Artiste/Groupe:

Eldritch

CD:

Innervoid

Date de sortie:

Novembre 2023

Label:

Scarlet Records

Style:

Metal Progressif

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

15/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Eldritch, épisode 13 : le temps du changement. En effet, si le groupe a connu de nombreuses modifications de line-up depuis sa naissance (au beau milieu des 90’s), il y avait jusque-là une base inamovible constituée de deux membres fondateurs : le guitariste Eugene Simone et le chanteur Terrence Holler. Et là, pour la première fois depuis vingt-huit ans d’existence discographique, c’est un autre vocaliste - nommé Alex Jarusso - que l’on trouve derrière le micro. Un changement de chanteur, ça n’est pas rien, ça peut même être très risqué... surtout quand celui-ci, est présent depuis les débuts d’une formation, qu’il a un style assez particulier, pour le moins personnel (et c’est clairement le cas de Holler) et qu’il prend part à l’écriture... L’identité du groupe peut en prendre un (sacré) coup. Alors ? 

Quand le premier single, Elegy Of Lust, est apparu, ma réaction fut d’abord mitigée. La compo et le nouveau vocaliste assurent. Je trouve la voix de Jarusso plus agréable que celle de Holler, le timbre est beau, ça ne manque pas de puissance, le registre est étendu... bref, on dirait bien qu’Eldritch a trouvé un frontman capable de l’emmener plus loin que son prédécesseur (je connais des gens qui avaient du mal avec Holler, là, ça devrait nettement mieux passer). Mais en même temps, je me dis que le groupe a perdu un peu de sa singularité (cela est peut-être également accentué par l’aspect particulièrement catchy du single). Eldritch ne se fondrait-il pas un peu plus dans la masse (toute relative) des groupes de powerprog européens ? En fait non, pas tant que ça. Il suffit d’écouter l’album dans son intégralité pour s’en rendre compte.

Parce qu’Eldritch, c’est quand même aussi (surtout ?) la guitare volubile d’Eugene Simone avec ses riffs puissants et modernes influencés par le thrash... ainsi que les claviers aisément reconnaissables d’Oleg Smirnoff (claviériste des trois premiers albums, récemment revenu au bercail). D’ailleurs, dès l’intro qui porte le nom de l’album, on reconnait la patte du groupe (malgré la présence de chœurs, chose inédite chez eux, il me semble) grâce à l’ambiance électro de Smirnoff qui nous renvoie directement à l’ère El Nino (1998). Puis les Italiens sortent l’artillerie lourde avec Handful Of Sand et son gros riff thrashy. Ça syncope comme il faut, ça s’alambique un peu, on retrouve l’ambiance bien sombre chère au groupe mais également des envolées plus lumineuses, tout cela servi avec une bonne dose d’énergie. Born On Cold Ash enfonce le clou avec son démarrage virtuose (que ne renierait pas le guitariste Jeff Loomis à l’époque où il officiait chez Nevermore) et sa rythmique implacable qui écrase tout sur son passage. Concise et directe, cette compo marque des points, notamment grâce à un refrain bien efficace et mémorable. S’en suit la moins bastonnante Elegy Of Lust (plus mélodique, avec un refrain épique) déjà évoquée. Démarrage convaincant. Et on a la confirmation que Jarusso est bien à sa place. Il est un peu plus "passe-partout" que son prédécesseur mais sa voix est belle, puissante et maîtrisée.

La suite continue de dérouler les éléments propres à un album d’Eldritch, avec ce mix de riffs torturés, mélodies et ambiances parfois plus popisantes (From The Scars), section rythmique qui déboite, claviers très présents, gros son... C’est un peu dense, pas hyper facile à assimiler/digérer sur la longueur et demandera plusieurs écoutes avant d’être apprivoisé (même si quelques compos se montrent plus immédiatement convaincantes... comme Black Bedlam et son super refrain). L’ensemble est bien vigoureux, Eldritch n’a pas ramolli avec les années. Même si tout n’est pas forcément parfait (ou ne conviendra pas nécessairement à tout le monde), la fougue est là, on reconnait bien la signature de Simone à la guitare (il est assez peu cité alors que c’est un sacré gratteux qui mériterait d’être plus reconnu, c’est en tout cas mon opinion) et l’écriture me semble globalement plus convaincante et percutante que sur EOS, le cru précédent. Les mélodies sont souvent plus accrocheuses et l’on retrouve un peu de ce qui faisait la force de disques comme Headquake ou El Nino... même s’il arrive encore qu’une piste ou deux passent sans qu’on ait bien retenu ce qui s’y passait (au moment du refrain, notamment). Jarusso sort le grand jeu sur la ballade Wings Of Emptiness qui s’écoute (sans me bouleverser)... Belle prestation, vraiment. Il a parfois un côté Ronnie Romero (en moins éraillé) dans son intensité ou sa théâtralité. Je ne suis tout de même pas fou de cette compo et lui préfère donc la plus heavy (mais tout de même mélodique) Black Bedlam ou la conclusion speedée Forgotten Disciple qui ramène avec elle une bonne quantité de muscles (les influences thrash technique battent leur plein). 

Au final, Innervoid sonne bien comme du Eldritch, dark et musclé, entre power progressif et thrash moderne, avec un peu plus de mélodies aguicheuses qu’à l’accoutumée et un gros son massif, compressé à bloc... qui peut être un peu fatigant à la longue. Heureusement que le groupe s’est contenté de proposer un menu de dix pistes qui ne s’étend pas au-delà de quarante-neuf minutes. Une partie de l’identité du groupe s’est fait la malle avec le départ de Holler mais le reste de la formation fait son maximum pour préserver la touche Eldritch et Jarusso est un très bon remplaçant qui pourrait bien amener de nouveaux fans aux Italiens. C’est tout le mal qu’on leur souhaite. Innervoid n’est peut-être pas le meilleur opus de ses géniteurs mais il me semble plus réussi qu’une bonne partie de leur discographie. Je le trouve en tout cas un petit cran au-dessus de pas mal de leurs albums récents. 

Tracklist de Innervoid :

01. Innervoid
02. Handful Of Sand (Right Or Wrong)
03. Born On Cold Ash
04. Elegy Of Lust
05. To The End
06. Wings Of Emptiness
07. From The Scars
08. Lost Days In Winter
09. Black Bedlam
10. Forgotten Disciple

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !