C’est du côté de l’Ukraine que nous nous rendons pour un groupe expérimenté (quinze ans d’existence), hyper intéressant, mais étonnamment encore jamais chroniqué en ces augustes pages. C’est depuis Kiev que le groupe s’est constitué autour d’Igor Sydorenko principal maître d’œuvre de la formation et vétéran historique de la scène underground ukrainienne. Dans ce pays si marqué par l’Histoire, objet de toutes les convoitises et de trop d’enjeux géopolitiques, Igor Sydorenko a tracé son chemin avec son stoner rock / psychédélique un peu doomy très réputé. Le groupe accumule les sorties et ce, malgré un contexte « national » que l’on sait tragique.
Ce Songs To Sun est le huitième album (en douze ans, c’est propre) et le groupe sera en tournée au début du printemps en compagnie des excellentsWheel, très appréciés sur ce webzine. Au programme, six titres dont trois dépassent les sept minutes pour monter à quasiment dix pour Quicksand qui conclut cet album très cohérent artistiquement. Vocalement, impossible de ne pas songer à la voix de Zakk Wylde et même parfois à celle d’un Ozzy Osbourne. Tout cela est très cohérent, on navigue ici dans un stoner post sabbathien et l’ombre tutélaire du grand frère reste ici bien présente.
Le disque a été enregistré en Pologne au sud de Wroclaw à la frontière tchèque. Mixé et masterisé en Suède, on devine que le groupe a dû s’adapter aux circonstances, infernales on le sait. Le stoner proposé ici reste assez sombre dans ses thématiques, ce n’est pas nouveau et si on ne ressent pas ici de référence explicite au quotidien ukrainien, il est permis de penser que ça doit avoir un impact. Reste que, comme souvent, on trouve une certaine beauté chez Stoned Jesus, le tout reste bien gloomy, Igor sait y faire. Je précise qu’il est accompagné sur cet effort d’Andrew Rodin à la basse et Yurii Ciel à la batterie. Les compos prennent leur temps, les parties s’enchainent bien, c’est fluide, bien construit avec un vrai savoir-faire.
Attendu de nouveau sur les routes, Stoned Jesus continue son parcours atypique, très personnel. Valeur refuge d’un certain stoner, Stoned Jesus et son patronyme gentiment provocateur sur une scène qui s’auto-caricature allègrement méritent un détour.