Artiste/Groupe:

Kreator

CD:

Krushers Of The World

Date de sortie:

Janvier 2026

Label:

Nuclear Blast Records

Style:

Thrash Metal

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

16.5/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Entre bulldozer et catapulte, Kreator revient avec Krushers of the World, une galette de Thrash Metal qui fait claquer le fouet avant le dressage. Groupe fondateur de la scène teutonne depuis 1982, Kreator n’a jamais été du genre à caresser le lion dans le sens du poil : les gars lui tirent la crinière, font un nœud avec la queue et n’attendent pas trop longtemps que ça rugisse. Fort !

Et donc, dès les premiers rugissements, déboulent les riffs tonitruants. Krushers of the World montre que notre Kreator n’a rien perdu de sa hargne originelle. Miland “Mille” Petrozza et sa bande, forts d’une carrière qui s’étend sur plus de quatre décennies, récitent leur Thrash, le revisitent aussi en l’aérant de touches plus modernes et groovy, parfois même arpégées. Pourtant, ce nouvel opus s’inscrit dans la continuité des efforts récents du groupe : pas une révolution, mais une affirmation de puissance. Le son est net, lourd, massif comme un mur de ciment, et prêt à éclater en live. Ce que vous savez aimer, amies lectrices et amis lecteurs, quand Kreator démonte tout sur scène, on le sait bien.

Blood of Our Blood. Un hymne Thrash classique et efficace, avec ses refrains scandés et ses riffs qui évoquent la violence jubilatoire des années dorées. Il représente à la fois la charge de cavalerie et le feu des boulets des pièces d’artillerie placées en fond de tableau : simple, direct, avec la garantie de faire lever les poings, tout là-haut.

Barbarian. Comme son titre l’indique, fonce droit dans le tas. C’est de l’énergie pure, avec une rythmique martiale et un solo qui claque. Ça respire la furie, l’impulsion viscérale qui fait tourner la tête. Des ritournelles diaboliques, accrocheuses et bienvenues.

Tränenpalast. Là où Kreator surprend vraiment. Une intro plus atmosphérique, presque cinématique, avant de plonger dans un Thrash puissant. L’influence directe du film Suspiria de Dario Argento est lisible, tant dans la tension musicale que dans l’esthétique. La participation de Britta Görtz (Hiraes) apporte une couleur inattendue, presque mélodique, qui se fond parfaitement dans l’assaut sonore.

Krushers of the World (titre éponyme). Ce morceau donne ( éponyme donc !) son nom à l’album et en incarne parfaitement la philosophie : un groove lourd, presque de l’ordre du "stomp Metal", qui invite autant à la danse brute qu’à l’empoignade dans le pit. Je vous laisse également apprécier le coup de fouet sur les fesses, filigrane du menaçant Psychotic Imperator.

Des titres comme Seven Serpents ou Combatants (plutôt solides et bien construits) posent des ambiances Thrash classiques, tandis que Loyal to the Grave se distingue par un peu plus de rondeur mélodique, presque inspirée de courants Heavy plus traditionnels : une petite fenêtre de respiration dans l’assaut continu.

À l’inverse, Deathscream flirte avec un Thrash plus old-school, presque ancré dans les racines du genre. C’est sans doute là que ma sensibilité décroche un peu : trop “vieux cuir” pour mon palais devenu bourgeois, même si certains fans y trouveront une nostalgie "franc-champagne".

Un point mérite encore d’être souligné, et il n’est pas si courant dans le Thrash Metal pour être passé sous silence : la place accordée à la basse. Le jeu de Frédéric, bassiste français du groupe et artiste charmant au demeurant, ne se contente pas de doubler les riffs de guitare. Il est audible, présent, parfois même moteur, apportant une assise plus organique et un certain groove là où le genre a souvent tendance à tout sacrifier sur le temple de la saturation. Ce choix renforce la lisibilité du disque et lui confère une épaisseur bienvenue, surtout dans les passages mid-tempo.

Avec Krushers of the World, Kreator prouve qu’ils ne sont pas une relique poussiéreuse placée sur vos étagères du moi (moi et le Metal, moi et le Thrash…), mais une institution débordante de vie, capable de mixer son héritage furieux avec un sens affirmé du groove et de l’atmosphère. La production est massive, si transparente qu’on pourrait presque l’imaginer minimaliste, et surtout parfaitement adaptée à la scène. Si ce seizième album ne révolutionne pas le genre – certains morceaux restant dans des zones un peu plus convenues – cette cohésion de style et cette énergie brute font de Krushers of the World un disque que les fans de la première comme de la dernière heure pourront porter fièrement à leurs oreilles.

Krushers of the World est une machine bien huilée : pas vraiment surprenante (je l’ai déjà dit…), mais constamment puissante (je n’ai cessé de le répéter aussi…). Kreator y cultive avec ferveur l’art de la mêlée sonore, alternant assauts implacables, phases de poussée brutales et moments plus nuancés avec une maestria qui confère au disque une impression de combat maîtrisé, laissant le chaos gratuit sur la touche des facilités. En somme, un album fidèle aux valeurs intrinsèques du groupe, taillé pour le live, et suffisamment robuste pour rappeler que Kreator reste une institution bien vivante, et non un vestige sous cloche. J’attendais l’album, il me reste à attendre sa consécration sur scène, et il ne faudra pas se rater car une seule micro date annoncée en France, à Paris le 24 mars... alors que la tournée mondiale inondera le monde de leur chaos. On s’y retrouvera tous, face au lion, rugissants ensemble !


Tracklist de Krushers of the World :


01. Seven Serpents

02. Satanic Anarchy
03. Krushers of the World
04. Tränenpalast" (featuring Britta Görtz)
05. Barbarian
06. Blood of Our Blood
07. Combatants
08. Psychotic Imperator
09. Deathscream
10. Loyal to the Grave

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !