Groupe:

Mayhem + Marduk

Date:

12 Fevrier 2026

Lieu:

Toulouse

Chroniqueur:

ced12

En ce 12 Février, les planètes semblent alignées pour la venue d’un plateau Black Metal bien sombre. La tempête Nils fait des ravages, plongeant nombre de foyers dans la pénombre électrique et c’est dans une ambiance tourmentée que cette journée s’est déroulée à surveiller l'inquiétante montée des eaux dans nos zones rurales. C’est une affiche bien énervée ce soir avec deux groupes cultes des années 90, deux formations qui ont marqué les esprits et pas que en bien. Mais tel est le Black Metal, registre extrême sulfureux dont les musiciens précurseurs ont accumulé scandales et polémiques. Le line up n’étant a priori pas assez brutal, c’est Immolation, groupe réputé de la scène death qui est chargé d’ouvrir le bal (masqué). Pour être franc, n’étant guère habitué de ce genre de date (c’est ma première pour tout dire), j’ai choisi de ne pas insister pour Immolation. Reste que cette ouverture de prestige d’un groupe hyper réputé est une vraie plus-value pour cette soirée.

Marduk

C’est donc sur les coups de 21h que je débarque avec une curiosité non feinte. Le Black ce n’est pas mon monde et j’en ignore beaucoup de choses. Ce style a connu un développement dément dans les années 90 avec nombre de formations devenues cultes accumulant scandales, provocations, présentant une dangerosité réelle portée par des musiciens se perdant en prenant tout ce décorum au premier degré. Tout cela dans une Norvège devenue immensément riche par les différents chocs pétroliers mais alors encore endormie et sidérée devant cette jeunesse désœuvrée. Dans nos sociétés alors encore christianisées culturellement, la provocation ultime consistait alors à se tourner vers l'opposé du modèle dominant avec ces croyances renversées poussées à l’extrême. Dans un Occident devenu aseptisé mais se nourrissant de provocations plus ou moins sincères, plus ou moins abouties, le choc fut rude, on le devine, avec une fascination / répulsion devenue rituelle. Derrière tous ces scandales sont tout de même parus de grands disques tous devenus plus cultes les uns que les autres et sur lesquels tout un genre s'est ensuite bâti. Les nombreuses dérives ont fait oublier dans un genre où posture et musique s'interpénètrent trop jusqu'au côté parfois cliché de certains musiciens. C'est encore une critique qu'on entend régulièrement (les black metalleux des poseurs ?).

Marduk et son cultissime disque Panzer Division Marduk avait alors marqué les esprits avec un black bestial et une imagerie satanique qui ne pouvait qu’interpeler. Les suédois ainsi nommés en référence à la divinité  du même patronyme issue de la Mésopotamie Antique ne font pas dans la dentelle. Je les avais aperçus une fois en festival (Summer Breeze) mais entre la mise en son médiocre et l’attitude excessive des musiciens, j’avais vite décroché. Ce soir, le groupe joue devant une salle bien remplie avec balcon ouvert, confirmant au passage un beau succès pour cette soirée ce qui est cool vu que le tourneur avait gardé un souvenir amer du dernier passage en ces lieux de Dark Funeral

Découvrant le public black, je vois beaucoup de cuirs noirs, assez peu de sourires dans une assistance dont je ne reconnais pas le profil du metalleux type. Ce n’est pas le public metal auquel je suis habitué mais je suis surpris de l'affluence, je dois le confesser. Pour ce genre qui est profondément underground, investir et presque remplir un Bikini (1 500 personnes) c’est propre. La scène est très sobre et déjà je constate le peu de références satanistes (pour ne pas dire qu’il n’y en a quasi pas). L’imagerie du groupe a de fait évolué, la scène black suivant ainsi les évolutions de nos sociétés. Les références ont changé nous y reviendrons. D’entrée, le son est très bon, la guitare notamment hyper intelligible. La batterie mitraille, le frontman éructe, l’ensemble est dense, épais. On ressent ce sentiment d’oppression, de malaise presque physique. C’est assez impressionnant en soi, bien qu’inconfortable. Les onze titres déroulés font mal et cinquante minutes d’une telle agressivité ça use. Certaines transitions de titres sont un peu longuettes, ça communique très peu et à coup d’hurlements vociférés d’un frontman à la sobriété morbide et au look bien extrême. Côté public, ça réagit bien, vraiment avec même un peu de stage diving ce que, au passage, je croyais « interdit » dans les concerts de black. Comme quoi les clichés… 

Il est vrai que Marduk a toujours eu ce côté punk dans l’attitude, plus direct dans sa musique s'éloignant d’un black fait de noirceur et d’ambiances nauséabondes. Au final un show que j’ai apprécié de suivre malgré un côté très redondant dans les structures et les riffs. Pour tout dire, tout m’a semblé pas mal se ressembler mais pour qui adhère, c’est un régal. Et le Bikini a aimé, indubitablement. 

