Quasiment trois ans après un Force Majeure qui célébrait le retour du chanteur Kenny Leckremo au bercail (après le départ d’Erik Grönwall pour Skid Row), H.E.A.T. revient avec un nouvel album, son huitième, intitulé Welcome To The Future. Un titre à ne pas prendre au premier degré... parce que bon, ça n’est pas pour dire du mal (car - spoiler - j’aime ce groupe et ce disque) mais on ne peut décemment pas dire de cet opus qu’il représente le futur du hard rock. Il perpétue le style hard FM classique (avec production moderne soit... mais je n’irai pas jusqu’à la qualifier de futuriste non plus) arboré par les Suédois depuis leurs débuts et fleure plus que jamais les eighties.
La formule est globalement la même que précédemment... avec, cependant, un zeste d’efficacité supplémentaire, il me semble. Force Majeure, malgré d’indéniables qualités, n’arrivait pas tout à fait à la hauteur des meilleures réalisations du groupe (chacun ses goûts mais, en ce qui me concerne, j’ai une préférence marquée pour Tearing Down The Walls et II). Il avait son lot de hits, un chanteur énergique et motivé et avait le mérite de remettre le groupe sur de bons rails après la défection de Grönwall... mais il présentait également quelques compos qui faisaient redescendre la pression. Ce cru 2025 semble s’être donné pour but d’aligner les hits avec fougue et brio de la première à la dernière piste.
Disaster donne le ton d’emblée avec un synthé à la limite de la légalité (qui contredit immédiatement le titre donné à la galette) suivi d’un riff musclé et d’une section rythmique hyper entraînante. Le morceau est énergique et ça fait plaisir de constater que, bien qu’il s’agisse d’AOR, un petit côté heavy se dégage de l’ensemble (surtout grâce à la guitare vigoureuse de Dave Dalone et la batterie bien remontée de Don Crash). Entêtant, direct, carré... ça commence bien. Et juste derrière arrive Bad Time For Love, un rock mid-tempo hyper efficace (attention, refrain imparable) qui devrait parler aux fans du Europe de la deuxième moitié des 80s. Rien de nouveau sous le soleil, certes, mais la recette est tellement maîtrisée (et ces mélodies FM typiques, détentrices du fameux savoir-faire suédois, si enjôleuses) qu’on ne peut que s’incliner.
Ne vous attendez pas à une baisse de qualité avec le titre suivant, Running To You, avec son riff impeccable, ses chœurs fédérateurs (Wo hoho hohoho)... La compo est galvanisante et résolument feel good. Certaines caractéristiques peuvent faire sourire, ce style musical a toujours quelque chose d’un peu trop jovial et propose des sonorités que certains n’hésiteront pas à qualifier de datées ou kitsch... mais H.E.A.T. emporte l’adhésion en ne faisant justement pas dans la demi-mesure. Le son est gonflé à bloc, le dynamisme et l’enthousiasme sont palpables et les mélodies sont énormes. En peu de mots : c’est généreux et rassasiant. Et Leckremo se donne avec une telle conviction qu’il est difficile de se retenir de chanter avec lui.
On sent donc le groupe remonté à bloc, prêt à tout faire pour vous faire taper du pied, lever le poing et chanter à gorge déployée... Jusqu’à l’excès ? Peut-être parfois (le démarrage riche en glucides de Call My Name, le thème principal guitare/clavier de The End un poil trop festif à mon goût, l’intro de Paradise Lost, épique à souhait, avec des claviers qui feraient presque passer ce morceau pour un titre d’Avantasia - groupe dans lequel Leckremo a d’ailleurs récemment donné de la voix - genre Sign Of The Cross) mais la vigueur et le fun finissent par l’emporter. Il ne faut pas non plus sous-estimer un certain talent d’écriture... les morceaux sont vraiment hyper bien fichus et quand bien même on serait parfois tenté de trouver que certains passages sont un peu "abusés", il est fort difficile de résister face au tonus mis en avant. En plus, cette fois-ci, pas de ballade à déplorer ni de morceau faiblard, le niveau reste le même tout du long... et l’album passe vite avec ses douze pistes contenues en à peine quarante-trois minutes.
Fun, bourré d’hymnes rock aux refrains testostéronés (Rock Bottom, Tear It Down qui me fait penser à une relecture FM du morceau Headless Cross de Black Sabbath) ou carrément épiques (Children Of The Storm, Paradise Lost...), Welcome To The Future ne ménage pas sa peine pour vous entraîner dans un tourbillon Hard FM irrésistible qui se pose là quand il s’agit d’évoquer la bande-son de l’été à venir... à écouter sur les routes, le vent dans les cheveux ! Oui, des expressions anglaises comme "too much" ou "over the top" viennent à l’esprit, la carte de la nostalgie est jouée sans retenue, le cocktail est sucré mais tout de même rafraichissant et le sourire qui refuse de disparaître de notre visage a, de toute façon, déjà trahi le plaisir procuré par l’expérience. Bravo les gars, bien joué ! Et vu cette brochette de tubes taillés pour la scène, vivement les prochains concerts !
Tracklist de Welcome To The Future :
01. Disaster 02. Bad Time For Love 03. Running To You 04. Call My Name 05. In Disguise 06. The End 07. Rock Bottom 08. Children Of The Storm 09. Losing Game 10. Paradise Lost 11. Tear It Down (R.N.N.R.) 12. We Will Not Forget