S’il y a bien un album que je ne pensais jamais voir venir, c’était bien celui-là (et le prochain de Coroner, comme quoi, tout arrive). Alors ok, ça ne sort pas de nulle part. En effet, ça fait déjà quelques années qu’un retour du Alice Cooper Group original se profile gentiment à l’horizon : déjà sur l’album Welcome 2 My Nightmare puis sur Paranormal, on avait eu droit à deux titres composés et joués par les gaillards. Sans parler de ce petit Live From The Astroturf, qui voyait les quatre copains jouer ensemble devant quelques chanceux. Mais vu tout le bien que pensait Alice de son groupe de scène de ces dernières années, jusqu’à leur laisser composer l’album précédent, bien malin était celui qui aurait pu prévoir cette nouvelle sortie.
Parce que oui, chers amis, cinquante-deux (!) ans après Muscle of Love, le Alice Cooper Group se reforme et sort un nouvel album, avec treize compos originales et une reprise des Yardbirds. En effet, nos bons vieux Michael Bruce, Dennis Dunaway et Neal Smith rejoignent le grand Alice. Le cinquième larron de la bande, Glen Buxton, étant décédé en 1997, c’est le glam-rockeur Gyasi Heus - dont il va falloir que je vous parle prochainement - qui vient s’occuper des lead guitars. Et tout cela, bien entendu, sous le patronage de l’inénarrable Bob Ezrin qui reprend son rôle légitime.
Oui mais était-ce vraiment une bonne idée ? Nos trois zicos n’ont pas fait grand chose depuis les années 70 et le grand Alice enchaîne les tournées et les albums qui tuent depuis des années... Vous avez vu la note : c’était même une excellente idée. Parce que ce Revenge, sous sa magnifique pochette de film d’horreur kitschouille, vous offre rien de moins que cinquante-cinq minutes de bon rock bien rétro pile comme on l’aime. Ni plus, ni moins.
Bob Ezrin oblige, le son est fabuleux. Au fil de mes chroniques des derniers Alice Cooper et autres Deep Purple, je ne cesse de couvrir son travail d’éloges, ce qui est tout à fait normal et mérité. Une fois de plus, il offre une prod tout simplement parfaite à nos joyeux lurons : un son classique mais pas passéiste, propre mais pas stérilisé, qui sonne 70’s mais pas vieillot. Un tour de force.
Et c’est même finalement une bonne synthèse de ce disque. Forcément, vu les goûts musicaux de nos musiciens - y compris ceux du jeune Gyasi, hein - l’album allait reprendre là où on avait laissé le groupe en 73. Avec un son un peu plus crincrin, l’on pourrait même faire croire à certains qu’il est sorti à cette époque. C’est sûr qu’avec des titres comme Inter Galactic Vagabond Blues ou Black Mamba, on a l’impression d’écouter des inédits de l’époque. Mais le groupe ne s’enterre pas, loin de là. Leur but n’est pas tant de faire comme à l’époque, mais bien de s’amuser en jouant ce qu’ils aiment ensemble.
C’est d’ailleurs là la grande force de l’album : il est fun. Attention, pas débile, juste fun. Pendant ces quatorze titres, on imagine bien le groupe en studio en train de se marrer et de faire les andouilles. Je ne saurais comment vous l’expliquer mais ça se sent. Franchement, quand vous écouter le super cool Kill The Flies (ces "ouuuuuuuh" et les "wap wap" pendant le refrain, quel bonheur), vous voyez presque tout le monde rigoler en regardant Alice se la jouer manoir hanté sur pattes. Et Money Screams, punaise, ça sent pas la fiesta, ça ? Souvenez-vous, sur l’album précédent, on avait ce titre "de bar" un peu marrant et très entraînant, le rigolo Big Boots. Eh bien dites-vous que cet album, c’est exactement comme ce titre, mais quatorze fois.
Si on retrouve du rock typique, Wild Ones par exemple, le groupe ne fait pas que ça. On a par exemple un Blood On The Sun un peu plus long, qui alterne passages lents et plus speedés (non, commencez pas à dire "ah, un peu prog", calmez-vous), un Famous Face plus sombre et flippant, un jazzy What A Syd ou une belle reprise des Yardbirds bien bluesy, sur laquelle Gyasi envoie un solo qui arrache le parquet et Alice nous régale à l’harmonica. Mais nos petits vieux, alors, ils s’en sortent comment ? Merveilleusement ! Si Smith en riant en interview, disant qu’à son âge c’était difficile d’être encore un monstre à la batterie, on est forcés de constater qu’il a encore une sacrée patate ! Et c’est le cas pour tout le monde, je n’ai aucune critique à leur faire. Ca joue bien, ça compose bien, c’est du très bon. En bonus, sachez que le regretté Buxton apparait également sur l’album puisque le groupe a utilisé une petite ligne de gratte de ses archives pour agrémenter la fort cool What Happened To You. Quant à Alice, pourquoi m’embêter à développer, vous savez qu’il est toujours l’un des meilleurs du circuit malgré son âge : sa voix, que dis-je, ses voix (le bonhomme semble en avoir vingt et être à l’aise dans tous les styles) n’a toujours pas pris le moindre coup de vieux. Les bienfaits du golf, ça !
Cette Revanched’AliceCooperaura donc été mon album de l’été, rien que ça. Et ça risque de continuer. Un album pas révolutionnaire pour un sou mais fondamentalement fun. J’avais comparé le dernierSodom à un petit rosé qu’on boit avec le barbecue, cet Alice Cooper sera à la fois votre petite bière pour l’apéro et votre cognac en digestif. Et pour nos lecteurs qui ne boivent pas d’alcool, il sera votre verre d’eau bien fraîche en été.
Après cette diatribe plein d’entrain, râlons un brin. Parlons physique... Si d’habitude nous avons droit à de chouettes éditions (l’album précédent avait droit à un chouette combo CD + blu-ray du concert au Hellfest pour dix-sept balles), le label a décidé que ça ne serait pas le cas aujourd’hui. Au lieu de ça on a un bête CD à vingt-et-un euros ! Mais la palme du filou revient au vinyle : l’album tiendrait sur un simple 33T mais on a finalement un double vinyle qu’on doit jouer en 45T. Tarif du bousin : quarante euros. S’agirait d’arrêter de se foutre du monde. À l’heure où la majorité du public écoute sur des plates-formes numériques, bichonner les acheteurs de physique devrait être une priorité...
Tracklist de The Revenge of Alice Cooper :
01. Black Mamba 02. Wild Ones 03. Up All Night 04. Kill The Flies 05. One Night Stand 06. Blood On The Sun 07. Crap That Gets In The Way Of Your Dreams 08. Famous Face 09. Money Screams 10. What A Syd 11. Inter Galactic Vagabond Blues 12. What Happened To You 13. I Ain’t Done Wrong 14. See You On The Other Side