Mayhem 

Groupe culte, pionnier de la scène black des années 90, disque référentiel, histoire macabre entre des membres qui ont fait toutes les conneries possibles et imaginables (meurtres, églises brulées, participation à une organisation terroriste, idéologie nauséabonde et j’en passe probablement) j’ai nommé Mayhem un des groupes les plus réputés du genre. Enfin ils se font appeler The True Mayhem sur les réseaux. Le line up original en a pris un coup de fait. Reste un disque référentiel / culte appelez le comme bon vous semble. De Mysteriis Dom Sathanas dont je vous recommande la chronique (ici) c’est cet album dont l’influence est majeure. Le petit dernier Liturgy Of Death (de même la chronique est chaudement conseillée) n’a pas laissé indifférent. Première remarque : les thématiques ont bien évolué. J’y reviens : d’un satanisme bas du front des débuts, le groupe évoque ici la thématique de la Mort. Les sujets changent, la noirceur reste. Preuve supplémentaire de sociétés déchristianisées quand même les black metalleux ne vont plus sur ce terrain. (Aparté : au-delà des croyances et des polémiques dans la religion chrétienne, l’Occident ne souffre-t-il pas de ce qui était ni plus ni moins que la disparition de son terreau culturel et la source de sa cohésion sociale ? Vous avez 4 heures…).

La scène est donc classieuse, très beaux lights et l’usage d’un écran géant est à relever. Mayhem se donne les moyens scéniques. Le show est bestial. Des musiciens habillés de noir et un Attila presque en mode papal (ouf il reste quelques fondamentaux). Hyper théâtral, j’ai immédiatement pensé à Ghost en bien plus sombre, plus inquiétant. Pour le coup lui fait peur quand le leader de Ghost divertit gentiment. Le mur de guitares, d’une clarté remarquable mais hyper agressif, fait très mal. C’est hyper intense, très très puissant. On retrouve ce sentiment de malaise physique, cet inconfort. C’est extrême, trop pour moi mais soyons honnêtes, c’est bien fait. L’utilisation de l’écran avec des visuels très sombres accentue le côté rituel, messe noire de même que les lights bien gérés. Sacrée expérience en live Mayhem il faut le reconnaitre ! Le public est à fond, se régale, un bonheur de black metalleux cette soirée avec deux groupes issus des 90’s en pleine possession de leurs moyens. 

Comment conclure cette soirée pour le néophyte que je suis ? Déjà que les shows sont qualitatifs avec une mise en son réussie, des visuels de qualité, un bon niveau technique d'ensemble, les deux groupes se sont bien adaptés pour répondre aux standards du live et c’est à noter. Surtout pour un genre revendiquant l’underground et le côté trve / raw et qui ne lui en déplaise rentre progressivement dans le "système". Aussi, plus sur le fond, ce fut une expérience marquante car de manière paradoxale, j’en suis ressorti plus apaisé qu’avant et ce malgré une agressivité musicale et visuelle maximale. Le Black Metal cette scène miroir déformante de sociétés Occidentales qui renvoie ce côté noir face à des sociétés obsédées par le Bonheur (c’est peut-être l’opposition moderne proposée par le Black, mouvance structurellement pensée contre le modèle dominant de son époque) : la thérapie par le moche pour citer l’éclairante formule du Diable Bleu lui qui réclame à juste titre que le sujet Black soit plus évoqué en ces pages. Voilà une tentative bien modeste d’un non initié trop longtemps bloqué par une imagerie trop violente, une musique trop extrême, un univers trop sombre, un anti christianisme trop excessif pour une scène que je trouve au final trop 1er degré et trop autocentrée et autoréférencée tombant malgré elle souvent dans la caricature. Reste que derrière ces réserves, il se passe quelque chose dans la scène black, clairement pas joyeux, bien trop dark mais indéniablement intrigante. Comme si la scène Black touchait inconsciemment du doigt quelque chose de son Temps, ce reflet sombre d’un modèle dominant qui s’autojustifie sans se remettre en question, encore pensant contre elle-même ce que ce genre de mouvance fait paradoxalement pour elle.. Il y a cette dimension cathartique comme si cette violence malsaine purgeait de toute haine. Hallucinant paradoxe. On retrouve moins cet aspect dans le death metal pourtant tout aussi virulent confirmant ainsi une exception Black Metal. Un sacré sujet que ce Black Metal. Je n’en aimerai jamais la musique mais je commence à pressentir son intérêt et l’attrait qu’elle peut susciter. La dangerosité aussi de trop se rapprocher d'une certaine noirceur qu'il convient à mon sens de savoir laisser à une saine distance ou le besoin de protéger son âme.

Me reste ce paradoxes comme ce calme ressenti post-concert et cette musique bestiale et primaire en apparence mais qui laisse à réfléchir sur notre Monde et qui finalement laisse une impression forte sur son  auditoire loin de la légèreté émanant d'autres styles. Intriguant ...

 

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