées ; d’1/3 fans de Linkin Park avec des posters Hybrid Theory roulés sous le bras ; d’1/3 chroniqueurs du webzine, déjà prêts à live-tweeter la catastrophe.
Au fond traîne le Grand Ordonnateur, vaguement emmitouflé comme s’il voulait se soustraire à la vue des différents acteurs de ce qui allait se passer. C’est réussi personne ne le reconnait. Encore plus au fond, on perçoit une présence indicible ... évaporée.
L’ordre est à peine maintenu par un huissier type réceptionniste de slamer dans une fosse de folk Metal. Il faut reconnaitre que l’assemblée est très dissipée.
Au centre : le prévenu. Ced, le chroniqueur des APdM, stakhanoviste de la chose Metal, passionné de GMA comme peu de fans (Grosse Musique Assourdissante), au nez affuté (enfin plutôt l’oreille) et au jugement toujours bien senti, chemise repassée pour l’occasion mais auréolé d’une légère sueur, dont on subodore l’âpreté des émanations.
Acte I – L’Ouverture du procès et l’accusation
L’Huissier (un sosie de Rob Halforden cuir) : « Silence ! La Cour ! Le prévenu Ced est appelé à comparaître pour crime contre Rock et outrage à Living Things desLinkin Park. »
Le Juge, Jugulator, s’asseyant prestement et attaquant avec détermination la lecture du réquisitoire : « Nous sommes réunis pour juger Ced, chroniqueur bosseur, talentueux et estimé de tous, mais aujourd’hui accusé d’un crime musical majeur"
“Avoir qualifié Living Things d’album sympathique mais sans souvenir impérissable. Dois je préciser que le mot sympathique résonne comme une insulte dans cette enceinte sacrée."
Le public chauffé à blanc, se cabre en lâchant un OOOh sourd et tempétueux. "Ced, comment plaidez-vous ? »
Ced (visiblement très touché par le réquisitoire) : « Euh… votre Honneur… je… je crois que… quelqu’un a tripoté mes notes à mon insu ! Peut-être un gars de l’équipe des APdM … C’est juste une erreur, embarrassante j’en conviens ! »
La salle pouffe ou plus exactement riffougne (rire sans bruit avec les épaules, du verbe montagnard riffougner, premier groupe). Le Juge jette son bras pour invoquer un silence immédiat.
L’huissier "cuiré", clouté, lance l’ouverture des débats contradictoire.
Acte II – Le réquisitoire
L’Avocat de la Défense (le Diable Bleu, robe noire et t-shirt Hybrid Theory), avance d’une manière théâtrale et hautaine, le sale type est toujours prompt à enfoncer quiconque se trouvant en position inconfortable : « Votre Honneur Jugulator, honorables membres du jury, Living Things n’est pas un album “sympathique”. C’est un missile rock-électro qui a mis le monde à genoux en 2012. Je dépose à vos pieds les preuves à conviction : 500 millions de vues pour Castle of Glass. Les Stones peuvent encore chercher le bouton YouTube. Des hits imparables : Lost in the Echo, Burn It Down, Powerless. Même votre grille-pain les connaît. Victimized, uppercut punk qui ferait passer Slayer pour un love boys band Une diversité sonore qui fait passer Devin Townsendpour un gars un peu monomaniaque.
Et pendant ce temps, notre vénérable Ced s’est contenté de le qualifier de “sympathique”… SYMPATHIQUE ! »
Juge Jugulator, solennel, gratte un Mi majeur : « Ced, plaidez-vous coupable ou non coupable ? »
Ced (voix tremblante) : « Votre honneur… je… je ... naturellement, je plaide coupable, j’ai même déjà modifié ma chronique dans ce sens »
Un énième OOoh provenant du public retentit à nouveau. Même le buste holographique de Freddie Mercury soupire.
Le Diable Bleu se lève, robe noire et t-shirt Meteora (le JeanMic’Hell se demande comment il a pu se changer sans être vu..). Son pupitre est décoré de médiators et de stickers de Living Things. La salle retient son souffle.
Acte III – Témoins de la Défense
Témoin n°1 – Corpsegrinder (Cannibal Corpse) Nuque comme un tronc d’arbre, voix de caverne : « Je n’écoute que du Death. Mais Victimized me fait sauter sur place. A chaque fois, ma voisine croit qu’un tremblement de terre a lieu. »
Témoin n°2 – Abbath (Immortal) En corpse paint, entre en glissant sur le parquet. « J’étais en Norvège, sur un fjord. J’ai entendu Castle of Glass. Mes larmes ont gelé. Mes saumons ont applaudi en sautant de l’eau. »
Témoin n°3 – Lemmy, apparition holographique Chapeau, Jack Daniels éthéré : « Dans mon bar céleste, Burn It Down est sur la jukebox. Même Hendrix demande le volume à 11. »
Le jury a les yeux humides. Ced bafouille.
Acte IV – Plaidoirie finale
L’avocat général, le Grand Pédagogue, qui n’avait pas été encore remarqué, affichant son éternel regard narquois, s’approcha de son micro comme Teddy Riner savourant déjà victoire devant sa nouvelle proie. Ce Grand Pédagogue, mais si vous le connaissez bien, armé de son inséparable stylo rouge, il décime des hordes de chroniqueurs. Pas vraiment rigolo le type, mais indispensable au fonctionnement des APdM. Il lui apporte la touche indispensable en matière de probité, de cohérence...
