Artiste/Groupe:

Kaunis Kuolematon

CD:

Kun Valo MInussa Kuoli

Date de sortie:

Novembre 2025

Label:

Noble Demon

Style:

Death Black Melo, Metal Atmospheric, Doom Melancho

Chroniqueur:

Le Diable Bleu

Note:

19/20

Site Officiel Artiste

Autre Site Artiste

Plus je m’enfonce dans les forêts sonores de la Finlande, plus j’ai le sentiment de marcher sur une terre sans limite, où chaque pas révèle un nouveau paysage. Découvrir les groupes finlandais tient presque de l’ascèse : il faudrait plusieurs vies pour en faire le tour, et pourtant chaque halte s’impose comme une évidence. Certaines formations ne demandent pas à être survolées, mais habitées. Kaunis Kuolematon fait partie de celles-là.

Dévoilé en fin d’année, Kun Valo Minussa Kuoli – « Quand la lumière en moi s’éteignit » – s’impose comme un jalon majeur dans la discographie du groupe originaire d’Hamina, ville maritime du sud de la Finlande, battue par les vents et le sel. Ici, point de compromis : l’album ne tendra pas la main aux oreilles frileuses, ni à celles peu disposées à affronter le poids du doom et la gravité du death mélodique. Les amateurs de hard rock enjoué ou d’excentricités pop, fans des Rita Mitsouko, risquent d’y perdre leurs repères. Mais pour qui cherche la beauté dans l’extrême, l’expérience pourrait se révéler bouleversante.

D’emblée, la production frappe par sa justesse. Mixage et mastering ciselés avec une précision soignée laissent respirer chaque instrument, chaque silence, chaque résonance. Rien n’est écrasé, tout est mis en relief, comme si la musique avait été polie par le gel, ce qui rend les choses brillantes. Les compositions se déploient avec une complexité envoûtante : riffs lourds et poisseux, mélodies funèbres, progressions lentes mais implacables. Les atmosphères, elles, semblent surgir d’un crépuscule sans fin.

Au cœur de cette matière sombre, les voix d’Olli Suvanto et de Mikko Heikkilä tissent un dialogue saisissant. Growls abyssaux et chants clairs habités s’entrelacent, se répondent, se confrontent, donnant à l’ensemble une profondeur émotionnelle rare. La section rythmique parachève l’édifice : Ville Mussalo et Jarno Uski ancrent les compositions dans une pesanteur organique, tandis que Miika Hostikka, à la batterie, trouve ce point d’équilibre fragile entre un doom écrasant et des pulsations death plus incisives. Rien n’est démonstratif, tout est au service du ressenti.

Ce qui fascine particulièrement, c’est cette tension permanente entre deux mondes. D’un côté, une noirceur viscérale, martelée, presque suffocante. De l’autre, des nappes de claviers délicates, lumineuses, capables de fendre l’âme comme un rayon pâle traversant la brume hivernale. Kaunis Kuolematon excelle dans cet art du contraste : la rudesse y côtoie la fragilité, l’agressivité s’y mêle à une désolation profondément humaine. Et parfois, au détour d’un riff ou d’une montée mélodique, une lueur d’espoir affleure, fragile, vacillante, mais bien réelle.

Malgré la sophistication évidente de l’écriture, l’album sonne avec une franchise désarmante. Aucun artifice superflu, aucune pose inutile : c’est un métal brut et romantique, livré avec franche sincérité. Choisir un titre phare relève de la gageure tant chaque morceau semble nécessaire. Aatos, le titre conclusif, s’impose pourtant comme un point d’orgue, notamment grâce à ses passages acoustiques, suspendus, qui résonnent longtemps après la dernière note.

Les mentions spéciales s’enchaînent naturellement : Rauniot pour ses variations subtiles, Maailman Ainut Ihminen pour sa montée en intensité vocale, magnifiée par la présence de Gogo Melone (Aeonian Sorrow), dont la voix fragilise le cristal et en révèle les fissures. Kuura évoque un Insomnium des gros frissons, tandis que la sublime Merta achève de nouer l’estomac avec ses guitares finales, lourdes de sens. Par contraste, le titre Kun Valo Minussa Kuoli apparaît comme le plus en retrait, moins transportant que ses compagnons de route.

Pour celles et ceux qui se reconnaissent dans l’âme finlandaise, si mélancolique et introspective, et qui trouvaient déjà refuge chez Swallow the Sun, Insomnium ou Ghost Brigade, cet album s’imposera comme une traversée idéale des mois à venir, quand le soleil se fait rare et que les ombres s’étirent. « Kylmä Kaunis Maailma » – « Un monde froid et beau ». Lorsque l’intention s’accouple à la virtuosité, on dépasse le sublime pour effleurer quelque chose de plus rare encore. Chapeau bas les artistes.

Si vous cherchez un album capable de prendre aux tripes sans jamais sombrer dans le pathos, ne cherchez plus. Kaunis Kuolematon livre ici sa réalisation la plus aboutie, une œuvre appelée à accompagner longtemps celles et ceux qui accepteront d’y plonger.

Assurément envoûtant. Terriblement séduisant. D’une beauté douloureuse et persistante.

Tracklist de Kun Valo Minussa Kuoli :

01. Kaiku
02. Merta
03. Kun kyynelistä muodostuu meri
04. Rauniot
05. Maailman ainut ihminen
06. Kaipaus
07. Kun valo minussa kuoli
08. Kuura
09. Aatos

Venez donc discuter de cette chronique sur notre forum !