Artiste/Groupe:

Whom Gods Destroy

CD:

Insanium

Date de sortie:

Mars 2024

Label:

Inside Out Music

Style:

Metal Progressif

Chroniqueur:

Blaster of Muppets

Note:

16/20

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Le metal progressif et les supergroupes : chapitre... euh... on ne compte plus. Le claviériste Derek Sherinian et le guitariste Ron Bumblefoot Thal, qui faisaient déjà équipe dans Sons Of Apollo, sont de retour ! Il semblerait que leur aventure précédente soit arrivée à son terme (Mike Portnoy, homme à l’agenda très rempli, est récemment reparti chez Dream Theater, Jeff Scott Soto et Billy Sheehan sont bien occupés également) mais ces deux messieurs n’ont pas perdu de temps et ont vite décidé de rebondir avec Whom Gods Destroy. Pour s’accompagner, ils n’ont pas choisi n’importe qui : le batteur brésilien Bruno Valverde (Angra), le bassiste japonais Yas Nomura et le chanteur croate Dino Jelusić (Trans Siberian Orchestra, Michael RomeoJelusick...). Du beau monde donc. Bah oui, sinon on n’appellerait pas ça un "supergroupe" ! Maintenant que les présentations sont faites, voyons ce que Insanium a dans le ventre.

Au menu : du metal progressif parfois proche de ce que faisait Sons Of Apollo mais qui, de par les influences amenées par les nouveaux camarades de jeu de Derek et Ron, sait également s’en éloigner quand il le faut. Au niveau des points communs : un propos franchement musclé. Le prog de Whom Gods Destroy est beaucoup plus metal, rentre-dedans et sombre que rock ou aérien. Par moment, il adopte même un visage assez brutal ! Les deux premières pistes ne laissent planer aucun doute : on est en terre prog bien sûr, mais le metal n’est pas oublié. In The Name Of War commence par une intro au piano mais quand les autres instruments débarquent, la musique est conquérante et massive. La rythmique est puissante, la guitare est accordée bien bas et la voix de Dino agressive. Le refrain (très réussi) apporte la touche mélodique nécessaire pour que le morceau reste bien ancré dans les esprits. Au moment du break instrumental, Bumblefoot nous sort un solo masterclass assez jazzy pendant que le groupe l’accompagne en ne restant clairement pas cantonné à un rôle de figurant. Sherinian aura lui aussi le droit à son solo, histoire de rappeler qui il est. Ce démarrage est bien heavy mais Over Again va plus loin dans l’agressivité et la modernité avec un couplet des plus abrasifs. Rythmique torturée et chant hyper froid et belliqueux... ça ne va pas forcément enchanter tout le monde mais l’intensité est indéniable et, en plus, le refrain tue (Jelusić y est éblouissant). Le contraste entre la complexité ou la noirceur instrumentale et l’orgue Hammond utilisé par moment ainsi que le chant très Jorn Landien sur le refrain montre bien la dualité tradition / modernité qui est l’une des caractéristiques d’Insanium.

Le groupe, dans son envie d’explorer plusieurs pistes ou territoires, a un atout (en plus de ses incontournables compétences techniques) que toutes les formations n’ont pas : Dino. Il peut tout chanter. Il peut faire démonstration de puissance et froideur, balancer des lignes d’une agressivité impressionnante tout comme il peut se montrer plus chaleureux et mélodique. Le gars est, quoi qu’il fasse, toujours crédible et bluffant. Ainsi il montre un visage plus avenant sur l’excellente The Decision (un morceau à la rythmique très moderne, on pense à du djent ou des groupes comme Meshuggah... avec un son de basse délicieux). Les lignes de chant sont impeccables et je me laisse envelopper par leurs mélodies. Si certains ont été rebutés par l’hostilité mise en avant sur Over Again, écoutez donc The Decision, ça ira mieux. Et dites-vous qu’il y a d’autres compos où Dino explore sa facette mélodique. Sur la belle ballade Find My Way Back (où il fait ressortir le Russell Allen qui sommeille en lui, sur le couplet notamment, c’est assez troublant) ou sur Keeper Of The Gate, une chanson mid-tempo très sympa, au groove qui évoque les anciens (un mix Led Zep, Purple, Rainbow), où Dino se débarrasse temporairement du "n" de son prénom pour faire revenir parmi nous un certain Ronnie James... Pour ceux qui voudraient poursuivre dans une veine mélodique plus old school (musicalement parlant aussi), il y a Requiem (disponible sur l’édition limitée uniquement), dominé par l’orgue et un chant théâtral, qui s’éloigne du prog moderne et implacable souvent arboré par WGD.

Les amoureux de technique se régaleront avec l’instrumental Hypernova 158. Rythmé, virtuose, assez concis (moins de quatre minutes). C’est une démonstration de maîtrise épatante... mais qui, je ne vous le cache pas, me laisse un peu froid. C’est fun mais je ne retiendrai pas cette compo comme la plus marquante de l’album. Un auditeur, plus "musicien dans l’âme", sera sans doute plus enthousiaste que moi. Un autre bémol personnel : Crucifier. Une chanson qui explore la veine hargneuse aperçue précédemment mais pas avec autant de bonheur. Grosse rythmique, chant aboyé, riff groovy sur le refrain... Pourquoi pas mais je trouve le titre assez bourrin et pas hyper mémorable. Crawl, autre single de l’album, s’en sort beaucoup mieux, il me semble... et la chanson titre, morceau de plus de huit minutes découpé en trois parties, me convainc bien plus (la partie calme centrale est de toute beauté et apporte une respiration bienvenue).  

Insanium contient de bien belles choses, c’est une évidence. Ses musiciens, sa production impeccable, son énergie, ses ambiances (et certains refrains particulièrement bien écrits) sont autant de points forts qui garantissent un moment de qualité. Pour autant, contrairement à ce que le titre de l’album pourrait laisser imaginer : ça n’est pas la "folie" totale non plus. Malgré la variété des influences et la volonté de mélanger vieille école et prog plus moderne, la copie de Whom Gods Destroy ne me surprend (et ne m’émeut) pas autant qu’elle le pourrait. Elle pêche également parfois - à mon sens - par excès de froideur et démonstration... et une ou deux pistes plus dispensables. Pas forcément THE chef-d’œuvre donc... mais un disque très réussi, habile, remuant, qui contient des moments très forts et dont la qualité d’interprétation est brillante. C’est déjà bien et une continuité tout à fait honorable pour Sherinian et Bumblefoot qui livrent là une œuvre qui devrait notamment parler à ceux que la disparition de Sons Of Apollo a le plus attristé. Une chose est sûre, malgré une ou deux petites réserves, j’imagine ce que cela pourrait donner sur scène... et j’avoue que je suis très curieux (presque impatient même) de voir ça !
 

Tracklist de Insanium :

01. In The Name Of War
02. Over Again
03. The Decision
04. Crawl
05. Find My Way Back
06. Crucifier
07. Keeper Of The Gate
08. Hypernova 158
09. Insanium
10. Requiem (bonus track de l’édition limitée)

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