Artiste/Groupe:

Rage

CD:

Afterlifelines

Date de sortie:

Mars 2024

Label:

Steamhammer / SPV

Style:

Power Metal

Chroniqueur:

florentc

Note:

18/20

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Rage n’est pas le genre de groupe à se reposer sur ses lauriers, ni à se reposer tout court d’ailleurs. Le trio Allemand revient cette année avec son vingt sixième album (!) Alors qu’on a encore l’impression que le précédent est sorti tout récemment, il est déjà sorti il y a trois ans de cela. Un album, une tournée, un album, une tournée et ainsi de suite. Cela semble si simple et limpide pour Peavy Wagner et sa bande... Et contre toute attente, le trio nous gratifie à chaque fois d’albums qualitatifs. Comme quoi il est possible de mêler qualité et quantité quand la passion, l’implication et l’inspiration sont au rendez-vous. Et depuis l’annonce de la sortie de ce Afterlifelines, j’avais comme un bon pressentiment. Une pochette avec un jaune éclatant sur fond d’apocalypse (on verra en fin de chronique qu’elle reflète bien les thèmes de l’album), et le Soundchaser bien mis en avant, mais aussi les informations concernant l’album évidemment. Car pour la première fois en quarante ans de carrière, le groupe sort un double album. C’est fou, en peu de temps finalement. Et cerise sur le gâteau, un album sera du Rage en mode heavy pied au plancher, tandis que le deuxième sera du Rage avec l’ajout de parties symphoniques / orchestrales. Rien d’étonnant en soi, le groupe étant familier du genre depuis des lustres (trilogie Lingua Mortis, divers titres avec des touches symphoniques dans divers albums dont le dernier en date, et la formation sous le nom LMO, bref il y a de la matière). Étant amateur de Heavy, de metal symphonique et de musique classique depuis toujours, forcément impossible de rester insensible à cette annonce. Maintenant en étant plus cartésien, la question du remplissage et du trop plein est tout à fait légitime. Oui, mais ça, c’est bien mal connaître Peavy et ses copains.

Rentrons dans le vif du sujet avec Afterlife, c’est à dire l’album standard. Chose étonnante, c’est une intro douce et apaisante qui amène vers End Of Illusions, premier titre de la partie Heavy de l’album. Le groupe est en grande forme, avec un titre concis, rentre dedans et diablement efficace, Peavy nous lâchant même quelques growls. Le refrain est redoutable, bref, une très belle entrée en matière. Under A Black Crown, judicieusement choisi comme single, confirme la première impression. C’est un Rage le couteau entre les dents qui nous est servi. Entre mélodie et hargne, sur deux titres à peine le groupe fait mouche. Tous les titres sont globalement sur une durée similaire, le groupe va à l’essentiel avec un ensemble très homogène. Et tape très souvent dans le mille. On savait les relations entre Peavy Wagner et son ancien acolyte Victor Smolski tendues, ce qui a conduit à la séparation du duo. On ne sait pas comment se passe les relations avec Jean Bormann et Vassilios Maniatopoulos, mais on ressent du positif et de la fraîcheur à l’écoute de l’album. De l’inspiration, du sang neuf, comme l’impression d’écouter un jeune loup après trois albums et non pas un vieux briscard avec un sac à dos chargé de quarante ans d’âge. Ça force le respect.
 
Vous aimez donc le Heavy de papa et vous voulez du Rage bien énervé ? Dead Man’s Eyes est là pour vous servir. Un titre heavy à souhait aux relents thrash, avec bien entendu toujours un sens de la mélodie aiguisée. Difficile de choisir un titre en particulier tant ils ont tous ce côté hit en puissance, sans tomber dans le redite et la lassitude au fil de l’album et des écoutes. En témoigne deux titres qui se suivent en fin d’album :  Waterwar et Justice Will be Mine. Ça dégomme tout, du refrain aux riffs de guitare (encore une fois pas loin des frontières du thrash sur Waterwar), c’est rentre-dedans et surtout ça s’incruste bien dans le crâne avec une envie pressante de relancer les titres. À mi-chemin le bilan est déjà plus que positif, et c’est même une bonne baffe que nous met Rage. Et dire qu’il reste le dessert avec Lifelines, la partie symphonique donc. Et pour le dessert, il reste toujours de la place !
 
