Phénomène clivant s’il en est, Sleep Token continue son inexorable marche en avant. Voilà un groupe qui perturbe un peu : un concept ultra anonyme qui forcément confère une aura particulière au groupe et qui mécaniquement attire des fans die-hard adhérant sans limites à ce concept. Et d’autres qui y verront une vaste fumisterie « masquant » une incurie musicale. Difficile de se positionner tant la hype biaise de fait la lecture. On valide on est un « mouton » : on critique on est un « hater ». Quelle belle époque ! Les réseaux sociaux devaient élargir l’offre, ils ne font que la polariser. C’est bien dommage mais on va quand même essayer. Nothing to lose… et si je vexe certaines personnes, ne pas hésiter à nous envoyer un courrier vindicatif, je présenterais le cas échéant mes plus plates confuses tout en rappelant les vertus de la libre expression. Allez trêve de médisances sur les dérives de nos réseaux sociaux et penchons-nous sur ce nouvel effort qui devrait amener nos anglais au Hellfest 2026 (hypothèse personnelle dénuée de toute information).
Sleep Token c’est encore un certain Vessel, anonyme de son état, qui pour moi a repris le concept de Ghostce qui est loin d’être idiot vu le succès rencontré. Mais là où le pape suédois navigue dans les sphères heavy – rock occulte 70’s – 80’s, Sleep Token est résolument plus adapté à son époque avec un patchwork de metal alternatif, d’indie pop, de R&B, de boucles électro qui rendent le groupe bien difficile à suivre. Sure ce nouvel effort, il y a cette longue intro (plus de 5-6 minutes) avant un bon gros riff bien metal, sombre, bien heavy avec cris à l’appui. D’entrée, sur ce nouvel effort, le groupe surprend et varie les styles avec un très beau contraste, très bien amené. Et un très très gros final avec double pédale à l’appui L’effet est top, un peu téléphoné à la réécoute mais soyons francs, ça fonctionne. Sleep Token nous perturbe ensuite avec Emergence avec une intro ambiante, une voix très pop (voir variété) et une atmosphère très cinétique. Tout Sleep Token se trouve là avec une versatilité très marquée qui rend le disque difficile à suivre. La faute à ces changements d’ambiance. Ah c’est l’époque, c’est moderne mais pour ma part, j’accuse le coup. Le spoken-word presque (abstract) hip hop ce n’est pas trop mon truc et si l’arrivée d’une grosse guitare et un final plus massif me remettent un peu dans le titre, ce n’est pas l’enthousiasme fou. Ces accroches vocales trop pop (et passées sous filtre vocal) me bloquent un peu, je le concède. Le final avec la trompette continue de désarçonner, Sleep Token ça part dans tous les sens.
L’intro de Past Self m’a étrangement fait penser à du Gims dans la façon dont la voix est traitée. On retrouve ces lignes surproduites, typiques de notre époque et qu’on a l’impression d’avoir déjà entendues. Là je passe mon tour et j’admets ne pas avoir tenu la piste complète tant ce morceau m’a été pénible à l’écoute. Dangerous poursuit sur ce modèle avec des vocaux surproduits sur des sons très abstract ambiant. Les fans d’abstract hip hop s’y retrouveront (fans de Gasoline c’est pour vous). Passées les vingt premières minutes, le constat est un peu rude : quelques bons gros riffs sur les deux premiers titres mais un recours à des passages ambiants et des vocaux « compliqués » pour moi, ce n’est pas fameux. Et continuer ce disque se transforme lentement mais sûrement en quasi acte de foi.
Caramel en mode semi ballade fonctionne plutôt pas mal, là encore par un bon riff un peu lourd qui finit même par tout écraser sur le final avec une ambiance presque « blackisante » mais entrecoupée de mélodies vocales bien sucrées. Toute l’ambivalence du groupe est là, je persiste. Pas trop mon délire mais je l’admets sans problème : ça le fait bien sur ce genre de passages où le groupe développe son univers. En live, avec les lights appropriés, ça doit faire son effet. Malgré ces temps faibles, le voyage se poursuit avec le morceau titre doté d’une jolie mélodie de piano. Tout en délicatesse, juste cette voix en auto tune qui manque d’émotion. Dommage car l’instru est réussie. En fait, mon gros souci provient de ce chant trop trituré, trop produit. Je n’aime pas tout simplement. C’est apparemment « à la mode » (cf le succès d’Imagine Dragons) mais clairement pas à notre place sur notre site (ce qui n’est pas grave, juste pas la bonne cible). Cela me pose souci car sincèrement, la musique est plutôt plaisante. Les mid-tempos plus rock comme Damocles ou Gethsemane sont solides.
Il va sans dire qu’il ne s‘agit là que de mon avis, mon enthousiasme est très relatif le lecteur l’aura compris. Je ne suis juste pas la cible car renseignements pris auprès de plus jeunes générations (que je remercie pour leur aide sur cette chronique), Sleep Token c’est « top ». L’aspect « montagnes russes » plait beaucoup là. Si j’aime les variations, là c’est juste un trop grand écart. Pas bien grave, le groupe bénéficie d’une hype incroyable probablement bien aidée par un concept très abouti avec une bonne gestion marketing (le mystère reste entier autour du groupe, pas d’interview). C’est aussi très adapté à son époque. A voir comment cela évoluera.