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Il est fort ce Tobias Forge. Non vraiment, l’intérêt sans cesse renouvelé pour Ghost est épatant et ça dure. A tel point que même le Diable Bleu et moi-même, sceptiques de nature que nous sommes, avons été happés et nous sommes rendus aux récents concerts du phénomène suédois. En ordre dispersé, à Lyon pour le Diable Bleu, sur Toulouse pour ma part. Ainsi c’est un peu deux comptes-rendus en un que nous vous proposons modestement en ces pages. Précisons d’entrée que nous ne sommes pas des fans du combo et même franchement réservés sur le phénomène Ghost, plutôt surcôté à notre avis (comme disent les jeunes avides de réseaux sociaux). C’est que la musique est de bonne qualité mais une telle hype nous étonne un peu. Sur cet auguste webzine, le fan c’est Bane (le Kabet n'étant pas loin), il ne s’en cache pas et sa récente chronique confirmera ce point. Pour être honnête, c’est la lecture de cette dernière qui m’a motivé à me déplacer. Un point pour le Bane. Ghost continue donc de diviser mais intéresse, ce qui en soi donne déjà raison aux fans du groupe. Ainsi, en débriefant avec le Diable Bleu nos concerts respectifs, nous avons partagé un premier ressenti sur le public, de tous âges mais majoritairement trentenaire. Assez logique vu que le groupe a une grosse dizaine d’années d’existence, mais surtout, Ghost est sorti du cadre purement Metal pour devenir un phénomène rock au sens large du terme. Soyons francs, c’est même le plus grand groupe de rock actuel et l’engouement est assez légitime. Un peu surprenant en ce qui me concerne car les meilleurs disques me semblent commencer à dater un peu quand les plus récents (nous y reviendrons) souffrent un peu de la comparaison. Même le Bane le dit alors je peux me le permettre. Mais le succès, dans un paradoxe peut-être pas si étonnant, va crescendo alors que la qualité des productions baisse (un peu). Un des événements de cette tournée c’est l’interdiction des téléphones portables. Délire du Tobias ? Sincère avertissement avec un retour à « vivez l’instant mes amis, au lieu de le filmer » ? Volonté de favoriser la diffusion officielle et ainsi vendre du blu-ray ? Je ne le sais, mais l’organisation est remarquable. Bonne communication en amont, logistique hyper fluide dans la salle : pour faire simple, on vous donne une pochette qu’on vous ferme et on vous la réouvre en sortant. Aucune inertie, zéro attente, c’est super bien fait. Bon pour être franc, je n’ai pas trouvé la valeur ajoutée immense d’interdire les téléphones mais le message de fond intéressant et vu la qualité de l’organisation, il n’y a rien à dire et certainement pas à se plaindre. Il est vraiment compétent ce Tobias, il fait les choses (très) bien. Bon beaucoup de bruit et de commentaires pour pas grand-chose mais n’est-ce pas le symptôme de notre époque ? Et ça se ressent car la scénographie comme espérée est très réussie. Pas non plus « exceptionnel » mais très sympa. Il ne faut pas m’en vouloir, j’ai trop vu Rammstein en concert, mes attentes sont très élevées. Pour le Diable Bleu, se référant aux incroyables shows de la papesse Mylène F., il confirme qu'il en manque encore. Mais c’est très beau avec un joli changement d’ambiance (très fluide au passage) avec le recours à des écrans géants très bien utilisés vers la mi-concert (avec de très beaux visuels souvent en mode vitraux forcément !). Comme toujours, le rendu visuel est canon avec ses musiciens, ça donne de très beaux visuels d’ensemble, véritable marque de fabrique de Ghost. Tout cela est très beau, réussi je l’ai dit mais la musique il faut en parler. Là, il y aura plus de nuances mais la qualité d’ensemble, la cohérence surtout sont à exposer d’entrée. Le show démarre après une petite attente sur fond de musiques liturgiques (très sympa) qui vous mettent dans l’ambiance avant que les lumières ne s’éteignent et que le rideau ne tombe. L’excitation dans la salle est au maximum et déjà j’ai eu ce ressenti que le public n’était pas très initié aux concerts avec peu de gens appareillés pour les oreilles, ce qu’on ne voit plus beaucoup lors des dates Metal. La première demi-heure de show voit un réel dans nos ressentis entre le Diable Bleu et moi-même. Franchement poussif pour lui, sympathique pour moi. Le gros riff de Cirice n’est pas anodin