Pour la majorité des gens, l’histoire de KISScommence -et finit- en 1979, avec l’énorme
succès d’I Was Made For Loving You. Pour beaucoup d’autres, elle
débute au milieu des 70’s, avec le fantabulistique Alive!, qui propulse le groupe au firmament du rock. Mais ni vous ni moi
n’êtes de ces ignares, ça non. Et si vous en étiez, ça
s’arrête aujourd’hui.
Petit flashback avant d’entrer dans le vif du sujet... Au début des années 70, deux
p’tits juifs de New York, Chaim Witz et Stanley Eisen ont pris
en pleine poire les Beatles quelques années plus tôt et décident de
devenir eux aussi des rockstars afin, de leur propres aveux, de draguer les filles. Ils apprennent donc
respectivement la basse et la guitare, deviennent respectivement Gene Simmons
et Paul Stanley et traînent leurs guêtres dans de petites
formations comme Wicked Lester, avec qui ils enregistrent un album jamais publié
en 1972 (YouTube est votre ami si vous souhaitez voir ce que ça vaut). Après la
séparation du groupe, ils s’acoquinent avec un chouette batteur nommé Peter
Criss (qui s’appelle en vérité George Criscuola) et
auditionnent un certain Paul Frehley, qui deviendra Ace.
Tout ce beau monde s’entend à merveille, leur groupe s’appellera donc KISS
et ils ont vite développé un sacré jeu de scène, avec tenues
très exubérantes et maquillages emblématiques, pour surfer sur le shock-rock de
leur compatriote Alice Cooper. Coup de bol, ils rencontrent
Bill Aucoin, qui aura la maligne idée de devenir leur manager et Neil
Bogard, qui les signe chez Casablanca Records. L’histoire avec un grand H peut
commencer, fin de la parenthèse wikipédia, passons à l’album !
La pochette, vous l’aurez remarqué, est un clin d’œil particulièrement
appuyé à celle de With the Beatles, vous aurez deviné de quel groupe.
Chacun des membre apparait donc dans son nouveau personnage, qui ne les quitteront presque plus.
Paul sera le Starman, chanteur et guitariste rythmique ; Peter -dont
le maquillage sur la pochette n’est d’ailleurs pas le bon, mais bref- sera le Catman,
chanteur par moments et batteur ; Gene sera le Demon, chanteur et bassiste et enfin
Ace sera le Spaceman, guitariste soliste hors pair qui mettra quelques années
avant de s’emparer du micro (ça n’arrivera pas avant Love Gun).
N’y allons pas par quatre chemins, ce premier album est excellent et contient déjà
quelques uns des morceaux les plus cultes du groupe. Certains ne quitteront jamais leurs setlists de
concert, notamment quatre d’entre eux qu’on a retrouvé dans la toute dernière
tournée du groupe, c’est dire ! En effet, l’entraînant Cold Gin,
l’aventureux 100,00 Years, le pachydermique Black Diamond (cette intro et ce
riff, doudieu) et le tubissime -j’invente des mots, ouais- Deuceont su
traverser les décennies et les tournées, preuve absolue de leur qualité. Faut dire
que c’est des sacrées bonnes chansons !
A ces quatre gros morceaux, je me dois de rajouter l’excellente ouverture qu’est
Strutter, l’imparable Nothing To Lose -dont je vous enjoins cordialement
à ne pas rechercher le sens des paroles- ou la très bonne Firehouse, qui voyait
à l’époque Gene cracher du feu sur scène. Voilà qui
nous donne déjà 7 titres que je qualifierais sans problème de fabuleux. L’on
pourrait presque s’en contenter... Oui mais voilà, deux petites ombres au tableau.
Déjà l’instrumentale Love Theme, qui n’apporte absolument rien
d’intéressant à l’ensemble. Et les deux titres oubliables : Let Me
Know, que Gene et Paul jouaient déjà à
l’époque de Wicked Lester et la reprise inutile de Kissin Time,
que le label a fait enregistrer et rajouter à l’album quelques temps après sa sortie
initiale. Soyons honnêtes cela dit : aucun de ces trois titres n’est fondamentalement
désagréable, ils passent plutôt bien, mais ça reste du filler qui ferait
presque tâche quand tout le reste est aussi bon.
Comme chez les Beatles, chez KISS, tout le monde chante. Si
Ace ne nous fait pas -encore- profiter de sa voix si caractéristique, il nous
offre quand même quelques riffs et soli bien sentis. Tiens, y’a qu’à
écouter ce qu’il pond pendant la coda de Deuce (mon titre
préféré, bien évidemment, ce n’était pas dur) pour comprendre
que le bonhomme est loin d’être un manche. Le guitariste préféré de ton
guitariste préféré. Et c’est lui qui compose Cold Gin, voilà.
Stanley chante de sa belle voix puissante (mais pas encore tout à fait
trouvée) quatre morceaux, dont le titre introductif ; la vilaine voix insidieuse de
Gene nous berce sur cinq et celle plus éraillée de Criss
s’entend pas mal sur les chœurs -encore un truc que les boys piquent aux
Beatles : trois voix qui font des harmonies et des chœurs somptueux- et sur
Black Diamond. Soyons clairs : les trois ont des voix vraiment intéressantes, les trois
chantent foutrement bien.
Ce premier album est devenu culte et on comprend pourquoi. Déjà, forcément, parce
que c’est l’entrée en matière d’un des plus gros groupes de rock
américain de l’histoire. Et, dieu merci, parce que c’est un sacré bon disque !
Malheureusement, en dépit de ses indéniables qualités, dont je n’ai eu cesse
de parler, l’album fera un sacré bide... avant d’être redécouvert
après la parution du fameux Alive! et enfin être disque d’or en 1977.
Dès lors, il prendra enfin son statut amplement mérite d’album "culte". Mais pour
l’heure, dans notre continuité, ça vend pas fort, malgré de la promo et des
concerts. Peut être que le choix des singles aurait pu être un peu plus judicieux... Ou
alors peut être que la plus grande force du groupe, c’est la scène, pas le studio...
Suite au prochain épisode !
Tracklist de Kiss :
01. Strutter 02. Nothing To Lose 03. Firehouse 04. Cold
Gin 05. Let Me Know 06. Kissin Time 07.
Deuce 08. Love Theme From Kiss 09. 100,000 Years 10. Black
Diamond