Groupe américain référent, héritier naturel d’un Pantera dont la fin tragique ne peut que laisser de l’amertume, Lamb Of God nous revient, quatre années après un Omens mécaniquement parasité par la crise sanitaire qui paraît si lointaine. Valeur sûre live avec des prestations impressionnantes de solidité, il ne me paraît guère abusif de dire que le groupe n’a pas l’aura chez nous qu’il a dans son pays. L’expression « Nul n’est prophète en son pays » ne prévaut pas ici ce qui est gentiment ironique quand on sait le groupe profondément attaché aux valeurs chrétiennes. Lamb Of God est un groupe étonnant dans le spectre américain car là où Pantera incarnait une décadence toute 90’s (mais plus véritablement 80’s matrice profonde des musiciens de Pantera venue via le Hair Metal rappelons-le), Lamb Of God incarne un retour du sentiment Religieux. Nous savons bien que l’Art dit toujours quelque chose de son Epoque, les trajectoires de ces deux groupes, assez cohérentes sur le plan culturel, en dit long sur ces dernières.
Lamb Of God a un réel vécu, a encaissé de sacrées galères dont ce dramatique accident vécu lors d’un concert à Prague. Le groupe a donc pas mal de choses à dire sur l’état du monde et se retrouve même à assumer un rôle majeur dans la Contre-culture américaine, puissante on le sait, intéressante et plus que jamais contrainte de rappeler que l’Amérique, c’est tellement plus que le désastre proposé par ses Elites (qui ne date pas d’hier, quoiqu’on en dise). C’est un peu paradoxal car le groupe nous vient de Richmond en Virginie, terre historique du mouvement ségrégationniste. Derrière des allures un peu redneck, les musiciens portent des messages forts, ouvertement progressistes, nécessaires même si parfois un peu « attendus ». Il est fondamental qu’une certaine Amérique s’exprime face aux événements (délirants) de notre époque, cela a quelque chose de rassurant. Le premier single a pour thème le délitement du lien social, problématique dramatique outre-Atlantique dont on se demande comment parvenir à remettre dans un pays semblant parfois au bord de la Guerre Civile. Ce qui nous semble une conséquence dramatique d’un individualisme forcené.
Délaissons ces quelques considérations pour nous intéresser à notre cœur de métier ici, à savoir la musique. Le lecteur me pardonnera, je l’espère, cette digression, mais le groupe ne se cachant pas de ses opinions, je n’ai pas eu la sensation d’être hors-sujet. Nouvel album donc, le douzième depuis le premier Burn The Priest paru en 1999. Produit par Josh Wilbur, un proche du groupe, enregistré sur leur terre originelle, Lamb Of God offre ici un disque 100% certifié Lamb Of God. Une sortie fan-service donc avec les qualités et défauts associés : une absence totale de surprises mais une fan base bien dans ses chaussons. L’efficacité est là, le groupe est sacrément belliqueux et on sent que le binôme Mark Morton (guitare) – Randy Blythe (chant) en a encore sous le capot. C’est encore sacrément solide et ça fera des ravages en live. Bonne nouvelle, le groupe est d’ores-et-déjà annoncé sur quelques Fests. Et le groupe va probablement repartir distribuer mandales sur mandales, immense savoir-faire du combo qui n’a jamais déçu. Proposant ces riffs groovy qui ont cette si chouette dynamique, le groupe en a aussi sous le capot (Parasocial Christ et son démarrage pied au plancher). Le savoir-faire reste réel et puis cette voix, puissante, précise. Et ça tricote bien, les guitares se font plaisir de même que la basse qui ronfle sévère (St. Catherine’s Wheel, l’intro de Sepsis grasse à souhait pour un titre dont le refrain peut faire penser au Shove It de Deftones). La semi-ballade El Vacio prouve que le groupe rappelle que le groupe sait varier son propos. Je ne reviens pas sur la prod si ce n’est à dire qu’elle est impressionnante de clarté et de puissance.
Aucune surprise donc, un bon disque d’un groupe disposant d’un excellent savoir-faire. Une formation passionnante par ce qu’elle représente, une Amérique dite redneck loin des clichés et même une Amérique qui retrouve ses fondamentaux et son âme. Quand le système de Représentation s’effondre et offre un spectacle chaque jour plus désespérant / consternant, la « base » se ressaisit. Lamb Of God au-delà d’être un groupe de grande qualité est aussi un collectif humain rassurant, absolument nécessaire en ces Heures Troublées où l’Occident semble faire face à sa Destinée.