Satan Jokers

Interview date

03 Février 2012

Interviewer

fifi59

I N T E R V I E W

Interview Renaud Hantson (par mail)


Salut Renaud, merci d'accorder cet entretien au webzine auxportesdumetal.com. "Addictions", le précédent opus de Satan Jokers, était un concept album traitant de la drogue. Il incarnait la première collaboration avec Laurent Karila, qui a écrit les textes. Peux-tu nous parler de ta rencontre avec lui et de sa participation au groupe ?

Tout a commencé le soir où j’ai annoncé sur Facebook que je commençais une thérapie. Parmi tous les messages de soutien, un mot du docteur Karila, fan de hard rock et de Satan Jokers. J’avais lu son livre « Une Histoire de poudre », mais on ne se connaissait pas… On a continué les échanges et il m’a suggéré de faire un album sur le sujet avec Satan Jokers. Il est devenu mon thérapeute puis mon ami. Et nous avons réitéré pour un deuxième album.

Peux-tu nous présenter les membres du combo ?

Pascal Mulot est un bassiste époustouflant et a même sûrement poussé encore plus loin la notion de « Bass Hero ». Il est à l’origine de la reformation de Satan Jokers car il voulait rendre un homme à Laurent Bernat, avec qui il était proche. Mike Zurita est un musicien exceptionnel avec lequel je travaille très facilement et qui comprend tout à fait ce que je souhaite exprimer à travers la musique. Son jeu pour Satan Jokers est très technique et son attitude en scène est digne des plus grands guitar heroes. Avec lui, j’ai à mes côtés le guitariste qui résume le mieux ce que je recherche dans cet instrument. Aurel Ouzoulias, le batteur de Satan Jokers, est quant à lui un véritable phénomène. Je le qualifie souvent de cyborg ou d’alien car il a poussé encore plus loin ce que j’ai pu amener dans le style hard rock et metal français dans les années 80. Je suis parfaitement incapable aujourd’hui de jouer ce qu’il joue avec les pieds, il fait avec les jambes ce que je sais faire avec les bras ! Il synthétise parfaitement la fusion que je souhaite pour ce groupe car il maitrise autant le jazz rock que le hard rock.

Comment vas-tu aujourd'hui ?

J’essaie d’apprendre à m’occuper de moi. J’ai quasiment fait un bilan médical complet que j’appelle la vérification des 50 000 à l’approche de mes cinquante ans ! Je me suis engagé sur de nombreux projets, Furious Zoo, Satan Jokers et Hantson en solo dont j’ai véritablement repris les rênes via les concerts que nous donnons en trio ou en quintet.

Le nouvel opus, "Psychiatric", traite cette fois de psychiatrie. Quel a été le processus de composition pour celui-ci ? Comment s'est déroulé son enregistrement ?

Renouveler mon travail avec le Docteur Laurent Karila était une évidence. J’ai arrêté les séances de thérapie avec lui mais il n’était pas question que nous perdions pour autant le contact créatif qui nous unit également. Nous avons cherché une nouvelle idée pour retravailler ensemble pour un album de Satan Jokers. Faire un concept-album sur les maladies psychiatriques est venu tout simplement. J’avais quelques titres dans mes tiroirs. Mike et Pascal en ont préparé également quelques uns chacun de leur côté et ils ont aussi fait deux ou trois séances de travail ensemble. Mon boulot a été de choisir les climats musicaux qui correspondaient le plus en fonction des textes et de faire les mélodies. Je dirais que c’est un travail qui nous a pris un mois d’écriture et, comme d’habitude, des séances d’enregistrement chez Mike et Pascal dans leur home studio. Mes voix ont été enregistrées en deux après-midis dans le studio de mon local de répétitions. Aurel a fait toutes ses parties de batterie en une très grosse journée d’enregistrement en studio. C’est à nouveau Anthony Arconte, mon fidèle ingénieur du son, qui a mixé en une douzaine de jours ce nouvel album produit par Laurent et moi.

"Psychiatric" est un excellent album, prenant et varié, typique de Satan Jokers (reconnaissable entre mille, notamment avec les refrains), il constitue également l'album le moins immédiat du combo, le plus complexe techniquement. Est-ce également ton opinion ?

En effet, l’album est moins accessible à la première écoute que ce que nous avons fait précédemment. Avec des textes aussi « barrés », cela nous offrait une totale liberté créative et demandait également un peu de folie dans la composition.

Quels sont les projets de tournée le concernant ?

Comme je l’ai dit auparavant, nous ne savons pas ce que la vie nous réserve mais, même si nous mettons Satan Jokers en sommeil, nous jouerons là où on nous le demandera si les conditions sont respectueuses de la qualité de notre travail. Quelques dates nous attendent déjà.

Le DVD est remarquable, qualité et quantité se côtoient ! Peux-tu nous parler de sa réalisation ?

C’est mon ami, le photographe Philippe Wagner, déjà photographe du groupe à ses débuts, qui l’a réalisé. Nous nous sommes rencontrés au lycée. Parfois, je lui demande l’impossible, comme pour ce DVD de Satan Jokers qui regroupe trois heures de vidéos du groupe toutes époques confondues. Un travail de titan souvent effectué avec des bouts de ficelle, mais un défi de plus qu’il a relevé.

Rassure-moi, ce n'est pas l'ultime album de Satan Jokers ?

Laurent a l’envie d’écrire ce qu’il appelle un « sex opéra » mais ce n’est pour le moment qu’un projet. Rien n’a été encore structuré car cela demandera une véritable trame bien précise… Nous devrions donc dans les deux prochaines années écrire un opéra rock où j’espère certaines têtes du Metal francophone masculines comme féminines viendront nous rejoindre pour interpréter quelques personnages.

A ce stade de la carrière de Satan Jokers, quel meilleur souvenir retiendrais-tu... et le pire ?

Le meilleur, le Hellfest en 2009. Quant au pire, je dirais que nous ne sommes pas le pays du Hard Rock et que je vais reprendre mes distances avec ce circuit à la sortie de mon deuxième livre fin mars. Dans ce milieu en France, le QI et la notion du bon goût sont parfois assez proches du néant chez certains chroniqueurs... Rien n'a vraiment changé depuis 1985 et c'est bien triste, mais j'aimerai toute ma vie le Metal, j'aurai simplement essayé d'y faire évoluer les mentalités mais cela semble totalement impensable pour certains. Les groupes d’ici auraient besoin d’un peu plus de soutien médiatique mais il semble plus simple de tirer à vue que de les aider. Sur ces apprentis-rock critics, moi je tire la chasse !

Lorsqu'on regarde ta biographie, on se rend compte de l'imposant boulot fourni tout au long des années dans la musique (albums solo, Furious Zoo, Satan Jokers, participations diverses) mais tu écris également des livres. Peux-tu nous parler de "Poudre aux Yeux" et de celui à venir, "Homme à Failles" ?

Pour « Poudre aux Yeux », c’est Laurent Karila qui m’avait demandé de faire un journal de mes consommations de drogue, ce qui, bien entendu, m’emmerdait au plus haut point. Cependant, un jour, en thérapie il m’a posé la question : « Tu aimes les autobiographies de rock stars, alors pourquoi tu n’en ferais pas une toi-même ? » Je l’ai regardé et je me suis dit : « Chiche ! » En effet, ça faisait quelques années que j’y pensais et j’avais tellement de conneries à raconter que je me suis dis "pourquoi pas ?" J’ai fait ce bouquin, j’ai écrit ça pendant sept mois en lisant régulièrement à Laurent divers passages, en lui envoyant à chaque fois chaque chapitre avant qu’il ne me permette de signer chez Flammarion. À l’arrivée, le livre est, pour moi, une vraie rédemption. Je parle autant de rock, de sexe, de drogues, de variété, de musique, d’amitié, que de mes problèmes avec certains rédacteurs en chef. Je mélange tout ça dans une espèce de truc qui résume ma vie et ça n’est pas présomptueux, ce n’est pas de la littérature. C’est écrit comme un journaliste de rock parce que j’aime ça et c’est surtout très thérapeutique. Je pense que le sujet du deuxième, « Homme à failles », étant effectivement plus cash et faisant à nouveau partie d’un aspect thérapeutique que je souhaitais développer plus que d’un aspect littéraire, Flammarion n’était pas le bon interlocuteur et n’était pas motivé pour travailler sur ce tome II. Je n’avais pas tout dit dans le premier et nous avons choisi un abécédaire comportant sept mots par lettre pour exprimer ce que j’avais laissé de côté dans mon premier essai. Bien entendu, je n’ai choisi que des mots très « explicites » qui vont d’addiction, à animateur, drogue, en passant par phobies, quinquagénaire, sexe, banlieue, journaliste, fantasme, groupie ou encore xénophobie. Les démarches pour sortir chez un autre éditeur plus Rock n’ont pas été si simples pour moi que de faire un disque, mais il sortira bien pour les 29 et 30 mars lors de mes concerts parisiens à l’occasion de mes 50 ans.

Comment se porte ton école ?

Très bien ! Je m’y rends tous les mercredis et vendredis soirs quand je n’ai pas de concert car je reste malgré tout un « professeur en activité ». Le niveau a monté d’un cran cette année avec l’arrivée de plusieurs élèves et les progrès des anciens. Cette structure fête cette année ses dix ans d’ailleurs et donnera son concert de fin d’année le samedi 29 juin à St Ouen.

Quels sont tes projets à venir ?

Comme je l’ai dit, je me suis engagé sur de nombreux projets, Furious Zoo, Satan Jokers et Hantson en solo dont j’ai véritablement repris les rênes via les concerts que nous donnons en trio ou en quintet et mon deuxième livre sort fin mars. Même si Satan Jokers est en effet censé faire un break pendant quelques temps, je vais me concentrer sur l’élaboration d’un nouvel album solo pour lequel j’ai déjà seize titres écrits. Je vais également m’atteler à un album de blues pour Furious Zoo et je vais donner de nombreux concerts dont ceux, très importants, des 29 et 30 mars 2013 au Pacific Rock à Cergy où je fêterai mon demi-siècle !

Quels albums écoutes-tu en ce moment et lesquels conseillerais-tu ?

Emeli Sandé, Katy Perry, l’album live récent Peter Gabriel, le dernier Kate Bush, l’album de John Martyn sorti après son décès et je réécoute en ce moment tous les vieux Black Sabbath comme je le fais à peu près tous les dix ans !

Je te remercie pour cette interview et te laisse le mot de la fin !

Fin !!!


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