 
On rentre dans le vif du sujet avec le premier titre orchestral dévoilé, Cold Desire. Intro évidemment typiquement cinématographique, avant que le metal vienne renverser la table, et cette montée en puissance avant ce refrain grandiose ! Quelle mandale encore. Root Of Our Evil se veut presque joyeux, très entraînant, avec ses cordes en fond. Ce titre pourrait bien faire un malheur en live, avec ce solo de guitare sur fond de violons, quel régal... Un titre qui contrebalance avec Curse The Night plus hargneux et sombre dans l’esprit. Les légères sonorités orientales rendent bien également, et prouvent encore une fois le savoir faire du groupe en terme de composition. Le court break orchestral fait penser à du Nightwish, pour donner une idée de la chose. Pour les allergiques des orchestrations et du metal symphonique, pas de crainte à avoir, les orchestrations sont certes bien présentes, mais pas dominantes. Elles magnifient les titres mais restent plus en arrière-plan que sur le devant de la scène. Le metal de Rage est toujours largement mis en avant. Dying To Live calme un peu le jeu, avec une ballade et un ton différent du reste de l’album. Et pour une fois, une ballade ne fait pas tâche, même si elle n’est pas au même niveau d’excellence du reste, à mon avis. Le gros pavé de cet album est Lifelines, qui, du haut de ses dix minutes, propose une musique à la structure plus complexe, qui fait la part belle à la guitare. Et devinez quoi ? C’est une réussite, même si plus difficile à appréhender que le reste de l’album. 
 
En résulte un double album sonnant très moderne. Je n’aime pas utiliser ce terme car cela ne veut en général pas dire grand chose, mais le groupe n’a jamais sonné autant... moderne, dans l’air du temps quoi ! Sûrement cette fraîcheur mentionnée plus haut. Les thèmes abordés vont également dans ce sens. Peavy Wagner sur le sujet : "Cet album décrit une sorte de scénario dystopique, dans lequel tous les systèmes que nous connaissons s’effondreront si nous ne changeons pas fondamentalement. La chanson « Toxic Waves », par exemple, parle de la quantité dévastatrice de plastique dérivant dans nos océans, tandis que « Dead Man’s Eyes » parle de l’extinction des orangs outans. Que de belles choses en perspective pour un futur radieux en somme ! Mais revenons-en à la musique. La production rend hommage à tout ce beau travail de composition. Que ce soit les soli taillés au cordeau et toujours bien amenés, où le travail sur la batterie qui fera "oublier" aux plus nostalgiques cette pieuvre de Mike Terrana, les Allemands contenteront aussi bien les vieux de la vieille que la nouvelle garde découvrant le groupe avec cet album. Bref, Rage est un groupe vivant à fond dans son époque, celle d’aujourd’hui. Une parfaite symbiose entre un savoir-faire vieux de quatre décennies, et certainement l’humilité de se remettre en question en proposant autre chose qu’un sempiternel copier-coller, qui sera fatalement moins bon d’albums en albums. Un respect immense pour ce groupe qui ne l’est pas moins.
 

Tracklist de Afterlifelines :

CD1 (Afterlife) :
01. In The Beginning
02. End Of Illusions
03. Under A Black Crown
04. Afterlife
05. Dead Man’s Eyes
06. Mortal
07. Toxic Waves
08. Waterwar
09. Justice Will be Mine
10. Shadow World
11. Life Among The Ruins

CD2 (Lifelines) :
01. Cold Desire
02. Root Of Our Evil
03. Curse The Night
04. One World
05. It’s All Too Much
06. Dying To Live
07. The Flood
08. Lifelines
09. Interlude
10. In The End

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