Artiste/Groupe:

Jason Bieler And The Baron Von Bielski Orchestra

CD:

The Escapologist

Date de sortie:

Février 2025

Label:

Indépendant

Style:

Hard rock éclectique

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

16.5/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Le baron foufou est de retour ! Derrière un nom à rallonge laissant penser que vous avez affaire à un collectif surpeuplé de musiciens se cache surtout un homme et sa vision : le talentueux Jason Bieler (pas si célèbre que cela chez nous, malheureusement), guitariste, chanteur, compositeur, producteur que certains d’entre vous connaissent peut-être pour son passage éclair chez Talisman (à leurs débuts), son groupe Saigon Kick, ses efforts solos ou ses concerts acoustiques et fun assez fréquents avec Jeff Scott Soto (aux Etats-Unis seulement, snif...). The Escapologist qui sort ce 21 février - de façon totalement indépendante (uniquement sur bandcamp pour le moment) - est le troisième album à paraître sous la bannière Jason Bieler And The Baron Von Bielski Orchestra. Comme précédemment, on retrouve quelques acolytes ou guests (mais un peu moins cette fois-ci) comme le batteur Edu Cominato (fidèle partenaire de Soto également), le guitariste Andee Blacksugar (Blondie, KMFDM) et quelques autres copains passés par là (comme le bassiste Johan Niemann - ex-Therion, Evergrey - invité sur un morceau). Et le programme musical dans tout ça ? Du pur Jason Bieler, à savoir un savant mélange de hard, rock, pop, prog... bref, la formule riche "je fais un peu ce que je veux tant que ça sonne bien" habituelle, aux multiples saveurs et fameuses harmonies vocales tant affectionnées par son créateur.

Plus raisonnable en terme de contenu à ingérer, là où les deux albums précédents proposaient quinze pistes pour une durée approchant (pour le premier) ou dépassant (pour le second) l’heure, The Escapologist offre dix nouvelles chansons qui ne prendront pas plus de trois-quarts d’heure de votre temps. Personnellement, quand il s’agit de Bieler, j’aurais tendance à dire que plus il y en a, mieux c’est... mais je conçois tout à fait qu’objectivement, cela rend l’ensemble plus digeste. Dommage tout de même que le single fun Some People Call Me sorti (digitalement) il y a un an n’ait pas été ajouté à la tracklist comme d’autres parus avant ou après lui (IndustriousZombies & Black SwansNo Real Goodbyes et March Of The Vikonauts avaient tous numériquement vu le jour entre 2023 et 2024).

Dès les premières secondes de la chanson Industrious, on retrouve nos repères : superposition de pistes vocales pour un démarrage a cappella avec une cadence particulière, pas si commune, une vache (ou une guitare imitant une vache) mugit... et voilà que déboule un gros riff bien heavy comme Bieler sait en pondre depuis le début de sa carrière. Voilà comment s’accaparer l’attention de l’auditeur d’entrée de jeu. C’est entraînant (la mélodie est catchy) et intriguant à la fois. La frappe de Cominato est impeccable, le morceau est court, efficace et constitue une entrée en matière réussie... et l’essai est transformé avec Savior, une piste plus aventureuse sur laquelle Jason et ses potes lâchent les chevaux en nous embarquant dans une sorte de carnaval déjanté. Rythme tribal (Cominato s’éclate et nous régale encore plus sur cette piste), cuivres, chœurs... Bieler nous avait déjà fait le coup de la compo menée par des percussions exotiques avec Saigon Kick dans les années 90 (Close To You, Eden ou, dans une moindre mesure, Russian Girl), il remet ça ici dans une version plus barrée et dansante. On le comprend avec la troisième chanson, The Escapologist ne va pas être un disque facile à résumer. Cela n’est pas très surprenant de la part de son auteur, on a un peu l’habitude maintenant. Le mot clé qui permet de définir en partie cet objet serait sans doute "contraste". Après un début heavy et un second morceau plus samba, Stars Collide nous fait voyager en terre pop, avec guitare pas trop menaçante, du clavier bien présent, et pourrait passer à la radio sans que cela ne choque personne (la mélodie du pré-refrain me rappelle I’ll be There For You de The Rembrandts, oui, le générique de la série Friends)... Et bien sûr, Violent Creatures qui suit part dans une autre direction avec un riff beaucoup plus rock, une batterie moins aérienne et des mélodies envoûtantes mais moins sucrées. 

L’amour de Bieler pour une musique bigarrée qui évoque aussi bien Devin Towsend que David Bowie ou les Beatles est donc intact. Et avec Hollow, le Baron nous rappelle qu’il sait aussi écrire de belles ballades. La guitare est en sourdine, ce sont le piano et la voix de Bieler qui prennent le lead... mélancolie (le thème n’est pas des plus joyeux) et mélodie qui s’incrustent dans la tête sont de la partie, c’est un hit. Et c’est sympa d’entendre un peu la voix de Jason "seule", comprenez par là qu’il laisse momentanément (sur les couplets) de côté son goût pour les harmonies vocales, pas de multipistes ici (enfin ça le reprend quand même en cours de route, il ne peut pas s’en empêcher... il a dû trop écouter les Beatles dans sa jeunesse). Retour au rock hyper accrocheur avec Zombies & Black Swans (on tient là l’un des meilleurs refrains de la galette) avec, là aussi, un chant plus "sobre" (avec une seule piste vocale) sur le couplet... Il y aura encore de la pop légère et nostalgique avec Space Debris, une compo planante et hypnotique (Sacred Cow) qui vous donnera l’impression d’être l’astronaute de la pochette et un superbe final incarné par March Of The Vikonauts, un dernier trésor mélodique, épique, avec des guitares plus tranchantes et une batterie plus pesante. Je ne vous ai pas tout dit et c’est tant mieux. Vous découvrirez d’autres choses par vous-mêmes, comme des grands. 

Trois albums en quatre ans, Jason Bieler s’est montré productif et ne semble pas à cours d’inspiration. Je n’aime pas chaque morceau avec la même intensité mais aucun ne me semble médiocre. The Escapologist confirme le talent de composition hors-pair du monsieur... et sa fraîcheur fait un bien fou. Vous êtes ouvert d’esprit, appréciez le (hard) rock au sens large, voulez de la mélodie accrocheuse, des surprises, du contraste, de l’évasion, de la richesse et de la complexité qui, malgré tout, n’empêchent pas la musique de rester extrêmement abordable ? Penchez-vous donc sur ce disque, une invitation au voyage qui pourrait bien embellir (au minimum) votre année. 
 

Tracklist de The Escapologist :

01. Industrious
02. Savior
03. Stars Collide
04. Violent Creatures
05. Hollow
06. Zombies & Black Swans
07. No Real Goodbyes
08. Space Debris
09. Sacred Cow
10. March Of The Vikonauts

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !