C’est un plateau de grande qualité que nous offre la radio locale Radio Béton, et plus particulièrement son émission Riffs 70, qui, comme son nom l’indique, fait la part belle à cette décennie. Et donc quoi de mieux que de faire une soirée bien pêchue pour fêter cet anniversaire ? Et vu le programme, impossible de ne pas y être, donc c’est parti pour le Temps Machine, salle tourangelle de musiques actuelles, qui parfois, nous offre quelques belles affiches metal, dont celle de ce soir. Pour être totalement transparent avec nos lecteurs, c’est une totale découverte cette salle, je n’en avais, jusque là jamais poussé les portes. L’organisation est plutôt bien gérée puisque jamais on ne verra de queue nulle part (ni au bar, ouf !, ni à l’entrée, ni pour cloper). Radio Beton en profite pour faire son émission en délocalisée dans le hall, juste à côté des stands de merch’, mais moi, je me réfugie dans la salle proprement dite, une bière à la main et c’est parti !
MESMAEKERS
C’est le trio tourangeau Mesmaekers qui a la tache d’ouvrir le bal. Les trois frères Baudat:Leopold, Alexandre et Charles-Elie vont nous offrir ce qu’ils savent faire de mieux : un blues rock punchy et old school d’excellente facture. Leopold fait hurler sa gretsch qui sonne bien blues US, ce dernier se montrant aussi un excellent chanteur. Il sera d’ailleurs le centre d’intérêt de cette prestation, le mec ne ménage pas ses efforts et ça se remarque. Et pourtant Alexandre fait bien le job derrière les futs, et Charles-Elie assure sur sa quatre cordes (et parfois au chant aussi). Les frangins en profitent pour discuter avec le public, l’ambiance est détendue et pour un groupe d’ouverture, leur blues rock passe crème. En tout cas je ne vois pas le temps passer c’est dire si le concert est cool et appréciable. Et comme la salle est à taille humaine, j’aurai l’occase de discuter avec Leopold après le show sur leur EP que je vais m’empresser d’écouter. La soirée est lancée de la meilleure des manières.
Voilà pourquoi je suis là ce soir ! Non que je veuille minimiser les autres groupes, mais Red Cloud est l’un de mes coups de cœur de l’année 2025, j’avais même conclu la chronique de leur dernier opus This Is Not An Album par « L’équipe d’Apdm avait fondé beaucoup d’espoirs avec Red Cloud lorsque ces derniers nous avaient présenté leur premier album Red Cloud. Ce second opus vient parachever leur œuvre en la sublimant tant ces huit titres font un bien fou ». Je ne présenterai pas le groupe, les lecteurs assidus du webzine ont eu l’occasion de les découvrir puisque ces derniers sont présents sur notre dernière compilation Les Inde’spensables vol 7, sortie dernièrement. Dès l’entrée sur scène c’est une surprise puisque Laura n’est pas là aux claviers, mais le groupe se présente avec Amy Prada à la guitare. Donc deux guitares et plus de claviers. Roxane m’expliquera après leur concert au stand merch' que Laura est maintenant trop prise par son métier et ne peut plus assurer sa place au sein de Red Cloud. Forcément le son s’en ressent avec une teinte plus rock et puissante, Amy et Rémi se rendant coup pour coup pour le plus grand plaisir de nos oreilles. Roxane fait un show dantesque derrière son micro, à tel point qu’il est presque difficile de la quitter des yeux. Son timbre de voix est particulier et, encore une fois, je ne peux que citer cette comparaison avec Janis Joplin, ce qui convient à merveille à leur son. En moins de temps qu’il n’en faut, Red Cloud va retourner la salle avec une setlist qui fait la part belle à leur dernier opus, ce qui me convient au poil tant il est excellent. Une très grosse prestation de Red Cloud qui mérite tous les espoirs qu’on porte en eux. Et malgré ce changement de direction avec la perte du claviers / orgue, ils ont su se réinventer dans un heavy blues plus punchy, et c’est une sacrée réussite.
Tête d’affiche de cette superbe soirée, je ne pouvais pas passer à côté de Moundrag, ma chronique de leur dernier album, Deux, fut là-aussi, un coup de cœur de cette fin d’année 2025. C’est en conquérants qu’arrivent les frères Goellaen Duvivier, Camille à l’orgue Hammond et Colin à la batterie dans une configuration classique pour le duo, les deux frangins se faisant face à face. Dire qu’ils ne sont pas venus pour enfiler des perles est un doux euphémisme puisque je m’attendais à un show à la couleur de leur album, prog seventies, sympa et coolos, et que j’en fus pour mes frais. Déjà j’avais oublié mes bouchons d’oreilles (expérience à ne pas réitérer) et que le son de la salle arrachait tout. Mais sur scène c’est une heavy prog’ de malade qu’ils ont envoyé, puissant et beaucoup plus proche d’un prêche satanique à la Ozzy qu’un concert prog seventies. Comme si Black Sabbath s'était télescopé avec Emerson Lake and Palmer. C’est puissant, Colin jouant comme habité, regardant la foule avec un regard étrange et flippant, mais tellement dans le ton. Ce dernier tape comme un damné sur ses futs, chante à la perfection, et nous fait saigner les oreilles pour notre plus grand plaisir. Camille enchaine sur ses parties d’orgues et donne la réplique à son frère sur le chant, on sent que le duo est rodé et prend plaisir à nous offrir leur musique. Leur album, Deux est forcément bien représenté avec des titres qui sortent du lot, tel un Mourning Epitaph bien envoyé ou un Changes sublime en live. Si le jeu de scène est assez minimaliste puisque chacun joue d’un instrument difficilement transportable j’en conviens, ils font tout de même des incartades telle cette arrivée de Colin en chauve-souris réfléchissante et inquiétante, typique de l’ambiance. Le groupe nous offre même un solo de batterie du même Colin qui va faire monter encore plus la température suffocante de la salle en frappant autant sur sa batterie que sur ses gongs, le mec ne regarde pas à la dépense d’énergie. En une heure ils vont retourner la salle, foutre tout le monde par terre et montrer que leur son psyché seventies, c’est surtout du bon gros heavy prog sur scène. Moundrag est venu pour nous foutre des trempes, et ils y sont arrivés puisque le public est sonné de plaisir pour un concert qui restera dans les têtes à coup sûr.
Une belle soirée portée par trois groupes qui ont fait plus qu’assurer, alors que leurs univers sont à la fois proches, mais aussi très éloignés. Un grand bravo à Radio Beton d’avoir pu organiser cette soirée pour les 10 ans de leur émission Riffs 70. Des anniversaires comme ça je veux bien les fêter tous les mois. Bien que la salle n’était pas sold out, le public a répondu présent en connaisseurs pour vivre un moment bien sympa.