« Mesdames et messieurs les jurés, Ced n’a pas simplement sous-estimé un album. Il a ignoré une part de l’histoire de Linkin Park, l’un de leurs sommets hybrides, l’instant où électro et rage nu Metal se sont mariés sous un tonnerre d’émotions.
Nous ne cherchons pas la vengeance. Nous demandons la rédemption. Et cette rédemption devra passer par une peine exemplaire. »
Acte V – Verdict et Travaux d’Intérêt Rock’n’Roll Général (TIRG)
Juge Jugulator : "Au regard de votre connivence avec le jury spécial composé de nombreux camarades partiales des APdm, je renie celui-ci et je prendrai l’entièreté du verdict à ma charge."
« Ced, je vous déclare coupable de crime musical de niveau 444 sur l’échelle du Hellfest qui en comporte 666. Vous êtes condamné à 666 heures de TIRG, pour :
Réécrire votre chronique en rimes Shadok pour la lire sur Twitch déguisé en Pikachu Metal. Polir à la main les cymbales de Lars Ulrich sous ses soupirs ; Accorder la basse de Fieldy (Korn) avec des moufles ; Rejouer la chorégraphie de Castle of Glass en tutu devant tout le webzine, Distribuer des bières au Motocultor en récitant Roads Untraveled en yaourt islandais.
La procès est levé ! La sentence immédiate et irrévocable »
Épilogue :
A l’annonce du jugement, ce grand c.n de Diable Bleu jubile, se sentant fort comme tous ceux ayant connu justice, se rapprocha du Ced pour une poignée de main, scellant ainsi dans le béton le traditionnel "sans rancune". Montant encore de deux clics sur l’échelle de l’orgueil, il rajouta : " Sentence est donnée, pourtant, je te conseille de surveiller à tout jamais tes mollets, une Louve rancunière pourrait bien les chopper un jour."
Le Kabet rendu triste (ce fut la première fois qu’on le vît ainsi) par ce grand déballage, retrouva sa grande pélisse noire des Witch Club Satan pour s’y emmitoufler jusqu’aux oreilles.
Le Grand Ordonnateur demeura le seul spectateur à ressentir ce jugement comme une tragédie. Ces chères APdM auront vécu un déchirement jamais connu entre deux chroniqueurs, détruit à titre personnel par cette sale affaire, il ne tardera pas à se retirer rapidement dans son centre de repos.
Alors que Ced est emmené par trois videurs de fosse, vers sa peine rock’n’roll, un souffle traverse la salle. Chester Bennington, spectre vaporeux, apparaît un instant, observant la salle avec bienveillance, voyant l’album lavé de tout soupçon, il esquisse un sourire. Living Things peut vivre en paix.
Ps (long) : Naturellement, il n’était pas question de jeter notre camarade et ami Ced en pâture. Le gars est bosseur, brillant, passionné, modeste et mérite donc toute notre gratitude pour son job au sein de nos chères APdM. Aujourd’hui, on lui accordera en plus le droit de se tromper et surtout le droit d’avoir une critique divergente. Ce procès stupide, qui j’espère sera ressenti avec humour par nos lectrices et lecteurs, n’est qu’une divagation de plus de mon imagination débordante. Je me dois de préciser que je ne suis pas fan du groupe Linkin Park, et que je n’aime pas leurs compositions quand elles ressemblent à du Linkin Park ( à deux ou trois exceptions...). Je ne parlerai donc pas des Linkin Park avant ce Living Things, et peu de ce qui a pu se passer ensuite.
Pourtant l’ouverture sur l’avenir du groupe en revanche demeure incontournable, surtout depuis l’arrivée de la sublime chanteuse Emily qui possède une voix dingue et qui interprète pleinement les œuvres du groupe. J’ai fouillé sur un site spécialisé le nombre de vues, 2 hits de Living Things se situent dans les 10 hits les plus regardés du groupe, 2 autres dans les 20. Plus de 500 Millions de vue pour les deux premiers... combien de groupe de rock ont ils réussi de telles performances, après 12 années de carrière ?
De plus, dans sa chronique, notre camarade Ced parle de rock alternatif, pourtant quand on fouille sur Internet, on trouve tout et même n’importe quoi : rock, rock alternatif, nu Metal, rap rock, Metal alternatif, rock électronique, pop rock etc... il s’agit bien plus que d’un vague rock alternatif. et personne finalement ne trouve la bonne formule.
Pour finaliser cette contre-chronique sur des notes de musique, car il n’y a que cela qui compte heureusement... Voici mes morceaux préférés, dont certains sont des chefs d’œuvres absolus, inscrits au panthéon du rock : 1 Skin To Bone 2 Roads Untraveled 3 Castle Of Glass 4 In My Remains 5 Lost In The Echo 6 Powerless 7 le plus métal de tous les morceaux du groupe Victimized 8 I’ll Be Gone.
Bref, il n’y a rien à jeter, sauf pour les haineux du rap (dont je fais parti), la piste Lies Greed Misery... Un album majuscule donc, à la production rock de bon goût, pétrit de qualité hors normes, de variétés et de hits. Dois-je encore préciser que l’album fraichement sorti avec la sublime Emily ne possède que deux hits, dont le stratosphérique The Emptiness Machine ?