Groupe épatant entre post Metal et Inde-pop, Përl est un groupe profondément original, pratiquant un dark-rock n’ayant pas peur d’aller dans les sphères de l’extrême. L’atout majeur de ce groupe c’est cette voix proprement ébouriffante. Déjà ce timbre de voix est plutôt sympa, très « français ». Ensuite le spectre vocal est épatant avec une vraie capacité sur des tempos « lents » (le démarrage somptueux de Fjara) autant que dans l’aspect extrême (Au Royaume des Songes). Enfin la beauté des textes. Pour être transparent avec mon estimé lecteur, je fais partie de ces fans de musique pour qui les textes sont secondaires. Une amie très proche (bon ok une fille dont je fus sincèrement épris) me disait que je passais à côté d’une partie de la musique mais il s’agissait là d’un désaccord de styles musicaux. Elle était branchée variété française (et pas la meilleure), j’espère que le lecteur bienveillant aura de l’empathie pour l’auteur de ces lignes.
Passé ce moment Confessions Intimes, les textes sont fondamentaux chez Përl et ses paroles sonnent magnifiquement bien. Encore plus avec cette voix puissante, forte et hyper intelligible. Ces textes sont très bien valorisés avec une mention spéciale pour la reprise de Fjara, écrin de noirceur merveilleusement lumineux. J’en ai tellement envie que j’aborde le sujet direct : cette reprise de Fjara c’est le joyau de ce nouvel album. Exprimé ainsi, cela pourrait sembler désobligeant, dévalorisant les compos propres du groupe (excellentes nous y reviendrons) mais elle est si personnelle, si réadaptée à la musique du groupe que cela pourrait passer pour un titre original de Përl. Cette version est au niveau de l’original ce qui n’est pas rien. Tout est présent ici : un démarrage où la voix est superbement mise en valeur avec des textes noirs sublimes, un changement de tempo avec un beau dynamisme fait office de pont avant un final tout en intensité. Le résultat est superbe, magique. Je vous mets la vidéo ci-dessous, le lecteur pourra en juger. (Ainsi que l’original et ses incroyables paysages, ainsi j’aurai placé une re-prise de son au sein d’une chronique ou comment faire d’une pierre deux coups !).
Le reste de l’album est d’excellente facture, parfois déstabilisant, créatif. La présence de Sam Pillay dePoint Mort apporte un vrai plus, en anglais s’il vous plaît, nouveauté pour le groupe. Autre invité, Yannick Renaud et son saxophone avec des interventions élégantes. Le groupe développe ses ambiances, ses textes sublimes, cette poésie, cette mélancolie. Le chant d’Aline Boussaroque reste l’atout majeur, elle illumine ce disque par ailleurs assez sombre. Le chant sur Naufragée des Nuages est audacieux avec des passages presque « parlés ». Décidément, Aline se permet beaucoup de choses et ça le fait bien. Les guitares sont aussi très puissantes, très post, j’accroche bien. Très référencé culturellement, le batteur Thibault Delafosse aime à citer le « clair-obscur » cher à des Caravage ou autre Rembrandt. Très émotionnel, ce disque porte clairement une dynamique littéraire rendant cette œuvre (de quatre disques désormais) très originale. Përl a sa patte, son style, qui m’a beaucoup plu le lecteur l’aura compris. Forcément on pense à un Misanthrope pour la beauté des textes.
Encore une fois, Përl emporte l’adhésion avec un disque profondément singulier, brillant proposant un Art complet intégrant une fibre littéraire aussi rare que remarquable. Et j’y reviens, ce disque contient une version de Fjara absolument excellente. Un groupe à part à l’œuvre singulière. Merci à ces groupes de faire vivre notre si belle langue.