Un an et demi après son premier essai intitulé (prenez votre respiration) The Distortion Of Lies And The Overdriven Truth, le groupe One Machine, toujours mené par le guitariste Steve Smyth, remet le couvert et propose donc un deuxième effort au titre plus court cette fois-ci : The Final Cull. Du potentiel, One Machine en avait montré en 2014... Hélas, l'énergie et les idées n'étaient pas toujours canalisées, et l'album s'était avéré aussi impressionnant qu'agaçant. J'avais d'ailleurs terminé ma chronique ainsi : " Avec une écriture mettant davantage l'accent sur la musicalité et un peu moins sur la technique, le groupe saura sans doute proposer un second album plus convaincant. Si, en plus, la production est plus soignée et que le chanteur arrive à se calmer un peu de temps en temps tout en offrant des lignes plus accrocheuses, alors ce sera vraiment excellent." Fort d'un line-up renouvelé, le combo a-t-il réussi à gommer les défauts de sa première galette ? Globalement, oui, c'est mieux. Toujours perfectible mais en net progrès.
Commençons par les changements. Comme je viens de le dire, le line-up du groupe n'est plus le même. Les guitaristes n'ont pas bougé, on retrouve donc Steve Smyth et Jamie Hunt à leurs postes. Le batteur Michele Sanna avait été recruté tout de suite après l'enregistrement du premier album (remplaçant alors Rafael Saini) et il est toujours là. Par contre, c'est Stefano Selvatico qui occupe maintenant le poste de bassiste et surtout Chris Hawkins qui remplace Mikkel Sandager (ex-Mercenary) au chant. Je dis "surtout" parce qu'il s'agit évidemment du changement le plus notable quand nos oreilles se posent sur ce disque. Bien sûr, les nouveaux venus se montrent à la hauteur et ne font pas regretter les anciens membres. Mieux que ça, Hawkins s'avère être un choix plus judicieux que Sandager (que j'aime pourtant beaucoup) derrière le micro. En effet, dans un style assez similaire mais pas identique, le jeune britannique fait des étincelles. Il a la puissance, la rage, les cris aigus... mais il est plus sobre que son prédécesseur et bénéficie de meilleures lignes de chant (avec moins de passages suraigus crispants). Autre bonne nouvelle, la production est de meilleure qualité. Le son n'est pas à des années lumières du cru 2014 mais a gagné en clarté et densité... c'est moins brouillon et plus carré.
Au niveau du style musical, The Final Cull est dans la continuité de son prédécesseur. Il fait donc dans un power thrash assez moderne et technique qui pourrait plaire à ceux qui aiment bien les anciens groupes dans lesquels Smyth a joué (Nevermore, Forbidden, Vicious Rumors...). C'est sombre, méchant et un brin torturé mais, cette fois-ci, on sent que les compositeurs ont pris garde à moins perdre l'auditeur... sans tomber dans quelque chose d'easy listening pour autant.
Un riff simple, grave et efficace, une batterie véloce avec double pédale enclenchée, un vocaliste ultra-rageur sur le couplet et plus mélodique sur le refrain (dont la mélodie évoque celles entonnées jadis par Forbidden)... c'est ainsi que démarre ce nouvel opus avec Forewarning. Pas de prise de tête, c'est concis (la piste dure à peine plus de quatre minutes), énergique, puissant et la mélodie se retient bien. Hawkins fait une entrée remarquée et ne fera que confirmer cette bonne première impression sur les morceaux suivants en faisant preuve de versatilité, montrant ainsi l'étendue de ses possibilités vocales. La deuxième compo proposée n'est autre que la chanson titre et a la bonne idée de ne pas être un calque de Forewarning. Lancée par une intro au clavier proposant une "ambiance symphonique" (mais sobre) avant que ne débarque le groupe sur un tempo plus lent et lourd, The Final Cull fait étalage de la virtuosité de Smyth et compagnie ainsi que d'un travail intéressant sur l'ambiance et les mélodies. Point commun avec le morceau précédent : le refrain est de bonne facture. En plus de cela, la compo se développe et évolue sur sept minutes nous offrant plusieurs visages, un joli break apaisé en milieu de parcours et de belles parties de guitare qui rappellent que Smyth et Hunt sont tout sauf des manchots.
One Machine ne fait donc pas que dans les compos speedées et ne sort pas tout le temps la grosse artillerie... il s'autorise quelques nuances ou accalmies qui font de The Final Cull un album plus riche. Summoning Of The Soul et Ashes In The Sky vont dans ce sens. La première est une mid-tempo aux belles harmonies de guitares lead, aux couplets calmes (mais inquiétants) qui laissent place à un pré-refrain/refrain beaucoup plus lourd et agressif... cette chanson me fait penser (par moments) à du Grip Inc. La seconde est divisée en deux parties : une première dominée par des guitares sèches mélancoliques et une deuxième plus courte, électrique et pesante. Pas mal du tout. Rassurez-vous, même si le groupe varie les plaisirs (heavy, thrash, metal plus moderne, complexe, progressif pourrait-on dire...), il n'oublie pas de revenir à des compos incisives et véloces, plus proche de la chanson d'ouverture. Ainsi, Screaming For Light et New Motive Power font dans le rentre-dedans et proposent des tempos plus rapides. Born From This Hate ne devrait pas déplaire aux fans de Nevermore... quant à Welcome To This World, son style et son agressivité peuvent évoquer ceux d'un certain Pantera. Certaines de ces compos demanderont plusieurs écoutes afin d'être appréciées à leur juste valeur. La mélodie est globalement plus présente et évidente que sur l'opus précédent mais quelques pistes ne sont quand même pas instantanément digestes. Une poignée d'entre-elles n'ont pas des refrains aussi marquants que les premières pistes de The Final Cull.
Plus concis, mieux écrit, produit et chanté... aucun doute possible, The Final Cull est incontestablement supérieur à The Distortion Of Lies And The Overdriven Truth. Voilà un bon album de power thrash moderne à se mettre entre les oreilles pour bien finir l'été. Cette galette ne manquera pas d'intéresser les amateurs du style et les fans de Steve Smyth (où des groupes dans lesquels il est passé). Il manque encore à One Machine un petit quelque chose qui m'empêche de qualifier leur proposition d'incontournable mais les progrès sont là et le cru 2015 est tout à fait honorable. Si le groupe continue de s'améliorer ainsi, il y a fort à parier que le troisième album fera beaucoup parler de lui. Mais pas besoin d'attendre jusque-là, jetez déjà une oreille sur The Final Cull, il en vaut largement la peine.
Tracklist de The Final Cull :
01. Forewarning 02. The Final Cull 03. Summoning Of The Soul 04. Screaming For Light 05. The Grand Design 06. New Motive Power 07. Ashes In The Sky 08. Born From This Hate 09. Welcome To This World
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