Therion

Artiste/Groupe

Therion

CD

Les Fleurs Du Mal

Date de sortie

Octobre 2012

Label

Season Of Mist (distributeur)

Style

Metal Symphonique

Chroniqueur

Ostianne

Note Ostianne

14/20

Site Officiel Artiste

Myspace Artiste

C H R O N I Q U E

Il y a des nouvelles comme celle d'un nouvel album qui font plaisir à entendre pour les fans. L'excitation monte, puis le groupe distille des informations : nom de l'album, pochette, tracklist (qui souvent ne donne que peu d'indications à part le nombre de chansons présentes sur ledit album). C'est aussi ce qu'a fait Therion pour Les Fleurs Du Mal. Et à l'annonce du nom et de la pochette, beaucoup de questions se posaient : pourquoi un titre français ? Le groupe va-t-il adapter les poèmes de Baudelaire en musique ? Et quelle est cette pochette si différente des anciennes ? Et n'ayant que très peu d'informations, on commençait à se demander quel pouvait être le sens de tout cela. Jusqu'à une déclaration de Christofer Johnsson : "après vingt-cinq ans de carrière, le groupe prend une nouvelle direction sans sortie d'albums régulière, sans tournée régulière". Coup de massue pour les fans. Second coup de massue, ce nouvel album reprend, en version Metal, des titres de la Variété Française : du Gainsbourg, du Marie Laforêt, du Sylvie Vartan, une fausse rumeur de François Feldman. Pari très risqué de la part de Therion quand on connaît le peu d'ouverture d'esprit dont sont capables de faire preuve les metalleux qui sont souvent élitistes. Et les réactions négatives, avant même une écoute, pleuvent sur le groupe et la décision de Johnsson et, avec le départ de Snowy Shaw, ça ne peut être que la preuve d'une mauvaise blague (rappelons tout de même que ce n'est pas son premier départ et que cela ne veut donc rien dire...). Et bien voyons cela tout de suite.

Premièrement, qu'on ne s'attende pas à des jugements de valeur aussi subjectifs que "la tracklist est ringarde", "c'est de mauvais goût" ou pire encore "c'est de la merde". Tout un chacun a le droit d'aimer ce qu'il veut, Christofer Johnsson ne se fera donc juger ici que sur les reprises, non sur ses goûts. Car après tout, si l'on devait lui reprocher d'aimer la Variété Française et de lui rendre hommage, il serait de bon ton d'accepter les critiques et préjugés accordés au public du Metal. Ne fais pas à ton prochain ce que tu n'aimerais pas que l'on te fasse, n'est-ce pas ? C'est donc parti pour seize titres (version digipack oblige) et ça commence par Poupée de Cire, Poupée de Son. Grosses guitares sorties, nulle doute, on est face à du Metal. Vocalises de Lori Lewis, en solo pour interpréter cette chanson de France Gall. Le titre est très brut, on ne reconnaît que très peu la mélodie en arrière-plan alors que les lignes de chant sont quant à elles conservées. On retrouvera un côté plus décalé et amusant sur le remix où le clavier est cette fois-ci mis en avant, alors que Thomas Vikström se prête au jeu avec un accent français par moment presque irréprochable. Les deux vocalistes ayant une formation classique, c'est un plaisir de les entendre avec leurs plus belles voix. On a presque envie de les imaginer dans Carmen, de Bizet, et qui sait, cela a peut-être fait partie de leurs formations... On retrouve peu de classiques connus de tous sur cet album : quelques titres de Gainsbourg (auteur et/ou interprète), un titre de Sylvie Vartan, mais la plupart, comme les titres de Betty Mars, ne sont que très peu connus.

Le sérieux de l'album se fait sentir à la façon dont sont jouées et interprétées ces reprises. Cependant, avec Les Sucettes, bonus de l'album, on sent l'envie de s'amuser un petit peu, et un second degré pointe son nez, tout comme le remix de Poupée De Cire, Poupée De Son. Car il faut bien reconnaître que les titres sont assez lourds, lents et plutôt triste. Pas de côtés mystiques puisque Johnsson n'a pas écrit, mais il n'a pas choisi des titres ayant des messages forts, ou les chansons légères que la France a pu connaître. Un choix pour, peut-être, être pris plus au sérieux que s'il avait choisi de faire des reprises des eighties ou disco, peut-être plus légères en rythme, en paroles ou encore en compositions. Le souci est pourtant qu'on ne reconnait pas vraiment l'univers ni le son de Therion, cette variété de compositions, cette recherche musicale n'est pas véritablement présente. Et en cela, l'album déçoit, tout comme il déçoit par son manque de choeurs (présents très légèrement sur La Licorne D'or) et de variations vocales. Un Thomas hargneux sur une seule chanson alors qu'il est dans un registre plus doux et lyrique sur les autres titres, c'est peu et n'apporte pas assez de changements. De même, il manque cette hargne musicale que peuvent avoir les titres de Therion ou encore un côté fédérateur, d'autant que plusieurs titres doux se suivent et donnent un petit coup de mou à l'album.

Si la structure des morceaux n'est pas résolument Metal, on sent le travail de recherche de Johnsson, l'envie de proposer quelque chose d'étonnant, surprenant, peut-être même exotique. L'exemple d'Initials BB (inspiré de la Symphonie du Nouveau Monde - la neuvième - de Dvorak) est flagrant : on garde la structure du morceau, les cuivres et le violon, mais on met en avant un côté plus symphonique et surtout sensuel dans la voix de Johanna Naila, danseuse officielle d'Orphaned Land, qui diffère véritablement de Gainsbourg. Sans dénaturer le morceau, il le remettrait presque au goût du jour, du moins d'un type de Metal Symphonique. Alors bien sûr, pour ceux qui attendent quelque chose de fourni, de dense, il faut passer son chemin. Ici, malgré le travail de réinterprétation, on est face à quelque chose d'assez simple, pas de prise de tête. La très simple La Maritza, hommage à la Bulgarie natale de Sylvie Vartan, prend une dimension plus tragique par la musique mélancolique où, encore une fois, la guitare est reléguée au second voir troisième plan, où l'instrument primant est le violon.

Mais c'est surtout Lori Lewis qui fait une grande partie du travail, atteignant des notes presque impensables et qui font d'elle la chanteuse lyrique du Metal la plus époustouflante. Soeur Angelique par exemple met aussi sa voix et sa technique non démunie d'émotions en avant. Car Les Fleurs du Mal permet bien une chose, c'est de mettre en avant cette demoiselle et son acolyte Thomas Vikstrom, qui en plus de démontrer son talent de ténor (J'ai le Mal de Toi), se montre aussi agressif. On retrouve une voix plus heavy sur Je N'ai Besoin Que de Tendresse, titre très agressif et peut-être trop poussif au regard des autres chansons. On y aurait bien vu Snowy Shaw, qui n'apparaît qu'en choeurs sur Initials BB et sur Dis-Moi Poupée qu'il rend sombre par sa façon de chanter. Même la chanteuse guest Mari Paul a été bien choisie et ne détonne pas avec les deux autres voix. Plus grave, elle tempère presque les envolées des deux chanteurs lead pour les rejoindre et donner un côté plus brut qu'aérien comme sur Une Fleur Dans Le Coeur où les trois protagonistes trouvent un très bon équilibre. Car même si Lori ne fait pas de fausses notes et exécute très bien ses lignes de chant, un peu de simplicité vocale fait aussi du bien à entendre.

Finalement, cet album surprend par sa démarche, qui plaira ou non (même s'il est toujours conseillé d'écouter avant d'émettre un jugement), révèle des artistes oubliés (merci pour notre culture musicale, même si ça fait mal de se dire qu'un Suédois s'y connaît plus qu'un Français), met en avant ce que Christofer Johnsson peut aimer et surtout montre que les barrières en musique ne devraient pas exister. D'autre part, on peut applaudir le courage, à la hauteur de ses convictions, que Johnsson a eu en rachetant les droits de son album à un label qui ne voulait pas le sortir afin de lui donner vie. Cependant, s'il sort sous le nom Therion, Les Fleurs Du Mal ne correspond pas à l'image que l'on se fait du groupe et de sa musique. Il est présenté comme une parenthèse, rien ne nous oblige à l'apprécier, mais on peut respecter l'envie du compositeur du groupe de faire des expérimentations et s'essayer à de nouvelles choses. Car après tout, la musique n'est qu'une affaire de goût et d'envie qui diffèrent d'une personne à une autre. Et pour la détermination dont il a fait preuve, chapeau bas l'artiste ! Mais on souhaite qu'il n'oubliera pas les fans de Therion qui attendront un retour digne de ce nom dans les années à venir avec un album correspondant plus à leurs attentes.

 

Tracklist des Fleurs Du Mal :

01. Poupée De Cire, Poupée De Son
02. Une Fleur Dans Le Coeur
03. Initials BB
04. Mon Amour, Mon Ami
05. Polichinelle
06. La Maritza
07. Soeur Angelique
08. Dis-Moi Poupée
09. Lilith
10. En Alabama
11. Wahala Manitou
12. Je N'ai Besoin Que De Tendresse
13. La Licorne D'Or
14. J'ai Le Mal De Toi
15. Poupée De Cire, Poupée De Son
16. Les Sucettes (bonustrack)

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