dans mon ressenti, je le concède. Mais en attaquant avec des titres plus récents, plus pop, forcément, ça attaque moins fort. Il faudra 7-8 morceaux au Diable Bleu pour rentrer dans son show, moins pour moi mais les pistes plus soft ralentissent un peu la dynamique quand bien même ça sonne bien, ça joue bien et l’occupation de la scène est très bonne. Le Tobias nous sort le costume papal (c’est de saison) et chante un titre suspendu. Sympathique. Le show est bien présent. La seconde moitié de concert voit ressortir quelques titres plus « anciens » et c’est plus dynamique, les gros riffs fonctionnent bien. On ressent ainsi l’évolution du groupe et forcément, nous sommes plus passionnés par les titres issus des disques plus metal des débuts. Le public, lui, se pose moins de questions et se régale. Les spectateurs ont bien raison car ça tient la route. Le Diable Bleu me confiera même qu'il avait rarement vu une telle ferveur, les fans de son point de vue aiguisé vivant vraiment le concert à l'unisson de leur pape. La ballade He Is fonctionne très bien, les titres Rats, Year Zero cartonnent, Ghost emporte son auditoire mais là encore, les titres qui marchent le mieux ne sont pas les plus récents. Et le rappel, monstrueux, parfait, sans doute le MUST du rock actuel, confirme ce point avec un Mary On A Cross délicieux et la doublette Danse Macabre - Square Hammer qui emporte tout. C’est juste génial, archi fédérateur et le concert prend même une cohérence d’ensemble avec un show bien construit, jamais ennuyeux, intéressant de bout en bout (sauf les réserves du Diable Bleu sur la première demi-heure) et au final réussi. Petit aparté, à Toulouse, le groupe a joué Umbra, véritable pépite du dernier album paru il y a peu (accentuant au passage le caractère événementiel de cette tournée). Il y a plein de choses à dire ce qui prouve qu’il se passe incontestablement quelque chose avec Ghost et rien que ça, c’est très intéressant. J’insiste un peu (sans doute trop) sur le décalage avec les disques plus récents prouvant à mon sens que Ghost est déjà devenu un classique avec ses disques référentiels plus anciens et des plus récents proposant un son propre (on reconnaît Ghost à des kilomètres désormais) mais moins percutant avec des disques moins bien écrit pour tout dire, moins impactant. Je n’oublie pas de rappeler que le Tobias reste un très bon frontman ultra charismatique et physique qui tient bien sa scène, certes un peu trop bavard (sur le dernier tiers du show notamment). Le Diable Bleu tique (à raison) sur sa voix un peu nasillarde (« il a une voix de canard »). Le masque n’aide probablement pas. Visuellement, lui et ses musiciens offrent de belles images avec un joli décorum, hyper visuel. Il reste que c’était un vrai bon concert, que Ghost est devenu une institution, certes plus rock, que le groupe propose un show abouti (et ils ne sont plus si nombreux que ça les groupes qui y parviennent sur ce genre de format de "gros" concert). Une soirée plaisante, un groupe à la hauteur des attentes qui se renouvelle bien et continue son incroyable trajectoire. Même si la hype continue de nous échapper un peu (musicalement c'est de bonne qualité mais pas incroyable non plus), Ghost c’est bien, le Tobias ne se moque vraiment pas de son public et fournit un show complet où musique et visuel forment un tout hyper cohérent et abouti. Ah ces groupes à costume continuent de fasciner et fédérer et ça dure depuis des décennies (c’est peut-être ce point qui nous bloque un peu le Diable Bleu et moi-même, pas notre tasse de thé). Et ce côté mainstream génère naturellement des réserves, c'est parfois injuste mais c'est la rançon du succès et Ghost n'est pas le premier à y être confronté. Définitivement très fort ce Tobias. PS Merci au Diable Bleu que j'associe à ce report. Par ailleurs, les lecteurs auront compris l'absence de photos et le caractère "aride" de ce Report. Pour toute complainte, merci d'adresser vos doléances à Tobias (sourire). Setlist (Lyon) Peacefield Lachryma Spirit From the Pinnacle to the Pit Majesty The Future Is a Foreign Land Devil Church Cirice Darkness at the Heart of My Love Satanized Ritual Umbra Year Zero He Is Rats Kiss the Go-Goat Mummy Dust Monstrance Clock Encore: Mary on a Cross Dance Macabre Square Hammer
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