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Le Tribal Fest est devenu au fil des années une institution sur la Côte d’Azur, notre petit festival de metal à nous. L’ambiance y est toujours très sympa, à l’ombre de la Pinède Daudet de Peymeinade (à l’ouest de Grasse), avec toujours de quoi manger, de quoi boire, quelques stands et surtout une programmation vraiment sympa. Pas mal d’artistes ont déjà foulé les planches, dont quelques grosses pointures. Cette année, Marco, l’organisateur, a choisi un plateau 100% français ; ce qui n’est encore jamais arrivé (il me semble). Pari peut-être risqué sachant que les autres années il y avait toujours une grosse pointure (ou ex-grosse pointure dans certains cas) internationale pour attirer les fans. Personnellement la programmation me convient puisque on trouve Atomesis (du 04), Spiralpark (du 06), Mars Red Sky (33), Madam (31) et Klone (86) dans le rôle de la grosse pointure nationale (14 albums, des tournées aux US, une présence dans les plus grands festivals du monde entier). C’est quand même pas de ma faute si en France on est incapable de reconnaitre ses propres talents en metal ou même en rock. Je connais les trois derniers groupes, pas du tout les deux premiers, c’est aussi ça un festival, un excellent moyen de découvrir des talents encore méconnus. Je débarque vers 18h, récupère un pass photo, discute le coup avec Marco. Ils sont en retard avec les balances. Je remarque que la régie a été rapprochée de la scène ce qui permet de plus concentrer la foule entre la scène et la régie. Il y a une belle zone pour s’assoir et manger, de la bonne bière locale (blonde ou IPA) et de la sandwitcherie simple mais sympa. Chaque groupe a son stand de merchandising, c’est cool pour eux, je retrouve Guillaume à son stand, on cause un peu de Klone. Ils font l’aller-retour depuis Poitiers pour le week-end, ça fait beaucoup de kilomètres les pauvres. Les balances sont presque terminées, il fait beau, les gens arrivent petit à petit, tout semble en place pour que la soirée soit belle. Atomesis Le premier groupe à fouler les planches de la belle scène du TribalFest est Atomesis. Le quatuor vient de Manosque dans les Alpes de Haute Provence et officie dans un stoner rock atmosphérique avec un petit côté progressif, chanté en Français par Rébecca. Le groupe a sorti un 1er EP (Héritage) sorti en 2023, le second EP Histoires Vraies est attendu pour le 14 novembre. Aurélien est à la basse, Clément à la guitare, Vincent à la batterie et donc Rébecca au chant. Le départ a été un peu abrupt puisqu’ils ont fait leur balance avec les gars de la régie en dernier et puis ont attaqué leur set dans la foulée. Visiblement ravis d’ouvrir le festival, ils ont proposé une setlist composée de quatre morceaux de leur EP à venir (les deux premiers et les deux derniers) et trois du premier. Clément utilise pas mal de tapping dans son jeu assez subtil, le tout est bien en place autour du chant assez lyrique de Rébecca. La foule encore maigrichonne à cette heure-ci salue leur rock plutôt posé et planant. La soirée démarre tranquillement. 

Setlist d’Atomesis : Il Regarde les Hommes Tomber Plate L'île Perdue Un Pas Après l'Autre La Nuit a Dévoré le Monde Prise de Conscience Gobi Spiralpark Spiralpark est un groupe local, de Roquebrune Cap Martin précisément, un village plutôt réputé pour ces belles villas et ses grosses bagnoles que pour son garage rock déjanté. Pourtant c’est bien de ce dernier qu’il est question. Le groupe, formé en 2018, est composé de Dorian (chant/guitare), Etienne (basse), Antoine (batterie) et Mathéa (claviers et guitare). Le groupe fait partie de la mouvance associative Poutrasseau et a déjà sorti 2 EP, Spiralpark en novembre 2020 et Nightshade en février 2025. L’énergie déployée par le groupe, dès qu’ils entament leur set, est impressionnante. Dorian est arque-bouté sur son micro, sa Fender Strat portée très haut, yeux fermés et outre son chant rageur, il balance ses riffs hargneux et alterne des parties de guitare plus travaillées. La section rythmique est bien en place, avec un batteur très expressif. J’aime aussi bien les lignes de basse d’Etienne. Mathéa alterne entre guitare et son clavier Nord, laissant sa guitare en bandoulière dans le dos. Eux ont fait le choix de s’appuyer sur les morceaux de leur 2ème EP puisque ils jouent huit morceaux (sur 9) de celui-ci et un seul du précédent (Black Hole). L’ensemble est bien équilibré et donne envie d’y revenir. D’ailleurs, ils seront présents au Festival Mass Echoes du 30 août à Castillon (06) aux côtés de Wormsand, Yarostan, Sator, Indykush, Glitch, Hah et VanR. La soirée se passe très bien. 

