Il y a des groupes dont le nom seul évoque des paysages enneigés, des forêts tordues par le froid et des cloches qui sonnent le glas à travers les plaines de l’obscur. Lord Belial en fait partie. Formé en 1992, ce trio suédois fait partie de ces entités du Black/Death scandinave qu’on ne présente plus — ou qu’on invoque avec des bougies noires, du givre dans les cheveux et un vieux t-shirt de Dissection taché de sang de renne.
Après leur excellent retour en 2022 avec Rapture (Ravissement pour les amateurs de la VO démoniaque), Lord Belial remet le couvert (en argent, bien sûr) avec Unholy Trinity. Et le moins qu’on puisse dire, c’est que les suédois ne sont pas venus pour faire de la figuration dans une série Netflix sur les vikings. Non. Ici, on sort les épées rouillées, les harmonies sombres, les blasts chirurgicaux, et on taille dans le vif. Un album plus extrême, plus dense, plus fluide… et toujours porté par cette sensibilité mélodique qui fait la patte du groupe. Le mal, oui, mais avec du goût, avec du très bon goût même.
Toujours enregistrée chez le très respecté Andy LaRocque (King Diamond) au Sonic Train Studios, cette Trinité Impie fait honneur à son nom. Les trois comparses reviennent en meute, acérés et souverains :
Thomas Backelin – voix, guitare (lame principale) Niclas "Pepa" Andersson – guitare (scie mélodique de l’apocalypse) Micke Backelin – batterie (marteau de l’enfer nordique)
L’album s’impose rapidement comme l’un des plus agressifs et aboutis de leur discographie. 49 minutes de déferlantes noires, sans temps mort, sans gras, sans pause "ambiance" pour reprendre son souffle. On pense parfois à Dissection pour les lignes mélodiques, à Watainpour les envolées furieuses, voire à Necrophobicpour cette touche occulte parfaitement calibrée.
Mais attention : ici, la sauvagerie reste canalisée. Comme si Lord Belial, malgré toute leur rage intacte, retenait volontairement le coup fatal. Une tension constante, une violence bridée, une fureur contenue… l’art de frôler la perte de contrôle sans jamais tomber dans le chaos total. Un équilibre rare, presque théâtral.
Parmi les neuf pistes, quelques pépites noires à signaler au sommet de cette montagne de feu :
The Great Void : probablement le sommet de l’album. Orchestration majestueuse (ce violoncelle glissé dans la tempête d’une rythmique folle), rythmique en mode Ragnarok, et ambiance cataclysmique à faire trembler les piliers de Niflheim. Un titre qui mérite d’ouvrir les portails.
In Chaos Transcend : profondeur des voix (du growl abyssal aux voix claires spectrales), mélodies sinueuses broyées par une rythmique implacable, et cette alchimie rare qui fait du chaos une forme d’élévation. Une forme de prière païenne sous acide.
Et pour les amateurs de malveillance hargneuse : Blasphemy et The Whore… Tout y est, ces titres eux-mêmes suintent le soufre.
Alors, Unholy Trinity résistera-t-il à son propre cataclysme, c’est à dire à l’épreuve du temps ? Nul besoin de boule de cristal. Quand un groupe actif depuis plus de 30 ans nous sort un disque aussi cohérent, maîtrisé et viscéral, on peut sans trembler miser une belle pièce d’or noir (le plus pur) sur sa pérennité. Lord Belial est de retour (de nouveau), pas pour capitaliser sur son passé, mais pour réécrire le présent. Avec du sang. Et des harmoniques.
PS : 33 ans de scène, plus de 10 albums commis, et seulement la deuxième chronique chez nous, aux APdM, gommons à tout jamais cette injustice.
Tracklist de Unholy Trinity :
01. Ipse Venit 02. Glory to Darkness 03. Serpent’s Feast 04. Blasphemy 05. In Chaos Transcend 06. The Whore 07. Scornful Vengeance 08. The Great Void 09. Antichrist