Groupe:

Ayreon

Date:

13 Septembre 2025

Lieu:

Tilburg

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Ô joie ! Le 13 septembre dernier, j'ai eu la chance de pouvoir me rendre à l'un des shows donnés par Ayreon à Tilburg (Pays-Bas) pour fêter les trente ans du groupe. L'intitulé du spectacle : An Amazing Flight Through Time. Au programme : un gros concert piochant allègrement dans (presque) toute la discographie du groupe, mais aussi dans quelques projets parallèles du créateur (non, pas Dieu...) : Arjen Lucassen. Ce qui m'anime dans la vie, c'est le partage, la générosité... je vais donc vous confier un certain nombre d'éléments concernant cette soirée d'exception. Et pour ceux qui voudraient plus de photos (et dans un format plus grand), cliquez ici pour le photo report

Quel plaisir de remettre les pieds au 013 Poppodium huit ans après la première série de concerts donnés par Lucassen et ses amis ! En 2017, nous avions eu le droit à Ayreon Universe, un set sous forme de best-of qui m'avait absolument enchanté. Depuis, Arjen a récidivé (il y a eu le show spécial Electric Castle en 2019, puis 01011001 Live Beneath the Waves en 2023)... mais j'étais absent. Cette année, il était hors de question de louper la nouvelle performance hors-normes de ce Néerlandais isolé du monde (oui, pour le voir en concert, il faut aller le rencontrer "à domicile"... il a beau avoir donné quelques concerts maintenant, les tournées ne sont toujours pas à l'ordre du jour), d'autant plus qu'on nous a promis un concert aux allures de best-of mais pas seulement. En effet, le cru 2025 devait également présenter des morceaux rares jamais joués sur scène lors des éditions précédentes. Et puis, évidemment, il y a le casting... pour le moins alléchant : un groupe de musiciens comprenant les fidèles Joost van den Broek (claviers), Johan van Stratum (basse), Ed Warby (batterie) et Ferry Duijsens (guitare), l'excellent Timo Somers (guitare) qui n'était pas là à 2017 (bien présent en 2023 en revanche) ainsi qu'un violoniste (Ben Mathot), un violoncelliste (Jurriaan Westerveld), un spécialiste d'instruments à vent (Jeroen Goossens)... mais également une troupe de vocalistes émérites avec Arjen Lucassen, Wudstik, Robert Soeterboek, Damian Wilson, Anneke van Giersbergen, Marcela Bovio, Irene Jansen, Heather Findlay, Maggy Luyten, Mike Mills, Tommy Karevik et Dino Jelusick. On ne se moque pas du monde !

A 20h30, Mike Mills monte sur scène pour nous dire que le concert va commencer et nous rappelle qu'il nous est demandé de garder nos téléphones dans les poches avant de savourer l'expérience qui, de toute façon sera captée. Les lumières s'éteignent, quelques éléments de décors rocheux parsèment la scène du 013 mais c'est surtout l'écran géant qui attire l'œil. Nous nous retrouvons dans une espèce de module spatial atterrissant sur Mars et un avatar de la chanteuse Irene Jansen un peu aliénisée nous accueille pour nous annoncer le programme. La première partie du show sera totalement consacrée à des compos rares, non considérées comme des classiques et donc jamais (ou très rarement) jouées auparavant. Le bal interstellaire s'ouvre sur My House On Mars, superbe chanson planante extraite de Universal Migrator Part 1... et c'est Wudstik (qui remplace Edward Reekers, malheureusement absent pour cause de grave maladie). Début indéniablement classieux. Mais également très calme. Cela m'avait déjà frappé en 2017 et c'est encore le cas cette fois-ci, le show ne démarre pas de façon très énergique. C'est un tout petit bémol (en plus, le son est beau, clair... mais pas très fort ou "explosif" non plus) mais pas forcément un problème... car le matériel proposé est beau, le visuel en jette et Ayreon, de toute façon, ça n'est pas du thrash, n'est-ce pas ? Alors oui, cette première partie de concert privilégie les morceaux softs ou planants (ChildhoodDragon On The SeaSignSea Of MachinesCarried By The Wind...) mais boudons-nous notre plaisir ? Absolument pas. Le groupe est impeccable dans son interprétation (et il joue avec le sourire, leur plaisir est communicatif) et il se passe toujours quelque chose notamment avec le trio violon/flute/violoncelle qui entre et sort régulièrement mais aussi avec les visuels plutôt chiadés - on en reparlera - qui passent sur l'écran... et bien sûr, la valse des vocalistes qui se succèdent avec un tonnerre d'applaudissements de la part du public dès qu'un nouvel intervenant entre sur scène.

De cette première partie de concert, je retiendrai surtout l'excellent Sail Away To Avalon emmené par Maggy Luyten, l'émouvante Childhood sur laquelle Anneke van Giersbergen livre une prestation impressionnante de justesse et de subtilité (elle est vraiment - vocalement - l'une des reines de la soirée), The Year Of '41 - morceau du projet Star One (qui fait du bien car un peu plus hard rock, ça apporte un peu de robustesse au set) - qui voit entrer pour la première fois le fameux Dino Jelusick (qu'il me tardait de voir sur scène) avec son final sur lequel le vocaliste se lance dans une compétition de notes aigues et puissantes avec le toujours joyeux Mike Mills (incroyable !)... ou la très Beatlesienne The First Man On Earth sur laquelle Wudstik fait son retour, une compo qui figure parmi mes préférées du premier volet de The Universal Migrator (album bien représenté ce soir avec pas moins de quatre extraits). Mais je pourrais en nommer d'autres tant il me semble cruel de ne pas citer tous les membres impliqués visiblement déterminés à donner le meilleur d'eux-mêmes (Marcela Bovio et Irene Jansen impressionnantes sur Dragon On The Sea, Tommy Karevic et Damian Wilson ultra classes sur Sea Of Machines...). Tiens, je note au passage que, contrairement à l'édition 2017 où il avait attendu les derniers morceaux du concert pour intervenir, Arjen Lucassen intervient beaucoup plus tôt cette fois-ci, dès la quatrième chanson du set, Days Of The Knights extraite d'un de ses albums solo (il reviendra également sur Carried By The Wind qui se chargera de clôturer cette première moitié de concert). Dernière remarque, tout le monde intervient, tout le monde a le droit à sa minute de gloire... tout le monde sauf une personne... Mais où est donc passé Robert Soeterbek pourtant bien annoncé sur l'affiche ? C'est le seul à ne pas apparaître une seule fois dans ce premier acte. Je me suis même demandé s'il n'était pas indisposé... mais non, il est bien là mais n'arrivera que bien plus tard. 

L'acte 1 s'achève, on a vu et entendu de bien belles choses... balancer autant de compositions posées et inattendues (pour certaines en tout cas) d'entrée de jeu présente une certaine part de risque et l'on pourra toujours discuter de l'efficacité de la chose mais la démarche est intéressante et à saluer. Le show dure depuis un peu plus d'une heure, l'avatar d'Irene Jansen revient sur écran nous introduire la seconde partie du concert nous annonçant que nous allons maintenant entendre un set constitué de "classiques" d'Ayreon

L'acte 2 va-t-il décevoir ? Non, absolument pas. Il démarre avec les deux premières parties rythmées de The Theory Of Everything. S'en suit une brève accalmie avec le titre Actual Fantasy porté par l'enchanteresse Anneke... puis c'est au tour de l'épique Into The Black Hole sur laquelle n'intervient pas Tommy Karevic comme ce fut le cas en 2017... Non, petit changement, c'est Damian Wilson qui chante les parties de Bruce Dickinson et il est tout bonnement magistral. Frissons. Heather Findlay ne démérite pas non plus sur Dreamtime. Les titres à venir font plaisir car l'on va retrouver l'imparable Dawn Of A Million Souls (ce qui donnera l'occasion à l'impressionnant Dino Jelusick de fouler pour la deuxième fois - seulement - de la soirée les planches de l'013), Valley Of The Queens chantée par le trio Van Giersbergen / Luyten / Findlay, Loser introduit par son fameux didgeridoo, Castle Hall qui voit enfin débarquer Robert Soeterbek (il s'est fait attendre, le coquin !) ou encore Everybody Dies sur laquelle Mike Mills, Wudstik et Irene Jansen font des merveilles (Mills, en particulier, atteint encore des notes inhumaines). J'avais aimé la première partie du show mais là, je dois reconnaître que c'est - en ce qui me concerne - un cran au-dessus. C'est plus hard, plus rock, plus enjoué... avec de belles surprises au tournant (et aussi quelques bémols).

Parmi les moments forts : Dawn Of A Million Souls. La surprise ? Alors qu'à chaque fois, ce morceau est privé de son génial solo de guitare, ce soir, enfin, on l'a eu ! La chanson a été moins charcutée que par le passé, Timo Somers a brillé au moment du solo et, deuxième surprise, la fin de ce dernier a été joué par Ben Mathot au violon. Excellent. Un bémol ? Dawn Of A Million Souls aussi. Pourquoi donc ? J'en attendais peut-être un poil trop de Dino Jelusick. Evidemment, sa voix extraordinaire et sa technique le prédisposent à marcher dans les pas de Russell Allen avec aisance. Et, franchement, il s'en est très bien sorti. Mais je m'attendais à être retourné... ce ne fut pas le cas. Jelusick, aussi fort soit-il, ne semblait pas complètement dans le morceau, pas véritablement habité... En plus, il regardait souvent le sol (on devine que les paroles devaient défiler sur le prompteur). C'était très bon quand même... mais pas complètement magique. Autre bémol ? Un tout petit concernant Valley Of The Queens. C'était beau, bien sûr. Mais j'avais été plus impressionné par le trio Floor Jansen / Marcela Bovio / Anneke van Giersbergen il y a huit ans. Anneke a encore été magique mais on a à peine entendu Luyten... 

Tiens, j'avais dit qu'on reparlerait des animations sur les écrans... Eh bien là aussi, bilan globalement positif. Les visuels qui défilent en fond pendant que les musiciens et vocalistes se démènent sont - souvent de toute beauté. J'ai vu quelques autres animations lors de concerts passés (je ne citerai pas les groupes pour ne pas être désobligeant) et c'était parfois franchement cheap. Là, c'est nettement plus classe mais l'on devine bien une utilisation débridée de l'IA pour créer toutes ces images. Faut savoir ce que l'on veut, on peut contester un recours de plus en plus systématique à l'Intelligence Artificielle dans l'art... mais, au moins, le rendu est très réussi, c'est indéniable. 

Retour à la musique... et à la fin du show, plus particulièrement. Presque tous les albums d'Ayreon ont été représentés mais l'on constate tout de même quelques productions délaissées (rien de 01011001 ou de Transitus). Comme dit plus haut, la seconde moitié du spectacle voient se succéder les morceaux de choix et, en plus de la qualité musicale et visuelle de l'ensemble, le plaisir, la bonne humeur que dégage toute cette troupe est plus qu'agréable... nous sommes tous conscients de vivre quelque chose d'assez exceptionnel et cette soirée a de véritables allures de grande célébration (ce qui est logique... mais c'est tout de même bien que ce soit vraiment le cas). Après Everybody Dies, c'est le moment du grand discours d'Arjen Lucassen (qui était d'ailleurs venu épaulé Soeterbek, avec humour lors d'une scène où ils partagent du thé, quelques instants auparavant sur Amazing Flight). Le maître se confie assez longuement sur le plaisir qu'il a à nous recevoir, le fait que les concerts aient affiché "complet" aussi rapidement, que tout le monde est génial (nous compris), qu'il s'est rendu compte qu'il avait rapetissé au moment de se faire tailler un costume pour ce show, que certaines chansons parlent de chevaliers mais que lui en est un vrai (il a été fait chevalier cette année même)... bref, c'est un peu long mais généreux, drôle et même un peu émouvant quand il évoque l'absence d'Edward Reekers atteint d'un cancer incurable. Il remercie tout le monde et laisse la parole à son compère Joost, responsable d'une grande partie de l'organisation de cet événement. 

Il ne reste plus alors que deux titres et là, bonheur car grosse surprise : un autre morceau de Star One nous est offert et pas n'importe lequel puisqu'il s'agit du speed Set Your Controls qui ouvre le premier album Space Metal (il n'avait été joué qu'en 2002 et immortalisé sur le génial Live On Earth). Dino Jelusick reprend évidemment tenu à l'origine par Russell Allen (et se montre un peu plus à l'aise cette fois-ci même s'il ne fait toujours pas preuve du même entrain que les autres) pendant que Damian Wilson, décidemment brillant de bout en bout ce soir, lui donne la réplique. Grand moment. La soirée s'achève sur Day Two : Isolation... Tous les musiciens et vocalistes sont présents pour un final d'exception. Tout le monde est aligné et la soirée se termine avec le refrain repris a cappella par la troupe entière. Classe. 

Verdict : cet anniversaire valait le déplacement. On en a pris plein les yeux et les oreilles. Le show était généreux (deux heures et vingt minutes), beau, soigné et s'est déroulé dans la bonne humeur avec une assemblée de musiciens, invités et techniciens qui ont mouillé la chemise pour offrir aux fans une soirée inoubliable. On n'oublie pas que le concert a été enregistré (le samedi 13 au soir, il n'y avait pas de caméras mais un autre des sets proposés pendant ce weekend a été filmé) ! Ceux qui voudront revivre cette soirée pourront donc, d'ici quelques mois, se replonger avec délectation dans l'univers d'Ayreon... les autres pourront être témoins, avec un peu de décalage, de la maestria déployée en ce mois de septembre 2025. Vivement !

Un grand merci à l'équipe d'Ayreon et à Lauren Schuller en particulier pour l'accréditation et le pass photo !

Setlist : 

Act 1 

My House On Mars
Sail Away To Avalon
Green And Cream
Days Of The Knights
Day Six : Childhood
Dragon On The Sea
Day Thirteen : Sign 
Sea Of Machines
The Year Of '41
The First Man On Earth
The Lighthouse
The Argument 2
The Parting
Carried By The Wind

Act 2

The Theory Of Everything Part 1
The Theory Of Everything Part 2
Actual Fantasy
Into The Black Hole
Dreamtime
Dawn Of A Million Souls
Valley Of The Queens
Day Sixteen : Loser
The Castle Hall
Amazing Flight
Everybody Dies
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Set Your Controls
Days Two : Isolation

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