Setlist de Spiral Park : Slumber Gate Keeper Belladonna Candy Machine Emergency Exit Brand New Company Their Eyes Vision Black Hole Mars Red Sky Les Bordelais de Mars Red Sky sont les suivants sur la scène. C’est curieux car sur l’affiche, ils apparaissaient juste avant Klone, mais plus tard dans le set Jimmy expliquera qu’ils doivent partir à 22h et j’imagine donc qu’ils ont réorganisé la soirée pour les libérer plus tôt. Le trio aux cinq albums et tout autant d’EP, roule sa bosse depuis 2007 et s’articule autour de Julien (chant/guitare), Jimmy (basse) et Mathieu (batterie). Jimmy et Mathieu assurent aussi des chœurs derrière Julien. C’est la soirée des basses Gibson Explorer puisqu’après Etienne de Spiralpark, Jimmy utilise aussi ce modèle. Dans Mars Red Sky, la basse est omniprésente, hyper lourde (c’est rien de le dire) et elle contraste magnifiquement avec le chant plutôt aérien et en reverb de Julien, c’est même un peu leur signature sonore. Derrière ses fûts, Mathieu est tout aussi expressif que son prédécesseur, il vit son jeu, c’est beau à voir. La puissante ambiance doom-esque imposée par leur musique laisse un peu tout le monde sans voix. Jimmy, qui assure la communication avec le public, explique qu’il ne leur reste que trois morceaux, mais que les fans de Madam et Klone ne s’impatientent pas car ils sont très longs. C’est vrai que leurs morceaux sont très longs (minimum syndical: 6mn), assez complexes et souvent à rebondissements. Ils jouent beaucoup sur l’ambiance, pesante à souhait. Sur l’écran, sont envoyés les clips des différents morceaux, souvent très abscons: des extraits de vidéos vintages américaines (compétition de Frisbee, sessions de skateboard). Apex III est un grand moment, le riff super répétitif est surpuissant, la foule semble littéralement figée. Même chose avec The Light Beyond qui suit, à part quelques têtes, plus personne ne bouge, comme hypnotisé. Ils terminent sous un tonnerre d’applaudissements. 

Setlist de Mars Red Sky : Slow Attack Collector Arcadia Apex III Maps The Final Round The Light Beyond Strong Reflection Madam J’avais déjà vu Madam à Rock en Seine l’année dernière et sans exagérer, elles avaient illuminé mon festival par leur énergie et leur envie de tout casser (et croyez moi ça n’était pas le cas de tous les groupes présents sur le festival). Je suis donc ravi de les retrouver au Tribal Fest ce soir. Elles sont de Toulouse et Corentin (fils de Marco l’organisateur du festival et par ailleurs batteur de Raw Therapy installé aujourd’hui dans la ville rose) n’est pas étranger à leur venue. Elles ont déjà sorti deux EP mais surtout un premier album, Thanks for the Noise, sorti en avril 2024. Et quoi de mieux pour réveiller la foule pas encore retombée de leur overdose de stoner-doom-à-tendance-suicidaire, qu’un bon gros garage rock, brut de fonderie et sans filtre ? Madam est un trio entièrement féminin composé de Anaïs (batterie), Marine (basse) et Gabbie (chant/guitare). Anaïs et Marine assurent un paquet de chœurs, omniprésents dans ce style garage rock survitaminé. Ce soir (encore), elles sont déchaînées: Gabbie tombe la veste au bout d’un morceau pour continuer en soutif, avec une bretelle récalcitrante, et avec ses petits airs (longs cheveux, large sourire) d’Alanis Morissette, c’est une vraie pile atomique sur scène. Elle saute de partout, harangue le public, secoue sa guitare dont les cordes prennent cher. A côté d’elle, Marine est une pièce essentielle du son Madam, car avec sa basse Rickenbaker qui claque-sa-race, elle assure une rythmique en acier tout en bondissant sur place quasiment tout le set. Elle est épaulée dans la tâche par Anaïs et son excellent jeu de batterie. La foule ne s’attendait pas à cet électrochoc, je pense. Du coup, ça commence (enfin) à sérieusement bouger dans les graviers du Tribal Fest (et lever une belle poussière). Le set est explosif, les titres hyper catchy et très faciles à mémoriser (“Take me”, “Witches”,…) se succèdent, c’est une véritable débauche d’énergie communicative. Je pense que ça devrait être remboursé par la Sécu pour les traitements contre la dépression. Quelle belle leçon de Rock & Roll, bravo mesdames ! 

Klone Les Klone, sont mes chouchous depuis longtemps, on se connait bien et je suis toujours partant pour aller les voir, que ça soit en acoustique (dernier passage à la MJC Picaud de Cannes) ou en électrique. Ce soir, on parle bien d’un set électrique, une dizaine d’années après leur première venue au Tribal Fest (en acoustique). Ils montent sur scène vers 23h15 dans le line-up assez classique avec Aldrick et Guillaume aux guitares, Enzo à la basse, Yann au chant et Morgane à la batterie. Le son est parfait, puissant et subtil, comme toujours, la voix de Yann parfaitement en place, on va se ré-ga-ler. L’écran en backdrop permet de passer des vidéos de leurs clips ou des images fixes de pochettes d’albums. Le son est massif, Yann fait monter l’intensité en durcissant le ton sur ses fins de phrases. Sacré coffre le Yann ! N’oublions pas que les premiers albums de Klone sont beaucoup plus metal que les derniers, plus progressifs. Morgane est toujours impassible derrière ses fûts, il livre comme toujours une prestation XXL. Aldrick ne tient pas en place sur son côté, on sent que ses riffs lui tiennent à cœur. Le public est plutôt calme, attentif, mais applaudissant entre chaque morceau. Il nous propose une setlist assez bien équilibrée avec trois morceaux de Meanwhile, (dont le magnifique Bystander), deux du précédent opus, Le Grand Voyage (dont le superbe final avec Yonder), deux fabuleux extraits de Here Comes The Sun et le reste du dernier album The Unseen. Il est presque minuit et demi quand ils terminent leur très bon set et saluent le public. J’avais pu discuter avec Guillaume qui était à son stand de merchandising, j’avais aussi discuté avec Yann qui s’était fondu dans le public pendant Mars Red Sky. Après le set je traîne un peu pour discuter avec Aldrick puis avec Morgane qui est pressé de ranger son matos car il doit partir très tôt demain matin pour rejoindre Myrath qui joue demain en Suisse. La vie d’artiste ! 


Setlist de Klone : The Unseen Magnetic After The Sun Blink Of An Eye Bystander Immersion Sad And Slow Meanwhile Nebulous Yonder C’est fini pour cette année, on me dit que la participation était d’environ 400 personnes, un peu moins que l’année dernière, peut-être l’effet “pas de grosse pointure”, mais pas forcément. J’ai trouvé le son vraiment très bon cette année, l’écran en backdrop était aussi plutôt sympa, même si ça complique le boulot des photographes (assez peu nombreux cette année). J’ai vraiment kiffé Madam, je me suis offert leur album, par principe. Leur prestation a été hors norme sur cette édition, elles méritent largement cette place presque tout en haut de l’affiche.
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